mar. Sep 22nd, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Takku Suuf – Partie 17

9 min read

Saphiatou Kane

 

Je monte les escaliers, fatiguée. J’ai passé une journée merdique entre les messages incessants de Ndiaga et les coups de gueule de mon patron. Je ne savais même plus où me donner de la tête. J’ai une migraine pas terrible et j’ai hâte de me mettre sous ma couette, oublier cette journée.

Je suis lasse, j’ai l’impression que le ciel me tombe dessus. J’ai lu dans les journaux de ce matin que mon mari a été démis de ses fonctions aux ministères et qu’il est actuellement en garde à vue à la DIC. J’avais bloqué tous ses numéros pour ne pas l’entendre mais là j’avoue que je suis inquiète et ce silence ne me rassure pas du tout. Il me harcelait, les premiers jours après ma demande de divorce et là ça fait des jours que je n’ai plus aucune nouvelle. Il venait tous les jours taper à la porte et je faisais évidemment la sourde. J’ai tellement envie de le voir… je sens qu’il a des problèmes même s’il ne me dit rien.

Heureusement je le retrouve devant la porte, froissé pour ne pas changer

– Ibrahim…

– Je ne veux pas de ton pitié Safia !

– Merde Ibrahim, c’est toujours comme ça…

– Tu modères ton langage Saphia, je commence à perdre patience nak ! Je ne te signale que je suis toujours ton mari. Tu vas me faire le plaisir d’ouvrir cette porte, on va se poser calmement et s’expliquer comme des personnes normales ! Fit-il les yeux rouges

– Sinon quoi ? Osai-je

Je n’aime pas le ton qu’il emploie avec moi, je n’aime pas cet Ibrahim en face de moi. Il a tellement changé. Là, j’avoue que j’ai peur…

Il prend les clés de ma main et ouvre la porte sans me demander mon avis. Je le suis à l’intérieur avec l’intention de ne pas me laisser faire

– Ibrahim tu dégages de chez moi sinon j’appelle la police !

– Appelle-les j’en ai rien à foutre ! Au point où j’en suis, je n’ai ni peur de tes menaces de me quitter, ni de Mariama wala ma famille qui me pourrissent la vie de jour en jour, encore moins de crever en prison ! Tu sais Saphiatou, j’ai l’impression que je suis en pleine agonie où l’ange de la mort se prend du plaisir à torturer mon âme ! Je ne sais même plus ce que je ressens, si c’est une rancœur envers mes proches ou tout simplement le regret de n’avoir pas pris ma vie en main quand il fallait. Si j’avais le choix, je ne serai pas né dans cette famille de merde, je ne me lierai pas d’amitié avec Ndiaga, jusqu’à ce qu’il soit mon meilleur ami et je n’épouserai pas cette sorcière de Mariama !

– Ibrahim, calme-toi…

– Ndiagua m’a détruit, je ne sais pas comment il a fait mais voilà ! Je reviens de la DIC comme ça… des milliards ont été détournés au ministère et devine quoi ? Il paraît que c’est moi qui suis derrière tout ça…

Je pose ma main sur ma bouche surprise. J’ai l’impression d’avoir reçu un coup de poing en pleine figure. Je ne comprends rien, cela fait 15 jours que l’on ne s’est pas vu et j’avoue que je ne m’inquiétais pas trop sur son sujet

– Ibrahim…

– Pendant que toi tu t’entêtais à me demander le divorce. L’autre qui a fait sortir ma famille pour mettre en location MA MAISON, moi j’étais entre mes problèmes et ma solitude ! Je me demande à quoi bon vivre si toi aussi tu me tournes le dos Safi ?

– S’il te plait, écoute-moi mon amour… tentai-je encore

– Pour ? Pour me dire que tu es désolée ? Pour me dire que tu m’aimes toujours mais que tu ne veux plus de moi dans ta vie ? Tu te souciais de moi ces derniers jours ? Sais-tu que je dormais dans ma voiture ? Sais-tu que j’ai passé 24 heures dans les locaux du commissaire Ndoye heureusement que Me Smab est arrivé à temps sinon j’y serai encore !

– Je t’en supplie…

– Je n’ai plus envie de vivre, tu sais ça ? Je ne veux plus rien de cette vie… je veux juste mourir. Tout le monde sera en paix…

– Moi je ne serais jamais en paix ! Oui, je t’ai demandé le divorce Ibrahim pas parce que je ne t’aime plus mais parce que j’en avais marre de te voir faire le mendiant devant les autres ! Tu aimes trop t’apitoyer sur ton sort, jouais au plus malheureux pour me garder plus près de toi. Je sais que tu m’aimes et je t’aime aussi mais excuse-moi de te le dire mais tu aimes trop la facilité. Je suis entrée dans ce mariage sans trop réfléchir et je viens de me rendre compte qu’à part jouer à la victime pour m’attirer dans tes filets, tu ne sais faire rien d’autres ! Là encore tu en train de te payer ma gueule ! Oui ne me regarde pas comme ça ! J’ai l’impression tu me jettes la faute, que tes problèmes viennent de moi alors que tout ça… c’est entièrement de ta faute ! Tu n’as jamais voulu affronter tes problèmes avec Mariama, tu n’as pas su dire stop à ta famille quand il fallait et tu t’es noyé dans tes problèmes jusqu’à ne pas savoir faire la part des choses entre tes problèmes et ton travail !

– J’ai signé des documents dont je ne sais d’où ils viennent et tout m’épingle…

– Pourquoi je n’ai pas entendu parler de cette affaire dans les journaux ?

– Mais tu as entendu que j’étais limogé non ?

– Oui mais…

– L’enquête est en cours mais je suis persuadé que d’ici demain, les journaux et les sites internet en parleront !

– Et ta mère ?

– Je leur ai trouvé un appart en attendant. Je sais que je n’échapperai pas la prison mais avant tout je voudrai m’assurer que Ndiaga et Mariama ne s’en prendront pas à toi. Retourne vivre chez tes parents, je t’en supplie, Mariama est une malade et si jamais elle découvre que tu es ma femme, crois-moi, elle ne t’épargnera pas !

– Ibra…

– Fais ce que je te demande Safi !

– Je ne bougerai pas d’un iota et je serai avec toi dans ce combat. Je viens de comprendre les appels de Ndiaga et l’humeur de mon boss. Je crois que je vais perdre mon job d’ici peu moi aussi parce qu’il est clair que ton ex meilleur ami, nous a déclaré la guerre !

– Que voulait Ndiaga ?

– Juste me dire qu’il est un ami de mon patron et que je devrai faire attention…

– Quel salaud ! Safi, je ne veux pas que tu aies des problèmes à cause de moi !

– T’inquiète pas, je suis assez grande pour me défendre seule. Mon souci, c’est toi ! Qu’est-ce qu’on va faire ? Et si on t’emprisonne Ibrahim ?

– C’est ce qui va se passer parce que tout m’incrimine ! Je n’ai aucun issu ma chérie et moi mon souci, c’est toi ! Je pense qu’il serait mieux qu’on divorce…

– NON !

– J’en ai pour une dizaine d’années, tu vas m’attendre ?

– J’attendrai le temps qu’il faut Ibrahim mais je ne te lâcherai pas ! Mane doma geuneu goré mouk !

– Ne dis pas de bêtises Safi. Tu vas refaire ta vie et m’oublier. Dit-il laissant ses larmes sortir

– Tu vois, tu ne crois même pas à ce que tu dis !

Je pars me blottir dans ses bras et on pleure tous les deux. J’avais mal pour lui et pour moi aussi. Je sais que cette histoire n’est pas près de se terminer mais je serai toujours là pour lui et quoi qu’il m’en coûte.

Cela une semaine qu’Ibrahim dort chez nous. Il vit très mal cette situation, il déprime de jour en jour et reste dans un mutisme frustrant. J’essaie de l’aider en lui remontant le moral parfois mais à part un petit sourire, il ne parle pas. Mariama est partie avec les enfants, il n’a plus aucune nouvelle d’eux. Et sa mère qui n’arrête pas de lui mettre la pression pour qu’il leur trouve une maison plus habitable.

– Je vais devenir fou à force de réfléchir ! Cria-t-il en se levant

– Je ne sais pas quoi te dire Ibrahim !

– Je veux savoir où sont mes enfants ! Hurla-t-il encore comme un animal blessé

Je sursaute et recule. Il a raison, il va devenir fou si on ne fait rien.

– Essaie de porter plainte, suggérai-je

Il me regarde dégoûté avant de sortir de la chambre

– Comment vais-je porter plainte alors que la police est sur moi ? La loi protège Mariama quoi que je puisse faire, les enfants resteront avec elle. Mais je trouve cruelle sa façon d’agir avec moi. Pourquoi elle me prive de mes enfants ? Elle savait que c’est pour eux que je restais avec elle alors pourquoi me fait-elle ça ?!

– Ibrahim arrête de crier et essaie de te calmer un peu. Je vais te faire du thé à la camomille pour t’aider à te détendre, dis-je en rejoignant la cuisine

– Pff tu crois que j’ai besoin d’un simple thé pour me calmer ? Un putain de thé quoi ? Fit-il énervé

– Ibrahim nak tu commences à faire chier, sérieusement ! Je comprends que tu sois bouleversé par tout ça mais ce n’est pas une raison pour faire passer ta colère sur moi !

– Je suis désolé chérie ! Sortit-il en passant sa main sur sa tête avec de se laisser tomber sur le canapé

– Y a-t-il pas une sourate pour m’aider à sortir de ce gouffre ?

– Le Coran lui-même est un médicament pour le musulman. Remets tout entre les mains du Tout-Puissant et ait l’ultime conviction qu’il t’assistera dans tous tes problèmes. Allah est avec les endurants, les patients alors mon amour patiente. Tout finira par s’arranger et je ne te lâcherai pas… jamais ! Je ne te lâcherai pas Ibrahim Kane. Mane ak yaw ba pique ak pelle !!!

Il m’attire dans ses bras et pose un doux baiser sur mon front. Je sens son portable vibrer dans la poche de son pantalon, il se dégage un peu pour le sortir avec de décrocher

– Mariama ! Aboya-t-il, l’air dégoûté de prononcer son prénom

-…

– Vous êtes où ?

– Ok, j’arrive !

– Enfin, on dirait que Dieu a entendu tes prières ma chérie. Je t’ai dit que t’es un ange toi ? Je vais voir les enfants, ils sont à la maison. Elle a loué la maison à son frère. J’y vais !

– Ibrahim change-toi au moins. Tu portes encore ton pyjama je te signale !

– Yaw danga beugeu aduna. D’accord chef, je vais me changer.

Je souris, ça me fait plaisir de le voir comme ça. Il adore ses enfants, ça inutile de le dire et il ferait n’importe quoi pour eux.

– J’y vais ma chérie, à plus tard ! Je t’aime

– Moi aussi mon chou ! Reviens vite !

Il me donne un bisou et sort de l’appart. Je reste seule avec mes problèmes moi aussi. Je ne voulais pas en rajouter à Ibrahim c’est pourquoi je ne lui ai rien dit.

Ndiaga m’a appelé hier, il m’a demandé de quitter Ibrahim et de me marier avec lui sinon il allait faire de ma vie un enfer. Je l’ai copieusement insulté avant de raccrocher mais j’avoue que là, j’ai très peur. Il vient de m’envoyer un message pour me dire que j’aurai une confirmation de ses menaces aujourd’hui…

– Oh mon Dieu, Ibrahim !

La porte sonne, ouf… il a sûrement oublié les clés de sa voiture. Je vais en profiter pour le convaincre de ne pas aller à ce rendez-vous

– Tu as oublié quelque chose ? Dis-je en ouvrant la porte

Je me retrouve en face d’une très belle femme, habillée en legging et débardeur. Elle me bouscule et entre dans l’appart, j’allais lui demander qui elle est mais un gars me prend violemment le bras avant de pousser à l’intérieur sans grand effort…

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