Merveilles de Femme

Histoires africaines

Entre Feu et Passion

Entre feu et passion – Partie 04

Il était 08 heures 46 mn quand Rachid pénétra à l’intérieur de la clinique. Il alla directement rejoindre le médecin dans son bureau. Ce dernier l’accueillit avec un grand sourire.

– M. Bathily, Allah a entendu vos prières ! Salma s’est réveillée hier soir !

. J’étais déjà chez moi quand l’infirmier de garde m’a appelé. J’ai rappliqué direct ! Et mieux encore, elle va très bien, zéro séquelle !

– Alhamdoulillah, Alhamdoulillah ! Cria presque Rachid laissant tomber ses clés de voitures

– Elle ne cesse de vous demander depuis qu’elle s’est réveillée. Cette fille était un ange… elle est tellement adorable…

Rachid ne fit pas de commentaires se limitant simplement à regarder son téléphone.

– Je peux la voir ? Questionna-t-il, intimidant

– Oui M. Bathily. Salle 06, premier étage ! Répondit le toubib retrouvant son sérieux

– Merci, sortit-il en quittant le bureau

Salma était en train de prendre son petit déjeuner quand elle entendit des coups venant de la porte…

– Assalamou ‘Aleyhi ! Dit Rachid une fois dans la chambre. Il baissa les yeux pour ne pas croiser ceux de Salma

– Abdoul Rachid Bathily ! Alors c’est toi qui as voulu me tuer ?! Dit-elle avec une voix qui fait fondre

Surpris, Rachid leva les yeux et croisa ceux de Salma. Troublé, il rit nerveusement avant de répondre

– Vous n’êtes pas censée me demander pardon après m’avoir fait passer le pire week-end de toute ma vie ? Répondit-il sur un ton taquin

– Où est la galanterie ? Depuis quand les femmes s’excusent ?

– Depuis qu’elles se permettent de danser au milieu de la route, sur un virage et à des heures de crime.

– Oh j’ai vraiment fait ça ?

– Oui mademoiselle !

– Je devais être ivre alors ?

– C’est vous qui le dites !

– Hum vous êtes timide ou vous avez des remords ? Pourquoi ne me regardez-vous pas ?

– Ni l’un, ni l’autre !

– Je me présente Salma la belle, dit-elle en lui tendant la main

Il leva les yeux, regarda sa main et sourit

– Désolé Salma, je ne sers pas la main aux femmes, répondit-il franc

– Oow… quelle gatié ! (Quelle honte !) Blagua-t-elle. Si ce n’était pas ce fichu plâtre je me serai levée de ce lit et je vous collerai deux grosses bises sur vos joues

– Heureusement pour moi alors, s’exclama-t-il en riant

Jamais, Rachid n’a eu une conversation aussi longue avec une fille autre que ses sœurs et sa mère. Le plus étonnant c’est qu’il appréciait et ressentait en même temps quelques picotements dans son cœur. Il a aimé discuter avec elle, c’est clair.

– Bon Salma, je me suis inquiété et ce qui m’a paru le plus bizarre, c’est qu’aucun membre de votre famille ne vous a appelé, personne ne vous a cherché aussi. Vous n’avez pas de famille sur Dakar ?

Les yeux de la jeune fille s’inondèrent de larmes. Elle les laissa couler et finit par éclater en sanglots. Rachid prit peur et s’avança vers elle.

– S’il vous plaît, ne me faites pas ça. Je voulais juste prévenir votre famille pour ne pas qu’elle s’inquiète, dit-il perturbé par les larmes de Salma

– Je n’ai plus de famille. Mes parents m’ont reniée et mes frères m’ont demandée de ne plus m’approcher de la maison au risque de me faire tuer

Il ne dit rien et la laissa sortir son chagrin. Salma pleurait encore et encore.

– Tu sais Rachid, j’ai entendu chaque mot que tu as prononcé quand j’étais inconsciente. J’ai entendu tes prières, les sourates que tu récitais. Le plus étonnant, je t’ai vu en rêve. Je ne voyais pas ton visage mais je sais que c’était bien toi. Tu m’as pris la main et ensemble nous avons pris le chemin de la mosquée, une très belle mosquée qui se trouvait au milieu de l’océan. On portait tous les deux des habits de couleur blanche mais d’une blancheur éclatante. Abdoullah Rachid Bathily m’avait soufflé l’Imam de la mosquée… Rachid je compte sur toi pour guérir…

– Vous êtes déjà guérie Salma. Vous êtes sortie de cet accident sans séquelles, que voulez-vous de plus ? Questionna Rachid, méfiant

– Tu peux me tutoyer Rachid Bathily, je ne suis pas Geneviève de Fontenay ndaw sou liw bobou ! On dirait qu’elle a toujours froid cette dame-là !

Rachid éclata de rire…

– D’accord !

– Je sais que les médecins ne t’ont rien dit mais je suis toxicomane. Je suis accro à la drogue, c’est pour cela que ma famille a coupé tous liens avec moi…

Rachid s’étouffa, n’en croyant pas ses oreilles. En plus d’être alcoolique, elle se drogue et elle fume. Il baissa les yeux encore, ne sachant pas quoi répondre.

– Pourquoi as-tu choisi ce chemin ? Finit-il par demander refusant de la regarder

– J’avais 16 ans quand je suis rentrée ivre pour la première fois, commença-t-elle. Et pour la première fois aussi, j’ai vu les larmes de mon très cher papa. Il m’a donné le nom de Hadjara l’épouse du prophète Ibrahim ‘Aleyhi Salam tellement qu’il l’aime. J’ai toujours été sa préférée et en un seul jour j’étais devenue la poubelle de la maison. J’ai arrêté mais peu de temps après j’ai rechuté et j’étais devenue incontrôlable. Mon père m’a demandé de quitter sa maison, c’est comme ça que je me suis retrouvée chez une de mes copines. Hier c’était son anniversaire, je me suis bien défoncée en me disant que c’était la dernière fois que je me soulerai malheureusement je me suis retrouvée ici. Ce matin quand je me suis réveillée mes pensées sont allées vers ma famille et je me suis rendue compte combien c’était important d’avoir une personne sur qui compter. Je me retrouve seule ici sans amis, ni famille. J’ai parlé à mon père le jour de l’accident, je lui ai demandé pardon. Il souffre à cause de moi et ça je ne me le pardonnerai jamais. Je ne suis pas mauvaise Rachid, je ne sais pas comment faire pour m’en sortir. Finit-elle en forçant un sourire

– Et ta copine alors ? Elle a appelé et je lui ai dit pour l’accident mais elle a raccroché sans poser de question

– Euh je ne sais pas. De toute façon, ça ne me surprend pas d’elle. Mais je lui serais toujours reconnaissante de m’avoir offerte un toit où dormir

– Tu sais que la vie que tu es en train de mener n’est pas des toutes saines ?

– Je sais Rachid, je sais ! Mais je ne peux pas. A chaque fois que je décide d’arrêter, je sombre de nouveau…

-Ne t’inquiètes pas Salma je vais t’aider. Mais avant tout donne-moi un numéro où je pourrais joindre ta famille pour les prévenir

– Non… non ! Cria-t-elle

– Mais pourquoi ?

– Je ne rentrerai chez moi que lorsque je serai totalement guérie. Guérie de mon alcoolisme et de ma dépendance aux stupéfiants ! S’il te plaît Rachid. Dit-elle au bord des larmes

Rachid adorait comment Salma prononçait son nom. A chaque fois que son nom sortait de la bouche de Salma, il ne pouvait s’empêcher de sourire. C’est décidé, il allait personnellement s’occuper de son cas, promit-il

– D’accord ! Mais je ne veux pas que tu retournes chez ta copine

– Mais où est-ce que je vais aller vivre ?

– Je vais m’occuper de tout ça ! Tu me fais confiance ?

– Entièrement beau gosse ! Dit-elle innocemment

Salma n’était pas consciente de sa beauté. Elle fait partie de ces personnes qui ont une joie de vivre débordante. Elle ne se fâche que rarement. Très sincère et franche. Elle adore taquiner les gens et faire rire tout le monde, c’est pourquoi elle était la préférée de sa famille. Tout le monde l’adorait chez elle, en particulier son père qui l’appelait « prunelle de mes yeux ». Elle est d’une générosité et d’une bonté sans égale. Elle est pure Salma. Son seul défaut c’est la naïveté. Elle est naïve comme pas possible, mais bon quand on est comme Salma on croit que tout le monde se ressemble que les gens qui nous entourent ne pourront jamais nous faire du mal. Ce qu’elle ne savait pas c’est que ce monde est rempli de personnes sans âmes, qui n’hésitent pas à vous poignarder dans le dos au moment où vous y attendiez le moins.

– Bon Salma je dois retourner au bureau. Je repasse ce soir In Shaa Allah. Appelle-moi s’il y a le moindre souci, dit-il en lui remettant son portable et sa carte de visite

– C’est mon numéro de téléphone sur la carte. A ce soir !

Rachid sortit de l’hôpital sourire aux lèvres. Il n’a fait que penser à Salma toute la journée. Il s’était précipité pour sortir de la banque pour rejoindre sa voiture. Il a hâte de la revoir

– Rach tu peux me déposer à la maison. Ma voiture est en panne et papa est déjà parti, demanda gentiment sa soeur

– Prends un taxi, Khaliya. Je dois aller quelque part, répondit-il en montant dans sa voiture

– Khana danga am guél ? Tu as une petite amie ?

– Oui !

Il démarra sa voiture après avoir fait un clin d’œil à sa sœur. Il arriva à la clinique 15 minutes après et se précipita dans la chambre de Salma. Il y trouva le médecin confortablement assis sur le canapé en face du lit.

– Salam ‘Aleykum ! Salua Rachid

– M. Bathily vous allez bien ! Je tiens compagnie à ma patiente préférée. En tout cas, on ne s’ennuie pas avec elle, dit le docteur

Rachid lui lança un regard froid avant de se tourner vers Salma.

– Tu vas bien ?

– Oui je vais beaucoup. A part cette jambe qui me démange comme ce n’est pas permis et une légère migraine, je vais beaucoup mieux, merci ! Et toi comment s’est passée ta journée ? Demanda-t-elle sourire aux lèvres

– Bien Alhamdoulillah ! Je voudrai te parler, c’est possible ?

– Bien sûr !

– Je vous laisse alors, dit Dr en se levant

– Justement Dr, quand est-ce qu’elle pourra sortir ?

– Dans deux jours In Shaa Allah !

– Bien alors. Merci !

Le toubib sortit de la chambre avec un air de chien battu et Rachid le remplaça sur le canapé.

– Je voulais savoir si tu n’as pas besoin de quelque chose. Des habits, des trucs de femme en fait…

– Je vais appeler Raky pour qu’elle m’amène mes affaires, répondit Salma

– Non ! Je ne veux plus que tu sois en contact avec tes amis. Tu vas me noter ici tout ce dont tu auras besoin et je vais te les trouver. N’oublies pas de mettre les tailles aussi, proposa Rachid en lui tendant une feuille et un stylo

– D’accord !

– Mais dis-moi comment tu faisais pour vivre ou c’est ta copine qui t’entretenait ? Questionna encore Rachid

Cette question était juste pour confirmer les dires des vigiles le jour de l’accident. Il voulait une confirmation de la bouche de Salma. Il reprit sa place et fixa son regard sur Salma, gênée, elle ne savait pas par où commencer

– Euh… je…

– Soit franche, je ne te jugerai pas !

Elle regarda à son tour le jeune homme. Elle ne put s’empêcher de regarder ses belles lèvres pulpeuses et rosâtres. Elle ferma les yeux plus d’une seconde avant de les rouvrir. Rachid était toujours en train de le regarder, d’un regard intimidant.

– Euh je vivais du  »mbarane » ! Finit-elle par sortir la tête baissée

– Je n’ai pas compris ! Cela veut dire quoi ? Dit Rachid feignant ne rien comprendre

– Je sortais avec des hommes riches et c’est eux qui s’occupaient de moi. Ils me payaient après chaque soirée…

– Ah, je comprends ! Sortit-il l’air dégoûté

Remarquant la mine de son bienfaiteur, Salma repris très vite mais en bégayant encore

– Ce n’est pas ce que vous croyez… je ne suis pas une prostituée, lâcha-t-elle les larmes aux yeux

– Comme je l’ai dit, il ne m’appartient pas de te juger. Tu veux vraiment changer Salma Siby ?

– C’est tout ce que je désire, Rachid !

– Kone bakhna ! J’aimerais juste que tu saches d’avance que je serai intransigeant ! Menaça-t-il presque

Salma fit un oui de la tête toujours en pleurant. Elle voulait changer c’est clair et elle avait foi, énormément foi en Rachid.

Elle finit par s’endormir, fatiguée par les pleurs. Rachid en profita pour la contempler, il a trouvé belle, trop belle même. Elle a un visage très radieux même sans maquillage. Il ne cessait de la regarder.

– Imam je suis émerveillé ! Je ne sais pas pourquoi, je me dis qu’elle n’a rien d’extraordinaire mais en même temps son visage donne de l’espoir. Comment dire sans exagérer, il y a une pureté en elle… elle est… oh là comment la décrire sans exagérer ?

Imam ne pouvait se retenir, il l’écoutait décrire Salma riant

– Ndeysane tu te rends compte que tu ne la connais que depuis 72 heures Rachid. Tu ne peux pas tomber amoureux d’elle aussi facilement ?

– Amoureux diam ? Non, elle n’est pas mon genre en plus… loin de moi l’idée de la juger mais avec tout ce qu’elle vient de me dire, je ne pense pas qu’elle ferait une bonne épouse, rétorqua-t-il sans grande conviction

– Tu crois ?

– Oui Khalifa ! Elle est belle mais… moy lolou quoi !

– Hum baxna alors. On verra ce que l’avenir nous réserve !

– In Shaa Allah !

 

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