lun. Sep 28th, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

BAYE REK (12) : LA VIE SANS YAMA

26 min read

****belle-maman ***

un peu plus tot dans la soirée…

Quand je pense à mon mari et à Dieynaba, j’ai envie de commettre un crime. Qu’est-ce que cette femme a pu lui dire pour qu’il prenne le risque de détruire la vie de son fils ?

Depuis que sa sœur est venue avec ses enfants à la maison, mon mari ne me parlait plus, j’étais, à la limite, persona no grata dans ma propre maison, car ils savaient que je serais toujours du côté de ma belle-fille. Ils faisaient leurs manigances dans mon dos, mais jamais je n’aurai pensé qu’ils en viendraient à ces extrémités pour arriver à leur fin. Mais Dieu est grand et par sa grâce, Samba a ouvert les yeux et s’est rendu compte de ses bêtises avant qu’il ne soit définitivement trop tard ! reste maintenant à convaincre Mariama de revenir… je suis persuadée que Baye ne s’en sortira pas sans elle, il l’a dans la peau.

Je sais que les choses sont différentes aujourd’hui, mais même si la situation semble inextricable l’amour saura guérir tous les maux.

Je finissais ma prière quand je vis l’appel de Bara le meilleur ami de mon fils, il devait m’avertir dès qu’il aurait des nouvelles de Baye Demba

· Allo Bara, tu as vu Baye ?

· Wawe maman, il est là avec moi

· Alhamdoulilah, Alhamdoulilah !

· Mais je crois qu’il va rester ici cette nuit jusqu’à ce qu’il se calme

· Oh mon Dieu, li kagne lay diekh, (quand tout ceci va finir) ??? j’ai peur pour mon fils

· Il revient de chez mariama, mais je crois que ça ne s’est pas bien passé là-bas. Il essaye de m’expliquer, mais tout est confus dans sa tête et ça le rend incohérent. Il est hyperactif et nerveux. Maman tout ceci ne peut plus continuer, Baye a besoin de sa femme, il faut que vous fassiez quelque chose

· Je sais mon fils, j’attends son père et on va récupérer ma belle-fille

· J’essaie de le calmer au maximum pour éviter de lui faire une injection car je sais qu’il déteste ça.

· Nous allons faire vite

· J’espère qu’elle lui pardonnera

· Moi aussi, de tout mon cœur…

Au moment où je raccrochais, Samba me trouva au salon

· Baye demba est avec Bara

· Alhamdoulilah !!! j’ai eu peur qu’il ne soit allé chez mariama

· Eh bien ne te réjouis pas trop vite, fala djougué (il y était). C’est un combat que tu as perdu d’avance mais j’ai l’impression que même maintenant que tu sais que tu ne peux rien faire contre l’amour entre ces deux-là, tu continues à vouloir rien voir. Wayé léneu la laye yeugueule, (dis toi une chose), si jamais yama ne veut plus de Baye, tu perdras ton fils.

· … je, je…n’ai jamais voulu qu’elle le quitte, je voulais juste…

· Tu n’as vraiment rien à dire, allons simplement essayer de convaincre notre belle-fille de redonner une chance à mon fils, car moi je n’ai pas envie de le perdre. Tu as intérêt à rester respectueux et cordial, si tu estimes que ton fils à le droit d’être heureux. Je vais prendre mon sac, on y va tout de suite.

J’ai compris durant ces derniers mois, que mon mari faisait parti de ces hommes à qui on ne donnait pas le choix. Aujourd’hui, mon fils était en train de payer ses actes ignobles. Qui était-il pour vouloir décider de la vie des autres ? juste parce qu’il avait décidé que Poleel était celle qu’il fallait à Baye rek, les choses allaient être aussi simples. Mais, non seulement Baye est malheureux comme un pou mais il recommence ses crises de bipolarité. Bilahi si jamais mon fils n’arrive pas à surmonter encore une fois sa maladie, je vais le lui faire regretter tout le restant de sa vie.

Il faisait 22H et j’espérais que la famille Sylla était encore debout. J’aurai pu appeler Aldemba, le papa de yama, mais je ne voulais surtout pas qu’il me dise d’attendre demain. Et par chance, il était dans leur jardin en train de faire un peu de marche quand nous sommes arrivés. Il m’a saluée chaleureusement, mais son ton était sec en parlant à Samba. Il est clair qu’il lui en voulait et qu’il n’hésiterait pas à protéger sa fille.

On a patienté quelques instants avant que mariama ne descende. Ça me faisait tellement plaisir de la voir, elle m’avait beaucoup manqué. On s’est fait un long câlin et je la fis s’asseoir à mes côtés en tenant ses deux mains

· Mangui djéguelou si heure bi gnou fi gneuw (désolée de venir si tard)! mais il est nécessaire que les choses soient claires ce soir pour tout le monde et surtout pour toi yama

· Maman Baye sankeu la fi djouguer (baye était là tout à l’heure), et je lui ai demandé de me libérer

· Aye yama boul déf lolou (ne fait pas ça), criai-je presque avant de me tourner vers Samba ! tu es content Samba Sow, c’est ça que tu voulais, han ?

· Maréma…, commença-t-il avant de baisser la tête

· Ne vous inquiétez pas, papa ! votre fils est libre, moi en tout cas je n’en veux plus. J’espère qu’il sera heureux avec Poleel, c’est tout le mal que je lui souhaite

· Ne dis… ne dis pas ça ma fille. Je… je

Oh tais-toi, avais-je envie de lui crier ! ki mako diépi rek (il m’énerve celui-là) j’avais voulu omettre des choses mais là je dirai toute la vérité à yama

· Ne prends pas de décision tout de suite ma chérie, laisse-moi d’abord te raconter tout ce qui s’est passé depuis que tu as quitté la maison…

· Non maman, tu sais que je t’adore, mais je n’en peux plus. Je ne veux rien entendre, le Baye que j’aimais à la folie et qui était prêt à tout pour moi n’existe plus

· Il est toujours là, ma chérie, toujours aussi fou de toi ! regarde-moi, je te le jure

· Tu ne sauras jamais ce que j’ai enduré durant ces mois loin de lui. Des mois ou rien n’a pu meubler son silence. Aujourd’hui j’ai décidé d’avancer sans lui, et je n’ai plus confiance en lui ni en votre famille…

· Il a besoin de toi

· Je n’en suis plus si sure…

· Mariama

Elle se leva précipitamment, et m’embrassa sur le front, avant de sortir du salon en courant et hoquetant. J’étais désemparée et je ne savais pas quoi faire. Je suppliais son père des yeux pour qu’il fasse quelque chose, mais il semblait qu’il n’en avait pas envie. Mais soudain, Mintou se leva et me prit la main.

· Viens, on y va…

Je me levais sans hésiter et la suivis en haut. On trouva mariama dans sa chambre, pleurant toutes les larmes de son corps.

· Yama télé, wouyoumeu fi, fit Mintou en la prenant dans ses bras

· …

· Ma chérie, écoute Maréma sinon je te jure que tu vas le regretter toute ta vie. Tu pourras toujours prendre ta décision après, mais écoute-la.

Je me suis assise de l’autre coté du lit, et je lui ai pris la main. Elle s’aperçut enfin de ma présence et se recroquevilla plus sur elle-même. Je gardai sa main entre les miennes pour lui insuffler le courage de m’écouter et quand elle se calma, je pris mon souffle avant de commencer.

« … Le soir ou tu es partie, on était dans le salon et j’étais en train de l’engueuler car je ne comprenais pas qu’il soit descendu diner avec nous en laissant sa femme seule. Et j’avais l’impression, qu’il s’en foutait, comme cet après-midi-là quand Samba t’a jetée dehors et qu’il n’a pas réagi. Baye Demba était bizarre depuis que son père était revenu du Mali, je ne voulais pas paraitre mauvaise langue, mais je sentais qu’il y avait anguille sous roche. Quand Samba le frère de poleel nous a trouvé au salon, sa mère l’a interpellé

· Ne t’approche surtout pas de la cuisine, il n’y a pas de diner pour toi tu m’entends !! ça t’apprendra à trainer comme un délinquant à l’heure du repas

· Non néné, ne t’inquiètes pas, j’ai déjà diné, yama nous a gâté ce soir. Nous étions juste au jardin avec Malick, Abdou et Tidiane. Je suis persuadé que j’ai mieux mangé que vous, ajouta-t-il goguenard

· Au moins son diner a été apprécié, dis-je tout haut à l’intention de mon fils

Baye me lança un regard noir et il prit son téléphone. Je me disais, regarde-moi ce con rek, au lieu de rassurer sa femme et la protéger, il suit comme un âne son père. J’en étais à ses réflexions quand soudain Baye cria : « Non » !

· Baye Demba lou khéw ??

· Elle est partie, murmura-t-il le regard vide

· Qui est parti ? loye wakh ni ?

· Mariama est partie !

· Han ? tant pis pour elle, cria pa samba avec rage

· Comment ça tant pis !! Baye va la rattraper, au lieu de faire ton macho

· Elle ne me respecte même pas maman ! elle m’apprend qu’elle s’en va, qu’elle a besoin de réfléchir par SMS ?? tu trouves que c’est correct ? Papa résonne maman je n’irai pas la chercher

· Je suis parfaitement d’accord avec mon fils, Marema !!! yaw tu acceptes tout ce que cette fille fait !

· Aye Samba sétale si yAllah lingaye wakh (Dieu te voit) !!!c’est ce que tu conseilles à ton fils ?!

· Parfaitement ! je t’avais dit qu’à la moindre difficulté, elle prendrait la fuite, dou seuye katt (elle n’est pas endurante) !

· Khana taye ?! c’est aujourd’hui que tu t’en rends compte wayé bakhna, dou yako sombi dinguako naane ba mou diékh. (C’est bon, tu as manigancé tout ça, mais prépare toi à en assumer toutes les conséquences)

Il me lança son sourire de vainqueur qui m’horripilait mais toute mon attention était sur mon fils qui présentait des signes inquiétants… »

Dès que je dis ça, une lueur d’inquiétude brilla dans les yeux de mariama. Elle se redressa un peu et sembla plus attentive à ce que je disais.

« … les jours qui ont suivi, Baye ne voulait pas entendre parler de réconciliation entre vous. Il suffisait qu’on prononce ton nom pour qu’il entre dans une grande colère, mou melni kougnou khaptale. Et pourtant il semblait malheureux, il ne mangeait presque plus et il était de plus en plus agitée. J’avais peur et j’avoue que dans un premier temps j’ai été dans le déni, malgré tous les signes. Mais il fallait se rendre à l’évidence, mon fils faisait une crise. Je pense que Baye a du te parler de sa bipolarité. Ça fait 10 ans qu’il n’avait pas eu de troubles, et depuis que tu es entrée dans sa vie, il s’énerve à peine. Tu as ce don de l’apaiser comme il a l’habitude de dire. Mais là tu n’étais plus là. Ton absence le contrariait, lui faisait mal, mais il ne voulait pas se l’avouer ou quelque chose le retenait de s’exprimer et ça a provoqué sa crise. Son père ne voulait pas voir la vérité en face, et mettait tout sur ton dos. Mais il clamait haut et fort que Poleel saurait gérer et qu’avec sa douceur elle arriverait à s’occuper de son mari. Mais moi j’attendais de voir.

Je voyais que Baye était à bout, il n’arrêtait pas de bouger et j’appréhendais le moment ou il allait éclater. Je voyais Poleel faire des messes basses avec sa mère, mais je ne m’occupais pas d’elles. Cependant, je lui ai conseillé de laisser Ahmed à sa mère, car Baye ne supporterait pas ses cris dans son état actuel. Ce qu’elle a fait sans hésiter même si Djeynaba ne semblait pas contente de le garder, mais il fallait bien qu’elle serve à quelque chose. Le jour où tu étais partie le voir à son bureau, il avait eu une grosse altercation avec un client et comme il devenait incontrôlable, les agents de sécurité l’ont enfermé dans la salle de réunion et sa secrétaire nous a appelé. Samba est parti le récupérer, il lui a ramené une injection de morphine. La piqure l’aide à se calmer, mais elle le rend amorphe. Il est à peine conscient des choses c’est pourquoi il n’a pas eu de réaction quand tu lui as parlé ma chérie. (Yama soupira lourdement, j’espère que c’était de soulagement).

Après les injections, généralement, il se souvient de rien de ce qu’il a fait pendant sa crise. Mais le fait de dormir suites aux effets de la morphine lui fait du bien. Seulement, je ne reconnaissais plus mon fils, yama. J’avais l’impression que désormais il était en crise perpétuelle, il ne parlait plus à personne ne mangeait presque pas et semblait se battre contre une force que nous autres nous ne pouvions percevoir. Lépeu rek, pa Samba disait qu’il n’y avait rien de bizarre. J’ai appelé mon cousin Abdou Karim, pour qu’il me fasse un listikhar. Je restais persuadée que amna déf déf si séne digueunter (on a cherché à casser vos liens), mais il me dit qu’il c’était plus profond que ça. Tout le travail a été fait autour de Baye mais c’était du solide et c’était flou pour lui. Je n’y comprenais rien, il m’a alors demandé d’attendre que mon oncle, son père, revienne d’Egypte, lui il serait en mesure d’y voir plus clair et de nous donner des solutions. Mais il devait rentrer dans 3 mois. Il fallait attendre et être patient.

J’avais les pieds et les mains liées. Et je voyais mon fils dépérir, il ne s’occupait même plus d’Ahmed. Djeynaba avait beau criait que tout se passait bien entre Poleel et Baye, je savais qu’il n’en était rien. On ne les entendait pas, on aurait dit qu’il n’avait rien à se dire.

Trois mois après, un soir, il est revenu du bureau super énervé, il a dit un bonsoir très bref et est monté à l’appart. Mais quelques secondes plus tard il est redescendu comme une furie.

· Baye : Poleel Sow qu’est-ce que tu fous en bas ?

· Poleel : je…je

· Dieynaba : mais Baye Demba pourquoi tu lui cries dessus comme ça ?

· Baye : Badjene, je parle à ma femme alors je te prierais de ne pas t’en mêler

· Dieynaba : je vais m’en mêler kaye Baye Demba, diourouma dome bougnouye torokhale (je n’ai pas mis au monde une fille qu’on humilie) ! je t’ai donné la main de ma fille pour que tu t’en occupes di dab aye banékhame, pas que tu la terrorises

· Baye : ah ouais c’est moi qui doit m’occuper d’elle ? Et qu’elle est son rôle à elle ? manger et dormir ? elle ne sait même pas s’occuper de son fils, et montez voir l’état de l’appartement ! quand je pense que j’accusais Mariama de ne pas l’aider dans les travaux de la maison, en fait maintenant qu’elle n’est plus là on voit c’est qui, qui est dégueulasse.

· Dieynaba : hahaha on y vient, je savais que tu allais parler de « celle-là » ! je ne sais pas ce qu’elle t’a fait mais dougueul nala fou worr (c’est du solide) !

· Poleel : tu veux savoir Baye Demba, pourquoi je n’ai pas fait d’effort aujourd’hui à la maison ? et bien ce n’est pas mon tour, et je n’ai plus l’intention de me laisser faire

· Moi : tourou lane ? comment ça ce n’est pas ton tour ? koy woudiél ?

· Poleel : eh bien demande le à ton fils, maman ! rien a changé depuis que Mariama est partie, j’ai mes deux nuits sur quatre. Et je ne le vois même pas quand ce n’est pas mon tour, il reste enfermé dans la chambre de mariama ou il sort pour aller je ne sais où !

· Pa Samba : qu’est-ce que tu dis, Poleel ??? cria mon mari qui venait d’arriver. Qu’est-ce que c’est que ces histoires de tours Baye Demba, et où tu vas quand tu sors ?

· Baye : je vais prendre l’air, papa. Rien ne m’attire chez moi, rien. Tu as voulu que je me marie avec Poleel, mais je crois qu’elle n’est pas prête pour gérer une maison, et gérer une famille. Elle est ma cousine et je la respecte en tant que femme, mais elle n’est pas celle qu’il me faut. Ces histoires de « ce n’est pas mon tour » ne sont qu’un prétexte pour que je te répudie et je sais que c’est ta mère qui t’a mis cette idée dans la tête. Tu es dépassée et que tu veux te défaire de ce mariage. Je sais que ma maladie te fait peur, et tu as raison d’avoir peur.

· Dieynaba : tu es un danger public Baye Demba et je ne vais pas rester les bras croisés jusqu’à ce que tu deviennes incontrôlable et que tu fasses du mal à ma fille.

· Pa Samba : Djeynaba Sow, comment tu peux sortir de telles inepties ? mon fils ne fera jamais de mal à Poleel

· Djeynaba : comment en être sure ? han Samba waxma ? mieux vaut prévenir que guérir, je voudrais qu’on retourne au village, le temps que Baye guérisse à nouveau et à ce moment là Poleel reviendra.

· Moi : Djeynaba, métégoule yéna ngui daw (vous fuyez déjà) !

· Pa Samba : il est hors de question que qui que ce soit sorte de cette maison. (il se retourna vers son fils et le fixa droit dans les yeux) Baye Demba, écoute moi bien : tu vas m’arrêter toutes ces bêtises et tu vas t’occuper de ta femme, suis-je bien clair ?

· Baye : oui papa

· Pa Samba : je veux que Poleel ne se plaigne plus de rien, tu vas prendre soin d’elle comme de la prunelle de tes yeux. Compris ?

· Baye ; je ferai comme tu le souhaites papa

· Pa Samba : Bien. Dieynaba, il faut qu’on parle

Elle le suivit dans son bureau en rouspétant et baye Demba lui avait l’air de s’être transformer en robot. Il restait debout à regarder la porte du bureau ou venait de disparaitre son père. Ce n’était pas anodin. Il y’a quelques minutes mon fils était en rage et dès que son père lui a dit des choses il est devenu comme un chien dressé. Il est remonté à l’appartement, mais Poleel n’a pas bougé de sa place.

· Il te fait vraiment peur lui demandais-je

· Oui maman. L’autre jour, je lui ai juste dit que maman devrait venir prendre la chambre inoccupée, pour etre plus proche de moi et il a failli m’étrangler. Il me crie dessus tout le temps et ne regarde même plus Ahmed. Je suis fatiguée, tendue. Dès qu’il rentre, je stresse.

· Tu es sa femme, il doit ressentir ta sollicitude et ton aide. Au lieu de ça tu cherches à l’énerver pour qu’il te répudie ; mais attention à ne pas le pousser à bout, il risquerait de s’en prendre à toi et te blesser et ta mère ne sera pas là pour te protéger. Réfléchis un peu et agis comme une adulte, assénais-je avant de me lever

Je la laissai au salon et montai voir mon fils. Il était en train de faire le ménage. Avec rage.

· Baye laisse ça Fama va monter le faire

· Non, non ! c’est à mariama de faire ça ! à mariama ! sa place est ici, pas chez son père

· Alors pourquoi tu ne vas pas la récupérer

· Papa a dit non

· Et tu fais tout ce que ton père te dit

· Oui

Il retourna à sa tâche. Et je le regardais faire, en réfléchissant à tout ce qu’il venait de dire. Vers 21h30, j’étais toujours à l’appartement et je surveillais ses faits et gestes. Quand Poleel est montée avec Ahmed, il est allé s’enfermer dans votre chambre. Puis il en est ressorti en jogging et il est sorti par la porte privée. Je l’ai suivi. Il a pris sa voiture, et a roulé pendant presque une heure sans destination précise. Je n’étais pas loin de lui mais je suis sure qu’il ne faisait même pas attention sinon il aurait reconnu ma voiture. Puis soudain il a viré vers liberté 6 et j’ai compris qu’il venait ici. Il s’est garé juste devant la maison, mais il n’est pas sorti. Pendant des heures, il squattait ici et je suis sure qu’il espérait te voir. Je me suis rendue à cette évidence : depuis que tu étais partie, malgré toutes les forces obscures qui l’empêchaient de te reprendre, il venait le soir devant chez toi, espérant désespérément ta présence, et la nuit, il dormait dans ton lit car son corps te réclamait.

Quand mon oncle est revenu du Caire, il a pris les choses en main, c’était il y a trois semaines. Il confirmait mes doutes sur mon mari. En fait, il n’a pas fait de dedeuler (cassure) entre vous deux mais il s’est assuré d’avoir le contrôle sur son fils pour pouvoir le manipuler comme il le voudrait. Avec ce qu’il a fait, Baye lui obéissait au doigt et à l’œil… »

· Mintou : ahh je comprends mieux maintenant, pourquoi quand je suis allé voir mon marabout, il ma dit que rien a été fait pour casser votre relation

· Yama : aye chérie papa, tu es allée voir un marabout ?

· Mintou : wawawe, tu croyais que j’allais rester rek à ne rien faire, alors que tu étais là à souffrir ?!

· Moi : Pa Samba savait que c’est qu’on ferait, donc il a voulu ne pas laisser de traces. Alors, malgré mon envie de l’étrangler, j’ai fait comme si je n’étais au courant de rien. Mon oncle a commencé a enlever petit à petit toute l’obscurité autour de mon fils. Baye est agité depuis que le travail de purification a commencé et heureusement car c’est à cause de ça que mon mari ne s’est pas douté que tous les bains que je lui faisais prendre servait à enlever l’envoutement.

· Yama : aye maman…

· Moi : tout ceci est certes malheureux, mais ça a servi quand même ! le soir ou, Baye est sorti d’affaire, c’était vendredi dernier, il est venu te voir

· Yama : oui, il m’avait semblé perdu et en colère

· Moi : quand il est revenu, il a mis l’appartement sens dessus dessous. Poleel est venu nous prévenir en larmes. Samba a pris une piqure pour calmer Baye, mais dès qu’il a essayé de le maintenir, son fils l’a fait valser à travers le salon…

« … Baye était tellement en colère, qu’il était méconnaissable. Quand il s’est rendu compte que son père allait lui injecter la morphine, il s’en est saisi et il l’a bousculé l’envoyant au fond de la pièce.

· Baye : tu sais que je déteste qu’on me pique cette chose, papa

· Samba : qu’est-ce qui t’arrive, nom de Dieu ! tu as falli me tuer

· Baye : pourquoi Mariama est partie maman, demanda-t-il en se tournant vers moi, sans prêter attention a son père

· Maman : mon bébé…

· Baye : elle ne veut plus de moi ! qu’est-ce que je lui ai fait, bon sang ! c’est à cause de cette foutue maladie que je ne me souviens de rien ! ma plus grande peur a toujours été de piquer une crise et de lui faire mal. Je suis sûr que c’est ce qui est arrivé maman et maintenant elle ne veut plus de moi, j’ai encore tout gâché, tout !

Il se remit à casser les meubles, en parlant tout seul.

· Samba : mais il est en train de devenir fou

· Moi : et la faute à qui tu crois ? on était en paix et il a fallu que tu te prennes pour Dieu

· Samba : …

· Moi : bilahi si jamais mon fils devient fou, je te le ferai payer Samba Sow ! plus rien ne va dans la vie de Baye Demba depuis que tu as décidé d’y intervenir. Même ta protégée n’est pas heureuse, regarde-la, elle ne ressemble plus à rien.

· Samba : je n’ai jamais souhaité que ça tourne comme ça ! tu sais que j’aime mon fils plus que tout

· Moi : eh bien tu as une drôle de façon de le montrer. Mets-toi dans la tête que ton fils est fou de Mariama Sylla, et s’il la perd, nous le perdrons lui.

· Samba : je ne pensais pas que ça l’affecterait autant, je…

· Moi : je ne sais pas toi mais moi j’irai lui parler et essayer de recoller les morceaux

J’ai pu amadouer Baye, jusqu’à ce qu’il entre dans votre chambre et je lui ai promis de venir te prendre que c’était juste un malentendu. Puis soudain, il est redevenu calme. Je savais que l’agitation reviendrait dans quelques heures alors je lui fis prendre une douche et je lui ai donné à manger. C’est comme ça qu’on fonctionne depuis vendredi, je reste près de lui et je l’apaise au maximum. Mais il ne dort pas et il est tendu à l’extrême. Chaque soir il prend sa voiture je suis inquiète mais je sais qu’il vient ici et j’espérais que tu lui pardonnerais… »

· Mintou : aye waye, on dirait que Baye est maniaco-dépressif ! mais d’où lui vient cette maladie

· Moi : quand il a eu 4 ans son père avait décidé de l’envoyer apprendre le coran chez son grand père au Fouta. Il est resté là-bas pendant 3 ans et d’après le psychologue qui le suivait, il a surement du se sentir abandonné. Il alternait hyperactivité et timidité. Il ne faisait que des bêtises quand il était en crise. Mais ils ont cru qu’il était juste malpoli. Et il le battait sévèrement. Tout ça lui a travaillé quand il est revenu vivre avec nous. Et pendant des années on s’est battu contre ses crises. Et aujourd’hui par négligence, Samba a réussi a réveillé tout ça.

· Yama : oh mon Dieu, maman ! quand je pense que je l’ai mis à la porte…

· Moi : tu ne pouvais pas savoir, ma chérie ! il a vraiment besoin de toi

· Yama : il est ou en ce moment ?

· Moi : avec Bara ! il a réussi à l’occuper, mais il n’est pas loin d’éclater

· Yama : allons le voir tout de suite

· Mintou : tu es sure, yama télé ? tu crois pouvoir le gérer dans son état actuel ?

· Yama : cherie papa, Baye sama yeuf leu (baye est à moi) …

Que dire après ça, je ne pus retenir le sourire qui faisait trembler mes lèvres. Je reprenais espoir

**** yama****

Mon cœur bat tellement vite que j’ai l’impression qu’il va éclater. Les larmes ne sont pas loin car j’ai mal, tellement mal pour mon homme. J’évitais de penser à tout ce que maman vient de me raconter car j’ai peur de laisser la colère m’envahir mais je sais que j’y reviendrais et à ce moment-là, je dirai toutes mes quatre vérités à ce « phacochère » de Pa samba. Je m’habillais vite fait d’un jean et d’un t-shirt et je suivais ma belle-mère. Quand on arriva au salon, j’avertis mon père que nous allions chercher Baye, il regarda ta Mintou qui lui fit un signe et il hocha la tête. Pas Samba se releva précipitamment en me remerciant mais je ne lui ai même pas adressé un regard. Il conduisait alors que, assises derrière, maman et moi, on se soutenait et se réconfortait comme on pouvait. Bara a été averti de notre arrivée et il semblait soulagé.

Dix minutes plus tard, on est arrivé chez Bara, à la sicap sacré-cœur 3 et il nous emmena dans la cour arrière ou baye était en train de sauter à la corde, à la façon des boxeurs, habillé juste de son jean, torse nu le corps luisant de sueur.

Il était speed.  Complètement speed. D’après Bara, le terme médical est maniaque. Et il suppose que cette crise s’est déclenchée la nuit où il a repris ses esprits et qu’il est venu chez moi. Non seulement, il est tombé sur Momar déclenchant sa jalousie, mais je l’avais viré sans l’écouter donc… et bien je me sentais responsable de son état.

Dès qu’il nous vit, il lança la corde et s’approcha. On aurait dit qu’il ne voyait plus personne à part moi. Il traversa la cour en vitesse et dès qu’il se mit à ma hauteur, il m’attira à lui.

· Tu es venu, chuchota-t-il en prenant mon visage entre ses mains, et quand je sentis leur callosité sur ma peau, un bien-être que seul lui peut m’apporter m’envahit.

· Oui, lui répondis-je dans un souffle.

Il me serra contre lui, me tenant contre sa poitrine et il baissa la tête pour m’embrasser. Nos lèvres se frôlèrent, se touchèrent. Il plongea son nez derrière mon oreille et me respira en gémissant doucement de plaisir. Mon cœur battait de plus en plus fort

· Tu m’as tellement manqué.

Sous l’émotion, je ne sais même pas quoi lui dire. Il me sert tellement fort que je disparais dans ses bras, puis, me caressant le dos, il recule un peu, me regarde dans les yeux et dit

· Ne me quitte plus bébé

Il posa un baiser sur mes lèvres, sur mon nez et sur mon front. Entendre cette phrase me fit trembler de bonheur. Il se retourna vers ses parents qui ne rataient aucune miette de nos retrouvailles.

· Je t’avais dit papa qu’elle était à moi, déclara-t-il arrogant, sur de lui-même. Mais j’ai oublié de te préciser que j’étais également à elle !

· Je vois ça, dit pa Samba d’une voix rauque

· Tu n’es qu’un briseur de couple de malheur, papa

· Baye Demba arrête maintenant lui dis-je mais il me fit shut en posant son long doigt sur mes lèvres.

· Il est le seul responsable de mes malheurs !! N’est-ce pas maman, dis-leur, dis-leur ! cet homme a passé sa vie à vouloir me contrôler, mais personne ne peut me contrôler, personne… criait-il avant de se tourner vers moi, khana yaw sama yama, sama khol (à part toi ma yama, mon cœur)

· On devrait aller s’asseoir à l’intérieur, suggéra Bara avant que son pote commence à sérieusement dire des bêtises, surtout que Pa Samba semblait être sa principale cible.

Il se comportait comme un voyou, narguant son père mais lui disant toutes ses quatre vérités même s’il n’était pas dans son état normal. Dès qu’on se posa dans le salon, il se colla contre moi et m’embrassa comme si c’était la dernière fois. Il était sauvage, insatiable.

· Je veux qu’on quitte le pays, toi et moi, ce soir

· Pour aller où ???

· Ou l’on veut, putain ! on fait ce que l’on veut.

· Ok mais seulement si tu te calmes

· Je veux être avec toi, on emmènera aussi maman ! (Avant de se tourner vers elle) han maman ça te dit de nous accompagner au bout du monde ?

On aurait dit qu’il s’était drogué. C’était un choc pour moi de le voir comme ça, désinhibé, malpoli et surtout le must remettre Pa Samba à sa place.

· Ne laisse plus personne se mettre entre nous, hein. Tu es parfaite mais moi je suis con, très con et je voulais faire plaisir à ce dictateur, mais c’est fini maintenant d’accord ?

· D’accord

· Maintenant promets moi de ne plus me quitter…

Il n’arrêtait pas de gigoter sur le canapé et je sentais à quel point il était tendu, alors j’hochais la tête et lui fis une petite grimace avant de nouer mes doigts aux siens, embrassant chacun de ses phalanges. Il arrêta de s’agiter, pencha la tête et me regarda l’air étonné.  Je pris son visage dans mes mains, lui embrassant les joues, passant une main sur sa tête tout en le fixant. Son regard brillait de désir mais aussi d’autre chose… Quelque chose qui rendait ses yeux sombres et larmoyants. Il glissa sur le bord du canapé en baissant les épaules pour se mettre à ma hauteur. Il me rapprocha de lui et se pencha pour poser sa tête sur la partie la plus moelleuse de ma poitrine. Il grogna doucement, puis soupira. Je ne bougeais plus, le laissant se mettre à l’aise. Pa Samba souleva un sourcil étonné en regardant Baye Demba serrer étroitement ses bras autour de mes hanches pour pouvoir poser sa tête plus confortablement sur moi, soupirer et grogner à nouveau. Bara lui, écarquilla les yeux tandis que Maman nous regardait en souriant tendrement, comme si cette vision de nous deux la faisait fondre.

Moi je retombais profondément amoureuse de mon homme. Je l’avais aimé macho, protecteur, toujours à proclamer son état de mâle alpha mais maintenant, là tout de suite, sa façon de se faire câliner comme un gros ours qui hiberne, réveillait en moi une tendresse toute maternelle. Tranquillement, je passais mes doigts sur sa tête, puis le long de son oreille. Ses deux bras sont toujours étroitement serrés autour de ma taille comme si j’étais un oreiller.

· Yama j’ai préparé la chambre d’amis pour vous, proposa Bara, la voix émue.

· On devrait rentrer à la maison, déclara Pa Samba

· Ce n’est pas une bonne idée, répondit maman. Je n’ai jamais vu Baye aussi calme pendant une phase maniaque. Ni rester assis aussi longtemps. Avec un peu de chance, la crise va passer sans qu’il ne fasse de dégâts, je préfère qu’il reste ici jusqu’à demain

· Alors je n’ai pas mon mot à dire, maréma je te rappelle qu’il s’agit de mon fils

· Il fallait y penser avant de vouloir gâcher sa vie, tchipppp

Bara nous indiqua la chambre, et je me levais en le tirant à moi. Maman vint me faire un câlin et me dit qu’elle resterait aussi avec nous mais dans une autre chambre. On suivit Bara sans accorder un regard à pa Samba !

Dès que j’ai fermé la porte à clé, Baye s’est collé à moi, les yeux animés d’un désir féroce. Il semblait affamé. Sauvage. Presque désespéré. Il me fit reculer puis pris mes mains entre les siennes. Il me dévora des yeux avant de me soulever dans ses bras. Je ne pus empêcher mon cœur de battre fort. J’enfouissant ma tête dans son cou pour respirer son odeur, mais il me posa tranquillement sur le lit. Il enleva mes chaussures et les posa sur le sol, puis ce fut autour de ses baskets .

· Je veux tes mains sur ma tête chuchota-t-il en me rejoignant sur le lit.

Je hochais la tête, et me poussais pour lui laisser de la place sur le lit.

· Est-ce que ça calme tes idées noires ? lui demandais-je

Il secoua la tête, prit mes mains et les posa sur sa large poitrine, tout près de son coeur. Sa voix rauque s’éleva alors qu’il me fixait comme si j’étais son ange gardien.

· Ça me calme ici.

L’émotion m’envahit lorsque je sentis son cœur battre sous mes doigts. Le cœur de mon homme. Je l’aime si fort que les battements de mon cœur se calquent aux siens. Il se glissa près de moi. Dès qu’il trouva une position confortable, il posa sa tête sur ma poitrine et tout son corps se serra contre le mien. Je baissais la tête pour lui embrasser le front et recommençais à faire courir mes doigts sur son crâne, sa nuque.

Un moment plus tard, il s’endormit.

Il s’endormit sans piqûre, je devenais son médicament…

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11 commentaires on “BAYE REK (12) : LA VIE SANS YAMA

  1. entre baye et yama c’est comme avec le chanson de AYA je vis pour toi tu vis pour moi y’a pas d’hasard on est lié

  2. WA mane pourquoi je pleur hannn ship j’ai juste pas les mots lii dall moy beugue bou sincere méme bipolaire yama tu l’aime et prete a te remettre avec lui je te tire mon chapeau vraiment et ces tellement vraiment chez nous les pullars ce qu’a fait pa samba pour eux amoul ben problemes alors que DIEU a deja ecrit la destiné thiey….merci chro

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