dim. Sep 27th, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Takku Suuf – Partie 2

8 min read

Ibrahim Kane

Il est 23 heures quand j’entre chez moi. A peine la porte ouverte que la folle saute sur moi, je réussis à me débattre avant d’aller m’enfermer dans la chambre d’amis. Elle me cherche, elle veut que je la blesse pour courir porter plainte et avoir enfin ce qu’elle veut. La moitié de ce que j’ai réussi à avoir durement ses dernières années. Je suis parti de rien avant et j’ai galéré pour avoir tout ça. Je ne vais pas laisser une sale arriviste me prendre tout ce que j’ai construit jusqu’ici.

Mon plus grand malheur, c’est de faire partie d’une famille diabolique où frères et sœurs de même mère, se crêpent le chignon sans aucune pitié. Mon père et ma mère ont divorcé à mes deux ans et depuis ma mère voue à mon père une haine sans fin. Il a rejoint son seigneur il y a des décennies mais jusqu’à présent, elle l’insulte de tous les noms. Elle le maudit, priant que l’enfer soit sa demeure éternelle. Et pourtant d’après ce que la famille de mon père raconte, mon père la traitait bien seulement. Mais qu’importe ce que mon père a pu lui faire, ce n’est pas une raison de traiter comme si je n’étais pas sorti de son ventre. Elle me hait, c’est tout ce que je peux dire.

Ma mère me déteste, ça tout le monde le sait. Elle n’a jamais souhaité m’a réussite, elle ne s’est jamais intéressée à mon avenir. Elle ne s’est jamais présentée à mon école et pourtant mes autres frères étaient eux dans des écoles privées, ils mangeaient bien et dormaient bien. On partageait la même chambre mais moi, je dormais par terre, sur une vieille natte. Moi, je me tapais toutes les corvées réservées aux garçons les dimanches. Je sortais les moutons de l’enclos à 07 heures du matin pour aller les laver à la plage. Ensuite je reviens nettoyer l’enclos puis je sors les jeans de mes frères les laver aussi avant de terminer par nettoyer la chambre de fond en comble. Parce que je suis l’ainé disait-elle… l’ainé mon œil !

Aux compositions j’avais les meilleures notes, aux devoirs et examens pareille aussi. Je n’avais certes pas le temps de réviser mes cours mais j’étais super intelligent ce qui la mettait toujours en rogne. Après le BFEM elle a décidé que je devais arrêter les études pour travailler dans un garage de mécanicien pour aider son mari, le père de mes cadets, pour la dépense quotidienne. Je me suis rebellé, j’avais 16 ans à l’époque mais très costaud pour mon âge, son mari a menacé de me tuer, il a voulu me corriger mais comme j’étais beaucoup plus fort, on s’est battus et il m’a demandé de quitter sa maison. J’ai donc été accueilli par le petit frère de mon père tonton Badara et jamais je ne me suis souvenu quand elle est venue me voir. Elle ne savait même pas comment je vivais à l’époque.

Ce mépris m’a beaucoup forgé, j’ai réussi mon bac et le concours d’entrée à L’ENA où j’ai fait un parcours sans faute avant d’aller continuer mes études en France. J’y ai travaillais quelques années puis j’ai décidé de rentrer servir mon pays et c’est comme ça que je suis devenu le directeur général de l’une des plus grandes entreprises de ce pays.

 J’ai rencontré celle qui est devenue mon épouse un an après mon retour au pays. Je l’ai rencontré chez une amie qui m’avait invité à dîner, elle était magnifique. Elle prenait soin d’elle et paraissait gentille mais je me suis trompé sur toute la ligne. Un mois après le mariage, elle montre ses griffes. J’ai à faire avec une arriviste, une mesquine qui ne vit que pour l’argent. Elle m’avait dit qu’elle n’a jamais été mariée alors qu’elle est à son troisième mariage. Je me suis bien fait avoir…

Quelques mois après mon mariage ma mère est venue s’installer chez moi. Elle dit qu’elle veut être plus proche de son fils, le fils qu’elle a abandonné lâchement, le fils qu’elle a toujours détesté. Elle n’a jamais su où j’étais ni comment je vivais. Elle est venue avec mes deux sœurs pour l’assister comme elle est maladive et en moins de deux mois mes frères sont venus s’installer, eux aussi et je ne peux rien dire. C’est ma mère, ma famille ! Malheureusement !

Imaginez ma femme, mes sœurs qui étaient petites quand on m’a chassé de la maison, mes frères qui ne m’ont jamais considérés et ma mère qui malgré tous les efforts pour masquer son mépris, je perçois toujours dans son regard toute la haine qu’elle ressent contre moi. Imaginez ma vie, imaginez ce que je vis une seconde. Je pense sérieusement à démissionner et retourner vivre en Europe loin de toute cette haine !

Je prends une douche après mon altercation avec ma femme et me mets au lit. Je pense à ma conversation avec Mlle Sène mon assistante. Elle est belle, j’adore son teint noir foncé et sa jolie petite bouche. J’adore son insouciance, sa spontanéité, son sourire réconfortant et la façon dont elle s’occupe de moi. Je sais qu’elle a des sentiments pour moi tei mane aussi wakh deugeu sofouma seulement, je ne veux pas la faire souffrir. D’abord je suis mariée et j’ai fait la bêtise de signer monogamie en plus personne ne pourra vivre avec moi avec cette famille de merde qui me colle à la peau. Mieux vaut que je reste loin d’elle sinon elle souffrira et je ne veux pas lui faire perdre son temps…

– Ibrahima boul faté auto bimala wakh nga dieunal ko Talla mou commencer taxi comme tu ne veux pas qu’il travaille dans ton entreprise ! Dit ma mère quand je sors de la chambre pour aller au boulot.

– Je n’ai pas 6 millions pour lui acheter un taxi yaye !

– Je ne sais pas pourquoi tu es mauvais avec tes cadets. Tu es riche énormément riche mais tu ne veux pas aider ta famille. Démal rek dinga torokh déh ! Tu seras maudit

– Dieuredieuf yaye ! Qu’Allah me donne assez pour réaliser tout est souhait !

C’est la réponse que je lui donne à chaque fois qu’elle me lance ses paroles. Je peux bien sûr soutenir mon frère mais ils veulent être des cadres dans mon entreprise alors qu’ils n’ont aucuns diplômes. Je ne ferai jamais cette bêtise ! Et puis je ne suis pas riche pas autant qu’elle le croie

Je sors de la maison, malheureux comme d’habitude. Ce matin j’ai fait l’effort de regarder mon miroir pour éviter de fatiguer ma gentille petite assistante…

– Bonjour Sène, saluai-je une fois dans son bureau

– Bonjour M. Kane ! Répondit-elle les yeux sur un dossier

Que se passe-t-il ?

Comme d’habitude je trouve un plateau petit déjeuner sur mon bureau et des dossiers à signer aussi

– Hum des croissants chauds ! Murmurai-je savourant ma tasse de café

Les jours passent et rien ne change à part l’attitude de mon assistante, ce qui me rend fou d’ailleurs. Elle est devenue plus professionnelle et très froide avec moi. J’ai décidé d’en savoir un peu plus alors je la convoque dans mon bureau

– Sène, je vous trouve très distante avec moi. Vous ai-je fait quelque chose ?

Elle inspire longuement avant de me regarder droit dans les yeux

– Vous savez que j’ai des sentiments pour vous et vous m’avez dit que vous avez signé monogamie donc aucun moyen que je sois un jour votre épouse alors j’aimerai que nos relations soient strictement professionnelles. Dit-elle sans ciller

Waouh quelle femme !

– J’ai aussi des sentiments pour vous mais ma vie est très compliquée ! Je ne veux pas que vous perdiez votre temps avec moi

– J’ai compris M. Kane. Autre chose ?

– Je ne veux pas de ça entre nous…

Elle hausse les épaules, impassible

– Ndiaga, je te jure que je vais devenir fou ! Mais complétement fou ! Dis-je en lançant mon attaché-case sur le fauteuil de mon meilleur ami

– Je te comprends, frère ! Mais qu’est-ce que tu veux que je te dise ? C’est ta famille ! Pour ta femme tu sais déjà ce que je pense d’elle ! Fassél N***

– Comme si c’était facile !

– Mais sérieusement ! Donne-lui la maison…

– Jamais !

– Bon… je ne sais plus moi !

– Et l’autre ? Mais imagine, elle m’a présenté sa lettre de démission parce qu’elle a trouvé un autre travail. Déjà, j’arrive à supporter qu’elle me calcule plus comme avant maintenant elle me quitte ! Hurlai-je encore, en colère. Très en colère contre mon assistante

– Je ne vais plus parler d’elle ! Elle t’aime, tu l’aimes et tu es là en train de jouer au saint !!! Dokhanal khalé bi !!! C’est elle qu’il te faut mais toi… pff ! En quoi bon te conseiller, si tu n’en fais qu’à ta tête ! Dit-il l’air dépassé 

– Je ne veux pas qu’elle souffre !

– En attendant que ta situation se décante, propose-lui de sortir avec toi. Je suis sûr que ça ne va pas lui déplaire. Et puis soit plus romantique, tu es tellement vieux-jeu Ibrahim ! Tu n’as pris aucune de mes qualités ! Fait-il réajustant sa chemise

Je le foudroie du regard et puis comme une illumination…

– Pourquoi pas ?

Je souris comme un con et reprends mes affaires avant de me lever

– Boy on se dit à demain !

Je quitte l’appart à la hâte et trente-minutes après je suis devant une bijouterie. J’entre et fais mon choix, une jolie petite montre en or rien que pour elle. Elle pourra repasser, si elle trop grande ou trop petite pour elle.

– Vous avez un service livraison fiable Mme ? Demandai-je à la vendeuse

Je rajoute des fleurs, des roses rouges et blanches… je ne connais pas leur signification et je m’en tape c’est le geste qui compte.

‘’Je tiens beaucoup à toi pour te laisser partir…

Reste et Aimons-nous ! 

The Boss, KANE x ’’

– Voilà c’est tout Mme. Merci !

Je quitte la bijouterie, heureux. M’imaginant pas que ma vie allait prendre une autre tournure !

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14 commentaires on “Takku Suuf – Partie 2

  1. Le site est bien mais si vous pouvez faire en sorte que si on fini une partie on aura la suivante en bas pas la peine de retourner à la page principale mercii j’aime tte tes chroniques

  2. J’ai essayé de voir tous ces kabyles nouveaux riches, j’ en ai trouvé que deux : Rebrab l’a fait grace a ses compétences managériales, tout en subissant la plus forte pression du haut de la pyramide , mais sans savoir qui est responsable de ce blocage. De deux, Haddad le nouveau arriviste en affaire , celui que les Kabyles mettent dans la case des kabyles de service, comme d’autres le sont en politique. Le premier arabisant de cette arabisation a outrance fut un kabyle: Kharroubi. Mais dire que tous les nouveaux riches sont des kabyles, c’est un non sens.

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