mar. Sep 22nd, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Takku Suuf – Partie 8

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Saphiatou Sène

Après le boulot je rejoins mon père dans le salon. Il suivait encore un débat sur BFM tv. Je pars lui donner un bisou avant de m’assoir à ses côtés

– Hum dis-moi ce que tu veux ? Dit-il en souriant

– Je n’ai pas le droit d’embrasser mon père ? 

– Oui mais à chaque fois tu viens me faire un câlin comme ça, c’est que tu as besoin de quelque chose. Alors raconte à ton vieux père ! Dit-il sérieux

– Ay pa, tu sais que je t’aime et que t’es toute ma vie ?

– Oui tu l’as dit des milliers de fois même si je sens que tu vas bientôt quitter ma maison pour celle de ton mari. Ibrahim m’a appelé quand tu prenais ta douche, sortit-il un peu triste

– Ah oui, dis-je gênée

– Oui ma chérie. Il m’a demandé ta main et il m’a dit qu’il viendra demain In Chaa Allah avec ses oncles.

– Oui papa on n’en a parlé tout à l’heure.

– Tu es sûre de ton choix ma chérie ?

Je regarde mon père ne sachant quoi répondre…

– Je veux dire, es-tu prête à t’engager dans un ménage polygame ? Il est bien Ibrahim mais tu connais les réalités d’un ménage à trois. Es-tu assez forte pour les supporter ? Questionna-t-il encore sérieux

– Oui papa et je n’habiterai pas avec ma coépouse…

– Je ne parle pas de ça, moi-même je n’accepterai pas que tu partages la même maison avec ta coépouse. Je parle des tours qui sont parfois insupportables. Vous ne partagerez pas la même maison mais vous serez obligées de vous voir dans les cérémonies ou autre chose… je veux que tu comprennes que ça sera difficile de te faire une place le début. Je ne veux pas que tu te retrouves prisonnière dans ce ménage. Je sais que tu aimes Ibrahim mais mon problème c’est comment tu vas gérer si tu trouves une coépouse qui ne t’accepte pas et qui fera tout pour te dégager ?

– Papa tu me connais, qu’importe ce que fera ma coépouse je ne me suis pas mariée avec elle mais à Ibrahim. Papa seuy moma taxa diouk mais pas faire la guerre avec une personne que je ne connais. Je me limiterai à la respecter parce que c’est la première et la mère de ses enfants alors papa tu n’as pas de souci à te faire…

– Bien alors je ne veux que ton bien ma chérie. Je veux te voir heureuse et épanouie ! C’est ton bonheur qui compte, dit-il ému

– Euh je veux que le mariage se fasse demain In Shaa Allah. Je ne veux pas de protocole n’y rien d’autre !

– Hein tu es pressée dis donc !

– Non papa tu sais que je n’aime pas être le centre de l’attention alors juste la mosquée me suffit !

– D’accord alors, c’est toi qui choisis !

Je retourne dans ma chambre pour discuter avec Yacine. Je lui fais part de ma décision, nous nous sommes évidemment disputées.

– Je sais que tu aimes Ibrahim et moi aussi je le trouve bien mais ma chérie li dou seuy ! Ce n’est pas un mariage ! Tu es consciente que tu seras obligée de te cacher tous les jours ? Tu n’auras pas ton homme la nuit, tu ne le verras que le jour et pas les week-ends ! Safi guissouma loy daw bay danou ! C’est vrai que toutes tes amies se sont déjà mariées mais, elles s’affichent en public avec leur mari, nous nous sommes des épouses légitimes mais toi, tu seras toujours considérée comme une maitresse !

– Yass je sais tout cela alors inutile de me le rabâcher ! J’ai déjà fait mon choix alors tu le respectes s’il te plait et je te demande de ne rien dire à ta mère puisque mes parents ne sont pas au courant de ce que j’ai fait !

– Je ne suis pas une cafteuse !

Au final elle a fini par raccrocher pour ne pas envenimer les choses. Je sais qu’elle s’en fait pour moi mais il s’agit de ma vie alors je peux la gérer sans l’aide de personne.

Le lendemain j’ai été au travail mais je suis partie à 16 heures pour le mariage religieux. J’ai porté une tenue que j’avais cousue pour la Tabaski mais que je n’ai jamais portée. Y’avait ma mère, mes badiennes, les sœurs de ma mère et ça suffisait largement.

A 17 heures les émissaires de mon futur mari était déjà dans le salon. Papa a demandé 10.000 Fcfa pour la dot et le mariage est scellé. J’étais heureuse même si je suis persuadée que ça ne sera pas facile mais je suis heureuse d’être unie à l’homme que j’aime. Tei dama ka fass yéné seuyeul, seuy bou rafet In Shaa Allah

Le soir quand tout le monde est parti, maman m’a appelée dans sa chambre pour une discussion mère et fille…

– Tu es consciente que tu es dans un ménage polygame et tu connais les réalités de notre société. Je ne connais pas ta coépouse mais toi tu es ma fille. Kholou lo lowouma, khékh lo woumala, seuy lala sante. C’est pas parce que tu es la nouvelle rek que la première ne compte plus, non ma chérie, vous êtes toutes les deux des épouses alors tu la respectes comme tu respectes ta grande sœur. Pour ce qu’il s’agit de ton mari, je sais que c’est homme bien mais c’est un homme tei lou bess lanouy bagne guiss alors dès qu’il commence à dénigrer sa femme arrête-le et sois ferme tu n’as pas besoin de savoir ce qu’il se passe là-bas. Occupe-toi de lui et de sa famille le reste laisse entre les mains de Dieu ! Je voudrai que tu me donnes le numéro de la mère d’Ibrahim…

– Euh maman, entre Ibrahim et sa maman ce n’est pas le grand amour déh… je ne vois pas l’utilité de l’appeler…

– Comment ça ? Cria-t-elle presque

– En fait sa mère ne le traite pas bien et leurs relations sont assez tendues…

– Saphiatou yaw khamnga finga dougou ? Questionna-t-elle en se levant du lit

– Oui maman ! La mère d’Ibrahim n’en a que faire de ses épouses tout ce qui l’intéresse c’est l’argent de son fils. Il a chassé Ibrahim quand il était ado de chez lui et c’est son oncle celui qui est venu demander ma main qui l’a recueilli chez lui, elle n’est revenue que lorsqu’elle a su qu’Ibrahim a commencé à travailler. Maman Ibrahim ne parle jamais de sa mère !

– J’avais entendu tout cela parce que ton père et moi avons fait une petite enquête sur sa famille mais je ne savais pas que c’était aussi grave. Alors ne t’en mêle pas ma fille…

– Je n’essaie même pas !

– Comporte-toi bien avec elle le reste nak mom sa yone néwou ci !

– Oui maman je sais !

– C’est bien alors ! Et vous allez habiter où ?

– Ibrahim est à la recherche d’un appart pas très loin de son lieu de travail, répondis-je hâte d’en finir avec les questionnements

– C’est bien tu pourras t’occuper de lui et vice versa !

– T’inquiètes maman, je vais gérer !

– Tu vas gérer kay puisque tu es déjà scellée, jusqu’au cou même ! En tout cas comme j’avais dit à ta sœur, diourouma ragal, seuy ba déh rek In Shaa Allah ! Ne crains rien, tu as ma bénédiction et celle de ton père. Alors vous partez quand en lune de miel ?

– Je ne sais pas maman, il a beaucoup de travail et il ne peut pas s’absenter même pour deux jours. Je pense qu’on partira en week-end quelque part…

– D’accord mais toi, demandes au moins pour une semaine le temps qu’on s’occupe de toi après la première nuit, commença-t-elle

– Maman, tu sais que je n’aime pas ça…

– Tu vas y passer, alors ne discutes pas !

Je me tais alors, je sais que je ne vais pas échapper à la tradition comme ma sœur alors mieux vaut que je me taise…

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