Merveilles de Femme

Histoires africaines

Entre Feu et Passion

Entre feu et passion – Partie 05

Une semaine s’était écoulée et Salma avait reçu l’autorisation de sortir de la clinique. A part quelques douleurs à la tête dont elle se plaignait juste pour attirer l’attention de Rachid, elle se portait comme un charme.

Ce dernier passait chaque matin la voir avant d’aller au travail et le soir à la descente. Même fatigué Rachid trouvait toujours le temps d’aller voir Salma non pas pour s’enquérir de son état qu’il savait stable et hors de danger mais pour voir ce visage d’ange comme il l’aimait dire mais aussi entendre sa belle voix quand elle lui racontait des blagues qu’elle seule avait le secret.

Elle avait ce don de faire rire tout le monde. Médecins et infirmiers se précipitaient dans sa chambre le matin juste pour écouter ses blagues pour enfin commencer une belle journée comme ils le disaient.

Rachid passa la prendre en ce début de journée et l’amena à l’appartement qu’il avait pris de leur agence immobilier, un magnifique appartement de deux chambres.

– Pourquoi deux chambres beau gosse ? Demanda-t-elle curieuse

– L’autre est pour la femme de ménage qui va s’occuper de l’appart et de la cuisine vu que tu ne pourras pas te déplacer avec ta jambe. Répondit-il évitant toujours son regard

– Hum j’aurai droit à une vie de princesse alors… ?

– Ne jubile pas trop vite fainéante. C’est juste le temps de récupérer totalement. Après tu te chargeras toute seule de cet appartement.

– Pourquoi tu gâches toujours les choses ? Ish, fit-elle avec cette moue qui fait fondre le jeune homme

– Une vraiment gamine ! On ne croirait même pas que tu as 20 ans. Taquina Rachid

– Pfft. Et pourquoi tu as laissé la porte de l’appartement ouverte ?

– J’attends la femme de ménage!

– Elle peut bien sonner à son arrivée ? Insista Salma

– Je vais être honnête, je ne reste pas seule avec une femme dans une pièce fermée. Expliqua-t-il sincèrement

-Hun tu as peur de moi ? T’inquiètes pas je ne vais pas te sauter dessus hein. Fit-elle malicieuse

Il allait répondre quand la femme ménage fit son entrée.

– Bonjour ! Lança la jeune fille timide

– Bonjour Marième, ça va? Je te présente ta patronne Salma Siby

– Bonjour Tata !

La jeune femme éclata de rire avant de se ressaisir

– Non, non surtout pas ! Appelle-moi Salma chérie

Elle sourit timidement avant d’acquiescer

– Bon Salma j’y vais et si tu as besoin de quelques choses tu m’appelles. Et pour la gestion de la maison mon chauffeur se chargera de vous livrer tout ce dont vous aurez besoin

– Quand est-ce que tu viendras me voir ?

– Je vais être franc encore une fois Salma, tu ne risques pas de me voir de sitôt

– Tu pars en voyage ? Demanda-t-elle, l’air déçue

– Non, je ne pourrai pas venir te voir parce que tu es une femme et ma religion m’interdit tout contact avec une femme autre que ma mère et mes sœurs !

– Mais on ne fera rien de mal juste discuter. Je vais me sentir seule ici sans personne avec qui délirer

– Oui mais ça ne fait pas parti de mes principes comprend-moi s’il te plaît. En plus Marième est là et j’ai mis dans ta chambre des livres sur la religion en attendant que tu guérisses complètement pour commencer tes cours

– Ok ! Dit-elle. En tout cas merci pour tout Rachid, je ne sais vraiment pas comment te remercier

– Je t’en prie, je le fais avec beaucoup de plaisir. A bientôt. Dit-il avant de quitter l’appartement lui aussi un peu triste de ne plus voir le visage de sa douce Salma. Mais c’était mieux ainsi se disait-il sinon il allait commettre l’irréparable tellement il la désire

[…]

Les jours passaient et Rachid fuyait toujours Salma. Un mois depuis qu’il l’avait laissé à l’appartement, ils ne se sont plus revus. Que des coups de fil éclairs pour prendre de ses nouvelles même ses rendez-vous à la clinique, il les déléguait à son chauffeur et ça faisait atrocement mal à Salma qui ne s’en doutait plus, elle était folle amoureuse de son « beau gosse »

Ce que Rachid ne savait pas, c’est que cet éloignement pesait grave sur l’état de la jeune femme qui ressentait une forte envie de ces sales substances qu’elle avait l’habitude de prendre. Elle se réfugiait dans la prière pour tenter de refouler ses envies mais rien, elle en avait besoin. Elle était tout le temps nerveuse et passait sa colère sur la pauvre Marième qui ne comprenait pas le changement soudain de sa patronne qui était très sympa avec elle.

C’est avec anxiété que Salma sortit de la clinique sans ce plâtre qu’on venait de lui ôter mais elle marchait toujours avec l’aide d’une béquille. Elle prit son portable et composa le numéro de Raky qu’elle hésitait à appeler depuis un bon bout de temps. Rachid lui avait remis son portable et lui avait formellement interdit tout contact avec ses anciens amis mais Salma connaissait par cœur le numéro de Raky. Cette dernière décrocha après quelques sonneries

– Raky ! S’il te plaît j’en ai vraiment besoin je vais mourir si je n’en ai pas aujourd’hui. Aide-moi s’il te plaît. Cria-t-elle presque quand Raky décrocha le téléphone

– La revenante, se moqua-t-elle

– Aide-moi s’il te plaît Raky, supplia-t-elle

– Ok passe chez-moi si tu veux, j’ai de quoi assouvir ta soif !

– J’arrive tout de suite !

– Salih, dit-elle en s’adressant au chauffeur. Emmenez-moi aux Almadies s’il vous plaît

– Mais Monsieur…

– J’ai une course urgente à faire ! Coupa-t-elle

– Monsieur ne va pas apprécier, dit-il hésitant. Il m’a clairement signifié de ne vous déposer autre part qu’à l’appart et je ne veux pas perdre mon travail à cause de vous !

– Hey je t’ai dit que j’ai des courses à faire qu’est-ce que tu entends par là ? Tu me déposes ou j’appelle tout de suite Rachid ! Cracha-t-elle hors d’elle

– Appelez alors, je ne bougerai que sur ordre de mon patron !

Enervée Salma composa le numéro de Rachid en tremblant. Ce dernier ne décrocha pas et maligne qu’elle est, elle fit semblant de parler avec lui…

– Rachid parle à ton chauffeur là ! je lui demande de m’emmener aux Almadies chez ma copine, tu te souviens ?

-…

– Oui je t’avais dit que je vais pendre mes affaires.

– …

– Il a dit non qu’il ne bougera pas sans ordre venant de toi !

– …

– D’accord à plus tard !

– Légui pourquoi tu me regardes ? Démarre cette putain de voiture !

Salih démarra en se retenant du mieux qu’il pouvait. Salma était d’habitude très polie mais aujourd’hui on dirait une autre personne même sa voix avait changé. Compréhensif comme toujours, il se dit que peut-être qu’elle s’était réveillée du mauvais pied et il ne lui en tint pas rigueur.

Salma lui indiqua l’immeuble où habitait Raky, elle descendit en rouspétant avant de prendre l’ascenseur jusqu’au cinquième étage.

Raky ouvrit la porte et vit Salma devant elle. Elle embrassa sans retenue son client avant de saluer sa copine.

– Wa copine comment tu vas ? Salua-t-elle en lui collant deux bisous

– Tu l’as ? Demanda-t-elle impatiente

– Hey doucement et cette béquille ?

– Tu es sûre que tu ne sais pas ce qui m’a fait ça ? Répliqua Salma énervée

– Je suis désolée chérie. Je ne savais pas si tu avais de la drogue sur toi et je ne voulais pas avoir des soucis avec la police tu me comprends ?

– Oui Raky, fit-elle en tournant les yeux. Tu l’as ?

– Yaw khiff nga déh ? (Tu as faim on dirait) J’en ai mais ce n’est pas pour moi mais pour Moulaye et lui tu le connais il ne badine pas avec les dettes.

– Je sais. Je te rembourse dès que j’ai l’argent. Je suis sortie sans rien et le chauffeur m’attend en bas

– Chauffeur nak ? T’es retournée chez tes parents ?

– Non !

– Et pourquoi un chauffeur t’attend en bas ?

– Une très longue histoire. Dit-elle avant de sortir de l’appartement pour ne pas qu’un de ses anciens « mbaranes » l’y trouve.

Salma sortit de l’immeuble et fit face à Abdel, un ancien  »mbarane ».

– Abdel, salua-t-elle sans se retourner

Ce dernier la rattrapa, empoigna son bras et la fit tourner sans grand effort.

– La belle, tu ne me reconnais pas ?

– Abdel je t’en supplie, lâche-moi ! Cria-t-elle plus énervée que jamais

– Oh doucement ! Que se passe-t-il ? On passe la soirée ce soir. J’ai tellement envie de te jolie petite bouche…

Dégoutée, Salma cracha sur son visage avant de tirer son bras et sortit de l’immeuble sans un mot de plus

– Tu vas me le payer sale garce ! Entendit-elle quand elle rejoignit Salih

La voiture se gara devant son immeuble. Salma sortit et avança jusqu’au bar d’à côté, elle en sortit quelques minutes plus tard avec un sachet en papier contenant une canette de bière. Salih trouva cela bizarre mais ne fit aucun commentaire. Il attendit qu’elle entre dans l’immeuble avant de monter dans la voiture et démarrer sans plus tarder.

Salma s’enferma dans sa chambre et fit tranquillement ce qu’elle avait à faire sans penser à ce qu’elle l’avait promis à Rachid le jour de sa sortie de la clinique.

La pauvre après s’être bien défoncée avec la drogue et l’alcool elle ne savait plus où elle était ni comment elle s’appelait. Elle criait fort dans la chambre le nom de Marième. Cette dernière s’était accourue devant elle. Prise de peur ayant remarquée la canette de bière, elle lui demanda si tout allait bien ?

– Prend l’argent des courses et va m’acheter au bar deux canettes de bière !! Exigea-t-elle à sa bonne

– Salma je suis désolée mais je ne touche pas à ça ! Répondit-elle dédaigneuse

– Si tu ne fais pas ce que je te demande, je te fous dehors tout de suite !

– Si tu veux mais je n’entrerai jamais dans ce bar ! Rétorqua-t-elle sans hésiter

– Donne-moi le reste de l’argent que Salih t’avait remis tout de suite, petite imbécile !!!

Elle prit peur et sortit de sa pochette le reste de l’argent qu’elle lui donne avant de s’enfermer dans sa chambre. Elle composa le numéro de Rachid mais ce dernier ne décrocha pas. Marième insista encore et encore en vain

Pendant ce temps Salma ouvrit la porte de l’appartement avec un carton de canette de bière sûrement son ravitaillement de la semaine. Elle passa l’après-midi devant la télé ivre morte chantant et dansant comme une folle.

C’est vers dix-huit heures que Rachid rappela Marième. Il ne se doutait point de ce qu’il allait entendre.

– Allô, Marième que se passe-t-il ? Je viens de voir tes appels j’étais en réunion depuis ce matin, expliqua-t-il curieux

– Oui monsieur je vous ai appelé en vain. Voilà la patronne est en train de devenir folle et j’ai peur pour moi

– Lou xew mba diam ? (Que se passe-t-il ?)

– Elle est ivre monsieur. Elle est là à crier depuis ce matin.

– QUOI ? Cria-t-il. J’arrive tout de suite !

Rachid sortit de son bureau en courant rejoindre au plus vite sa voiture. Il trouva Salih assis avec les vigiles en train de boire du thé. Il bondit de la chaise et rejoignit la voiture en trois secondes.

Rachid ne perdit pas de temps et commença à cuisiner son chauffeur

– Salih qu’est-ce qui s’est passé ce matin avec Salma ? Tu ne l’as pas déposée à l’appart comme convenu ?

– Si M. après avoir fait un saut aux Almadies !

– Quel saut ? Et que faisiez-vous aux Almadies ? Cria-t-il pour la première fois sur son chauffeur

– Mais M. c’est vous qui lui avez donné l’autorisation non ?

– Bane autorisation ? Salih je t’avais dit de ne la déposer qu’autre part qu’à l’appart !

– Elle m’a demandé de la déposer aux Almadies après la clinique. Je lui ai dit que je ne bougerai que sous ordre de mon patron. Après elle vous a appelé et vous avez parlé. Elle m’a dit que vous lui avez donné l’autorisation…

– C’est sorti de ma bouche ? Sortit Rachid dépassé

– Non M. J’avoue que j’ai été assez bête !

– Heureusement que vous le dites ! Et ? Qu’est-ce qu’elle a fait ?

– Après les Almadies, elle est entrée dans le bar d’à côté et elle y est sortie avec un sachet en papier !

-Merde ! Ça commence bien cette histoire ! Cria Rachid très énervé

Arrivé à l’appartement il partit direct dans le salon et trouva Salma avec une canette à la main en train de chanter avec une voix méconnaissable. Il se dirigea vers elle et lui arracha la canette avant de demander au chauffeur de fouiller l’appart pour voir s’il en reste. Ne comprenant rien de ce qui se passe, Salma sauta sur Rachid encerclant ses bras autour de son cou.

– Enfin, tu es là mon amour tu m’as tellement manqué si tu savais, dit-elle en laissant échappée une larme

Pris au dépourvu, Rachid se dégagea et lui dit d’une voix ferme

– Je ne pourrais pas te parler vu l’état dans lequel tu t’es mise. Mais demain tu vas m’entendre !! Cracha-t-il entre ses dents

Il allait sortir quand Salih lui montra un sachet contenant une poudre blanche.

– Décidément j’ai affaire avec cette fille ! Jura-t-il furieux

Il rentra chez lui toujours énervé. Il ne savait pas comment gérer cette situation. Il composa le numéro de Khalifa comme à son habitude.

– Rachid on dirait que tu n’as jamais fait les bancs. Tu devrais au moins savoir, qu’elle ne va pas guérir en un claquement de doigt ! Elle est dépendante, il lui faut des soins avant qu’elle retrouve le salut. Ce n’est pas en hurlant que tu vas réussir à l’aider. Doucement rek, elle finira par y arriver In Shaa Allahou Rabbi !

– Mais Imam je ne pense pas que je pourrai gérer ça ! L’appart puait grave et la pauvre Marième était toute déboussolée !

– Rachid vas-y doucement avec elle. Tu ne peux pas lui forcer arrêter d’un seul coup de baguette encore une fois ! Elle est malade, l’alcoolisme est une maladie alors aide là du mieux que tu peux !

– D’accord j’essaierai ! A demain In Shaa Allah !

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