mar. Sep 22nd, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Takku Suuf – Partie 18

13 min read

Saphiatou Kane

 

Oh mon Dieu ! C’est la femme d’Ibrahim

– Alors, c’est toi la garce qui couche avec mon mari ? Sortit-elle en me tirant les cheveux

– Madame je ne veux aucun problème avec vous, veuillez sortir d’ici s’il vous plait !

– On fait moins la grande gueule maintenant ?

Elle me donne une claque cinglante, je tombe sur les carreaux mais le gorille qui l’accompagnait me force à me lever encore.

– Tu aurais dû savoir que tôt ou tard j’allais te retrouver ! Ibrahim c’est mon Ibrahim personne n’y touche. Je vais te donner une correction que tu ne seras pas prête d’oublier, sale pute !

– Je vous en prie, sortez et laissez-moi en paix !

– Kone day yombou ! C’est à cause de toi que j’ai perdu tout contrôle sur mon homme. Je ne l’aimais pas c’est vrai mais il m’offrait une assurance qui me permettait de vivre aisément. Mes enfants sont dans de très bonnes écoles, ils ne manquent de rien grâce à lui. Il m’a sortie de ce quartier pourri où je vivais avec ma famille. Il m’idolâtrait comme si j’étais une sainte, il avait peur de moi et faisait tout ce que je lui demandais de faire sans rechigner. Il n’a jamais osé regarder une autre femme même s’il savait que je n’en avais rien à foutre de lui, il m’a toujours respectée !

– Je vous en prie lâchez-moi vous me faites mal ! Hurlai-je alors qu’elle tirait encore sur mes cheveux

– Taisez-vous ! Je m’en moque si vous vous sentez mal, j’en fou mais à un tel point… il parait que c’est vous qui l’aviez dragué ? Vous l’aviez supplié de vous épouser ? Vous l’avez monté contre moi pour qu’il me répudie ! Il ne dormait plus avec moi et ne me donnait plus rien ! Je sais qu’il vous aime, c’est pour cela que je m’en prends à vous. Je vais vous faire regretter d’avoir posé tes sales pattes sur lui !

Elle sort une paire de ciseaux de je ne sais où et me coupe les cheveux. J’étais incapable de bouger parce que son garde me tenait fermement en place. Je pleurai en silence, je me sens humiliée

– Sors ton téléphone et filme-moi tout ça Moussa. Je vais lui donner la correction de sa vie avant de lui faire passer pour la risée de tout le Sénégal, du monde même je vais dire. Après ça vous ne voudrez plus sortir de chez vous  et aucun homme n’osera vous approcher. Sale garce !

Elle m’a tellement frappé que je suppliai le bon Dieu de me tuer parce que je ne supporter plus la douleur. Le sang coulait de mon nez et ma bouche. Je hurlai pour qu’on vienne m’aider mais personne ne venait au final, je me suis tue, attendant ma mort avec impatience peut-être qu’elle serait moins douloureuse

– Safi, Safi réveille-toi ! Safi, s’il te plait ma chérie réveille-toi ! Qui t’a fait ça ! Safi, tu m’entends ?

J’entendais de loin la voix d’Ibrahim mais je ne pouvais pas ouvrir la bouche. Faiblement j’arrive à bouger ma main, j’exerce une petite pression sur la sienne pour lui faire savoir que je l’entends

– Tu m’entends ma chérie, t’inquiètes pas, les secours seront bientôt là ! Je suis sûre que c’est Mariama mais elle ne paie rien pour attendre !

Je me réveille à l’hôpital, le corps engourdi et une migraine atroce. J’ouvre les yeux et je vois mon père faire les cent pas dans la salle et ma mère assis sur le canapé d’en face chapelet à la main

– Tu m’as déçu Saphiatou Sène, tu m’as énormément déçu ! Cria papa s’apercevant que je me suis réveillée

– Ay Souleymane, tu ne vois pas dans quel état elle est ?

– Je m’en fous puisqu’elle s’y est mis toute seule ! J’ai foutu dehors ton mari mais je vais aller le chercher et il va te répudier ici devant moi où je vous tue tous les deux !!! Bande de menteurs !

– Souleymane, tenta encore maman

– Tu te tais ! Tu as complotée avec ta fille et tu vois le résultat ! Aucune ambition je te croyais assez intelligente mais je viens de me rendre compte que tu n’es qu’une manipulatrice, une menteuse hors pair. Tu n’as rien trouvé de mieux que d’être maitresse d’un homme irresponsable ? Regarde-toi, regarde comment est ton visage ? Qu’est-ce qui t’a pris bon sang mais qu’est-ce qui t’a pris ?! Lane ngay daw bay danou ? Tout ça juste pour un homme ? Un vaurien ! Qu’est-ce que tu m’as déçu chère fille ! Je te croyais sensée et réfléchie mais là… je ne comprends plus ! Nakh mariage diarna Li ? C’est à cause d’un homme que tu as foutu ta vie en l’air et aujourd’hui tu es la risée de tout le monde sur les réseaux sociaux ! Dis-moi comment tu vas te relever de ça ? COMMENT ?

Il se tourne vers ma mère

– Et toi ? Quel genre de mère es-tu ? Comment as-tu pu laisser ta fille se marier avec cet imposteur ? Mahala tu n’arrêtais de lui rabâcher qu’elle était en âge de se marier et que toutes ses copines se sont déjà mariées et mère motakhit, elle t’a amené un imposteur !!!

– Wawaw c’est toujours la faute de la mère et toi ? Tu n’as pas arrêté de lui dire qu’Ibrahim était un homme bien, ça tu l’as oublié aussi ? Répondit maman énervée

– Tu ne me parles pas comme ça !

– La vérité fait mal non ?

Je sanglote, c’est la première fois que j’entends mes parents se disputer comme ça. Là, ils se foutent de mon état, chacun cherche à coller la faute sur l’autre alors que je suis la principale fautive dans cette histoire.

– Le médecin dit que tu peux rentrer et tu viendras avec nous à la maison. Je ne veux pas voir l’imposteur que tu nous as amené roder autour de la maison, sinon je vous tue, tous les deux !

Je suis sortie le soir, heureusement je n’avais rien de casser. J’avais mal aux côtes, la lèvre inférieure fendue et des douleurs au dos. Ma mère m’aide à m’allonger dans mon lit…

– Qu’est-ce qui t’a pris Safi ? Li bane goor moko diar ? Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

– Maman, je veux voir Ibrahim, sortis-je en larme

– Yaw am nga diom Safi ? Je te jure que si je te vois avec lui tu vas le regretter ! Répondit-elle furieuse avant de quitter la chambre

Une semaine après, j’allais beaucoup. J’avais déposé une plainte contre Mariama mais elle est restée sans suite. Il parait qu’elle est couverte par une autorité de ce pays et c’est naturellement qu’elle a eu la garde exclusive des enfants et la moitié des biens de son mari. Ibrahim s’en est sorti avec une amende de 500.000 Fcfa pour délit de bigamie et un mois de prison avec sursis.

– Safi répond en bas ! Dit maman avant de refermer la porte

J’enfile une robe batik et sors répondre. Je trouve mon père dans le salon, il regardait la télé, mon cœur rate un battement quand je vois Ibrahim de l’autre côté la tête baissée

– Voilà, Ibrahim je veux que tu libères ma fille et tout de suite ! Cracha-t-il sans détour

– Papa…

– Je ne t’ai pas sonné Saphiatou !!!

– Papa s’il te plaît, écoute-moi ! Tenta Ibrahim

– Ne me dis plus papa, je ne suis pas ton père ! Tu m’as énormément déçu Ibrahim. Je te croyais sincère, je me disais que tu es bénédiction pour ma fille néké yoo tu n’es un qu’un pauvre type, un imbécile, un menteur ! Je comprends maintenant pourquoi ta mère ne veut pas de toi !

– Papa !

– Teudieul sa guémine bi Saphiatou ! Ferme ta gueule !

– Je ne vais pas te laisser insulter mon mari avec tout le respect que je te dois et je ne te donne pas aussi le droit de mettre fin à mon mariage ! Oui tu es mon père mais tu n’as plus aucun droit sur moi le jour où tu as accepté que je me lie avec cet homme ! Je ne suis pas prête de le quitter ni aujourd’hui, ni demain ! Crachai-je hors de moi

Il me regarde choqué puis, il se lève doucement et appelle ma mère

– Tu as entendu ce que ta fille a dit, n’est-ce pas ? Qu’elle foute le camp de chez moi et je ne veux plus la voir dans les alentours sinon je la tue ! Je te donne 15 mn pour déguerpir ! Fit-il

– Khamna danou la ligèye Safi. Yaw lane la tu veux me tuer ? Tu oses mettre ta famille au dos pour un homme ? Safi tu veux me tuer c’est ça…

– Man, j’aime cet homme et je vais me battre pour lui !

– Kone N***** N**** guenn keur gui ! Ne vient pas pleurer ici de toutes les façons considère-toi comme une sans famille ! Niakk diom !

– Papa tu m’as toujours appris la loyauté et c’est ce que je suis en train d’appliquer. Ibrahim a besoin de moi à ses côtés té yama yarr ci ngorr, je vais le soutenir jusqu’au bout ! Je comprends votre désolation mais je vous en prie ne prenez pas mal, c’est mon devoir de l’aider !

– Safi je t’en prie fait ce que tes parents te demandent, commença Ibrahim

– Sortez tous les deux de chez moi ! Hurla encore papa

Je prends le temps de prendre mes affaires dans ma chambre. Papa était devant la porte imperturbable.

– Les clés de la voiture !

– Quoi ?

– J’ai dit, rends-moi ma voiture pour être plus clair ! Ajouta-t-il sérieux

Je sors de mon sac le trousseau de clés et lui donne en tremblant

– Tu as fait ton choix, n’est-ce pas alors assume jusqu’au bout ! Fit-il en claquant la porte

– Qu’est-ce qui t’a pris Safi ? Tu vas me faire le plaisir d’aller demander pardon à tes parents et je t’en prie Safi reste avec eux au moins jusqu’à la fin de mon procès. Safi je ne vais pas échapper à ce complot, tout m’incrimine encore une fois et je ne serai pas là pour te protéger, dit-il les larmes aux yeux

– Ibrahim s’il te plait, j’ai 29 ans personne ne va faire ma vie à ma place. Ils ont déjà fait leur vie, réparé leurs erreurs qu’ils m’en laissent en faire de même. Je veux être avec toi Ibra, yama guéneul lepp ci kaw souf !

– Safi, je serai en prison dans moins d’une semaine…

– J’ai déjà pris ma décision Ibrahim, le coupai-je

Il était minuit, j’errais toujours dans la rue sans destination. J’étais très proche de la maison de mes parents mais je ne pouvais pas y aller. Mon père ne me laissera pas entrer. La dernière fois que j’y suis allée, il n’a rien voulu savoir. Il m’a jetée comme malpropre oubliant que j’étais toujours sa fille, maman n’a même pas pris ma défense, j’ai compris qu’ils m’avaient tout bonnement oublié et je n’y ai plus remis mes pieds.

J’ai faim, j’ai soif, j’ai envie d’aller au toilette et j’ai trop froid. Mon bébé ne cesse de pleurer derrière moi, il doit avoir faim. Je m’assoie sous un arbre, par terre et le pose sur moi. Je lui donne le sein et il se régale insouciant. Je ne compte pas dormir à la belle étoile comme ces derniers jours, il fait trop froid.

Si on m’avait dit que je me retrouverai SDF un jour, je ne l’aurai jamais cru ! Aduna goudou tank. Mon mari a été inculpé une semaine après que j’ai quitté la maison de mes parents. Il a été jugé et il en a pour 10 ans. Je me suis retrouvée sans travail du jour au lendemain. Mes économies ont servi à payer les honoraires de l’avocat et préparer mon accouchement. Mon bébé a aujourd’hui 6 mois et mon bailleur m’a mise à la porte la semaine dernière parce que je lui devais 6 mois de location. Je n’arrive pas à trouver du travail depuis et avec Souleymane, je ne peux pas trouver un travail de ménagère. Mon portable sonne, je le sors de mon soutif pour répondre. Ca fait trop longtemps qu’il n’a pas sonné. C’est Me Samb

– Mme Kane mais vous êtes où, le gardien vient de me dire que vous n’habitiez plus dans l’immeuble !

– Me Samb comment vous allez ?

– Excusez-moi je ne vous ai même pas salué. Je vais bien et toi. Que s’est-il passé ?

– Bah je devais des mois de location au propriétaire et il m’a virée, c’est tout !

– Mais comment ça ? Pourquoi vous ne m’avez rien dit ? Vous êtes où en ce moment ?

– Maître à vous aussi je vous dois beaucoup !

– Je vous ai dit que je ne vous réclame rien. Ibrahim est plus un client, c’est un frère ! Vous êtes où ? Insista-t-il

– Je suis près de la cité Aliou Sow au Golf !

– Attendez-moi, je viens vous chercher !

Aussitôt dit, aussitôt fait, une heure après il vient me chercher avec sa voiture.

– Comment s’est passé votre voyage Me ? Demandai-je pour rompre le silence

– Bien Mme Kane merci. Et le petit comment il va ?

– Bien aussi. Je suis désolée de vous faire sortir à cette heure…

– Mais non j’étais venue vous parler chez. J’ai vu Ibrahim ce matin et il m’a dit qu’il voudrait vous voir demain In Shaa Allah !

– Il refuse de me voir, sortis-je dans un sanglot

– Je sais madame mais comprenez-le, il vit très mal cette situation.

– De quoi veut-il me parler ?

– Vous le saurez demain ! Fit-il un peu gêné

La voiture roulait vers Keur Massar, je me demandais où il allait m’amener. Je ne sais pas à quoi il joue Ibrahim mais demain il va m’entendre. Cela fait un mois qu’il refuse de me voir alors que je me bats jour et nuit pour sa libération. J’ai hypothéqué toute ma vie pour rester avec lui. Je comprends que cette situation n’est pas confortable pour lui mais il devrait comprendre qu’il n’est pas le seul en prison. Moi aussi, je suis en prison mais une prison à ciel ouvert. J’ai tourné le dos à ma famille pour lui. J’ai perdu mon travail à cause de lui et aujourd’hui je suis devenu SDF à cause de lui et tout ce qu’il trouve à faire c’est de me mettre dans la liste des personnes qu’il ne veut pas voir ? J’avais entendu dire que les hommes sont ingrats mais je n’ai jamais pensé qu’Ibrahim faisait partie de ses hommes.

– Vous savez mettre, la première question que je me pose au réveil c’est comment faire sortir mon mari de cette prison. Je ne sais plus quel saint me vouer, je suis désespérée…

– Madame Kane nous avons à faire avec une bande de criminels. Ce Ndiaga nous l’avons beaucoup sous-estimé, il ne s’arrêtera pas tant qu’il ne vous aura pas. C’est la loi du plus fort, malheureusement !

– Vous savez ce que j’ai appris, qu’Ibrahim n’est pas le père d’Anta et Yahya, ce dernier est le fils de Ndiaga, Anta est la fille d’un ancien mbarane de Mariama. Je n’ose même pas le dire à Ibrahim, expliquai-je toujours dégoutée

– Qui vous a dit ça ?

– La principale concernée. Elle est venue me voir avec Ndiaga et elle m’a tout avouée sans gêne. Je ne sais pas qui le est pire entre ces deux-là ! Je suis dépassée !

– Ah mais y a de quoi hein ! Moi c’est sa facilité à corrompre certaines autorités qui me ronge le cœur, lui et cette Mariama. Avec tous ceux qu’ils ont fait, ils s’en sortent indemne sans aucune égratignure, c’est vraiment dégoutant !

– N’oublie pas qu’il est ministre conseillé, il est influant mais Dieu est là pour tout le monde. On verra comment ça va finir !

Nous arrivons à Keur Massar vers 22 heures. Il gare sa voiture près d’une villa très jolie. J’avais tellement faim que je n’arrivais pas à bouger mes jambes. J’allais tomber mais il me rattrape net

– Vous êtes malade Mme Kane ? Questionna-t-il l’air inquiet

– Non Me, j’ai faim ! Je n’ai pas mangé depuis la tasse de fondé que j’ai acheté ce matin !

– Et pourquoi vous ne m’avez rien dit ? Donnez-moi le petit et suivez-moi !

Il sonne à la porte et une très belle dame nous ouvre la porte.

– Madou namone nala déh ! Dit la dame en donnant deux bisous à Me Samb

– Malaraw grande sœur, comment tu vas ?

– Je vais bien et toi ? Et ce voyage comment ça s’est passé ?

– Bien Alhamdoulillah. Bon je t’amène une amie, elle a vraiment besoin d’aide…

– Entrez d’abord !

– Mme vous allez bien ? Moi, c’est Diarra et vous ? Fit-elle très gentille

– Saphiatou, Saphiatou Kane !

– Enchantée ma chérie. Vous devez être fatiguée ?

– Elle meurt de faim ! Souligna Me Samb essayant de calmer bébé Souley qui n’arrêtait pas de bouger

– Je vais vous servir à manger d’abord !

Je dévore le plat, du couscous au poulet. Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas mangé un si bon plat. Je me sers un verre d’eau et remercie mon hôte. Rassasiée, je ne voyais un matelas moelleux où poser ma tête et dormir.

Diarra m’installe dans une chambre très jolie. Elle pose sur le lit tout ce dont j’ai besoin pour une bonne douche, une robe de chambre, une tenue de rechange, des couches pour bébé.

J’oublie très vite cette semaine merdique…

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