dim. Sep 27th, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Takku Suuf – Partie 04

8 min read

Ibrahim Kane

Quand Saphiatou m’a demandé de l’attendre devant la porte, je me suis dit que c’était beaucoup plus respectueux d’aller saluer ses parents même si notre relation n’est pas encore officielle. Et je voulais aussi rencontrer ses parents pour qu’ils sachent que je ne suis pas là pour m’amuser. J’ai été très franc avec M. Sène le père de Safia, je lui ai dit que j’étais déjà mariée et que je voulais faire de sa fille ma deuxième épouse.

J’ai évidemment lu dans ses yeux une certaine méfiance mais je l’ai tout de suite rassuré. Je veux sa fille et je suis prête à tout pour l’avoir. Il m’a bien sûr cuisiné, c’était prévisible. J’ai répondu à toutes ses questions et je sais d’avance qu’il va faire une petite enquête sur ma famille mais j’ai très peu parlé de ma famille en question et je lui ai dit que j’ai été éduqué par le frère de mon défunt père. Il m’a dit aussi dit qu’un homme n’entre qu’une seule fois dans sa maison, la deuxième fois ça sera le jour du mariage et qu’il m’appellera pour me tenir au courant de la date. J’étais très surpris en même temps heureux de savoir que sa fille sera bientôt mienne.

 

Le problème vous le savez tous, je suis monogame sur les papiers et si le vieux arrive à découvrir ce secret je suis cuit. Bien sûr je parlerai à mon oncle et personne de ma famille ne saura jamais que j’ai une autre épouse. Il ne me reste plus qu’à convaincre Safia qui boude depuis que nous sommes sortis de chez elle.

– Tu es magnifique, tu sais ? Dis-je essayant de la calmer

– De quoi as-tu parlé avec papa ? Insista-t-elle

– De notre relation baby. Je lui ai dit que j’étais amoureuse de toi et que je cherchais une femme. Je lui ai dit que j’étais déjà marié si c’est ça que tu veux savoir !

– Hum et je suppose que tu ne lui as pas dit que tu avais signé monogamie à la mairie ? Sinon il te foutra à la porte avec un coup poing bien porté !!! Sortit-elle dédaigneuse

– J’avoue que je ne lui ai pas dit. Safia je suis sérieux ! Toi que quiconque comprend ma situation ! Tu sais pertinemment que je ne jouerai jamais avec tes sentiments et c’est ce qui me pousse à vouloir t’épouser coûte que coûte !

– Ibrahim je sais ! Je t’aime, je t’aime comme il n’est pas permis d’aimer mais cela ne veut pas dire que je vais fermer les yeux pour me jeter dans la gueule du loup ! Je vivre à tes côtés c’est certain mais ça je ne pourrais pas ! Je ne veux pas être la maîtresse de qui que ce soit !

– On sera unis devant Dieu !

– Oui et c’est le plus important mais devant la loi je serai ta maitresse et j’ai plus à perdre. Mon père ne me pardonnerait jamais ça !

– Safia s’il te plait ? Je ne veux pas te perdre !

– C’est ce qui va arriver. Je vais souffrir c’est certain mais je ne vais pas mourir ! Je ne veux pas de ce genre de mariage !

 

Elle prend sa sacoche et quitte le resto sans un mot de plus et quelques jours après j’étais contraint de signer sa lettre de démission. Je ne l’ai plus revue…

 

Ma vie devenait un enfer avec ma famille qui ne me lâchait plus. J’ai dû acheter le taxi à mon frère pour que maman cesse de m’insultait tous les matins et un mois après il me dit qu’il a fait un accident avec la voiture. Je sais qu’il a vendu mais je n’avais pas le droit de parler sinon elle va encore ouvrir la bouche pour maudire mon père sous terre.

 

Celle qui m’a surpris c’est ma femme. Elle a fait une délégation avec sa famille pour me demander pardon. Elle voulait que les choses changent entre nous et depuis elle est devenue une autre personne. Elle a arrêté de me contrôler, elle fait la cuisine tous les jours pour me faire plaisir et elle ne dispute plus avec mes sœurs. Je suis consciente de son changement mais je dois l’avouer, je ne l’aime plus. Elle a tué notre amour, il y a bien longtemps. Je ne ressens plus rien pour elle, même si la nuit j’accomplie mon devoir conjugal juste pour les efforts qu’elle fait.

 

Mon cœur est à Saphiatou même si elle ne veut plus de moi. Je l’ai croisé la dernière dans les embouteillages, elle m’a vue mais ne m’a pas salué parce que j’étais avec ma femme et ma fille. J’avais mal mais énormément mal mais je ne pouvais qu’en prendre à moi-même. Si j’avais eu le courage de demander le divorce à ma femme et tout lui donner, je ne serai pas là à souffrir. Je crois que je suis condamné à souffrir. Je ne peux pas répudier ma femme parce qu’elle ne m’a rien fait. Je ne sais pas ce qui m’a pris de signer monogamie ! Comme je regrette !

 

Les jours passaient et se ressemblaient. Aby faisait tout ce que je lui demandé sans broncher et ça me ronge encore plus. Pourquoi s’obstine-t-elle à rester alors qu’elle sait pertinemment que je ne l’aime plus ? Qu’est-ce qu’elle veut ? Je ne l’aime plus est-ce difficile à comprendre ?! Je laisse échapper un juron alors que je suis en pleine réunion. Les regards se tournent vers moi et je bredouille une petite excuse, mort de honte.

 

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Safia et je suis devant chez elle à l’attendre. Une heure après, la voilà qui sort d’une magnifique voiture et d’ailleurs je reconnais cette voiture. Je regarde vers le rétroviseur et vois Ndiaga mon meilleur ami sortir de la voiture, elle la contourne et pose sa bouche sur les lèvres de Safia. Mon cœur rate un battement. Ils se sont bien foutus de ma gueule ces deux-là.

Je sors à mon tour et vais jusqu’à leur niveau. Je commence à applaudir devant cette scène ironique. Safia se tourne en bondissant et l’autre ordure passe sa main sur sa tête…

 

– Ah oui je viens de comprendre ! Saphiatou, tu as été remarquable sur ce coup ! Tu sors avec le boss et comme ça n’a pas marché tu t’es tourné vers le meilleur ami du boss ou c’était un plan de vous deux ? Dis-je les dents serrées

– Mais il parle de quoi là ?

– Rien bébé. Rentre chez toi, on se dit à demain !

– Mangi khar banga diougué fi ! Hurlai-je. Comment as-tu pu me faire ça ? Comme peux-tu sortir avec deux amis Safia ? Je te croyais différente des autres ?

– Ndiaga tu connais Ibrahim ? Questionna-t-elle la voix tremblante

– C’est aujourd’hui que tu te poses la question ? Il me connait parce que c’est mon meilleur ami et lui aussi il te connait parce qu’il t’a vu plusieurs fois ! Merci pour ce coup frérot ! Et toi Safia… pff… je ne sais pas quoi te dire ? Tu m’as déçu !

Je rentre chez moi dégouté. Je ne peux toujours pas le croire. La femme que j’aime de toute mon âme avec mon meilleur ami. Ndiaga est venu plusieurs fois me voir au bureau, il connaissait bien Safia. On a tout partagé, je dis bien tout ! J’ai tout fait pour lui comme il en a autant fait pour moi. Comment a-t-il pu me faire ça mais comment ? A-t-il toujours été sincère avec moi ?

Je me suis réveillé avec une douleur lancinante à la tête. Je n’ai pas beaucoup dormi de cette nuit. Je trouve des appels en absence de Safia et des messages de sa part je supprime tout sans les lire. Je ne veux plus rien savoir d’elle et de Ndiaga aussi.

Furieux, je me retourne et vois ma femme qui dort paisiblement. Je me lève prend une douche, rattrape mes prières et porte mes baskets, il faut que je me défoule !

 

Arrivé à la corniche j’y trouve du monde, il était quand même 07 heures du matin. Je commence à faire quelques étirements quand je voie Safia devant moi ?

– Qu’est-ce que tu fous là à cette heure ? Assenai-je hors de moi

– Je t’en supplie faut que tu m’écoutes Ibrahim !

– On n’a plus rien à nous dire ! Tu as fait ton choix et je le respecte alors s’il te plait hors de ma vue sinon je serai capable de te dire des choses blessantes !

Je la regarde essuyer ses larmes. Les gens autour de nous, nous regarder. C’est vrai qu’il est un peu tôt pour une dispute

– Je ne savais pas que Ndiaga était ton ami. On s’est connus sur Facebook et je ne pensais pas qu’il pouvait exister un quelconque lien entre vous ! Ibrahim, je ne serai jamais capable de faire une chose aussi ignoble même si on n’est plus ensemble !

– Même si c’est vrai pourquoi tu l’as laissé t’embrasser comme s’il était ton époux ? Pourquoi alors que moi je n’ai jamais tenté de te toucher, je t’ai toujours respecté ! Je veux une femme avec du caractère, un fort tempérament et je croyais que tu faisais partie de ses femmes-là mais non, tu es comme toutes les autres cupides et frivoles !

Je reçois une claque bien portée sur la joue.

 

– Tu ne me parleras plus jamais comme ça enfoiré ! Hurla-t-elle le visage inondé de larmes

 

Je tente de reprendre mes esprits mais elle avait déjà disparu, j’entends des crissements de pneus et je devine que ce sont ceux de sa voiture.

 – Grand guél bi am nala déh ! Elle ne t’a pas raté !

Je rejoins ma voiture, sonné. Il faut que je lui règle ses comptes. Je ne vais pas le laisser m’humilier et s’en sortir comme ça !

 

 

 

 

Bonne Lecture !

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5 commentaires on “Takku Suuf – Partie 04

  1. Intéressante et captivante, mais les publications se font très rarement. Je souhaiterai au moins 2 à 03 publications par semaine, en tout cas Macha Allah

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