mar. Sep 22nd, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Takku Suuf – Partie 19

12 min read

Saphiatou Kane

Le lendemain c’est Me Samb qui me m’amène voir mon mari à la prison. Il a beaucoup maigri depuis la dernière fois. Il regardait son fils jouait dans mes bras derrière le vitre qui nous sépare.

– Comment tu vas Saphiatou ? Questionna-t-il sans me regarder

– A ton avis ? Crachai-je, furieuse

– Balma akh Safi ! Pardonne-moi, dit-il, ému

Je ne réponds pas, j’avais la gorge nouée et je me retenais pour ne pas dire des insanités, il n’en a pas besoin

– Safi écoute-moi, ajouta-t-il la tête obstinément baissée. Je ne veux pas te retenir et t’attarder. Je t’ai causé assez de merde comme ça et je ne veux plus te retenir. Je sais que tes parents n’accepteront pas de te reprendre alors je vais essayer de réparer les choses à ma manière. Me Samb va t’aider à trouver du travail hors de Dakar, tu pourras convenablement te prendre en charge et élever sans crainte Souleymane. Je t’aime et je t’aimerai toujours mais je ne suis égoïste, tu ne peux pas m’attendre 10 ans, tu es belle et tu es encore jeune. Reprends ta vie en main et fais comme si je n’avais jamais existé. Je te libère Saphiatou, sortit-il très calme, comme s’il lisait une lettre

– Je savais que tu allais me sortir ça mais tu peux ravaler cette phrase ! Je ne te lâcherai pas ni aujourd’hui, ni demain. Je vais massacrer Mariama et Ndiaga après je te sortirai d’ici ! Tiens le coup c’est tout ce que je te demande !!!  

Je me lève et quitte la salle en larmes. Je sais qu’il fait ça juste pour me protéger mais je ne vais pas le lâcher. Je ne serai plus sa femme mais je vais le faire sortir de cette prison. Je vais l’aider à se reconstruire et retrouver sa dignité ! Il n’y a qu’une seule personne qui peut arrêter Ndiaga et c’est moi !

C’est l’anniversaire de Souley  aujourd’hui, il fête ses deux ans. Nous sommes à Dakar ce week-end. Diarra, la sœur de Me Samb nous a invités pour fêter l’anniversaire de son thiat comme elle aime appeler mon petit bonhomme.

– Wa Safi qu’est-ce que tu attends pour aller voir tes parents ? Safi mingi beugeu yague déh ? Recommença-t-elle encore alors qu’on en a parlé des centaines de fois

– Mon père a été clair, il m’a dit que même si on lui emmené mon cadavre, il ne l’enterrera pas. Koula wakh lolou wakh nala beugeutoula ! Je ne leurs en veux pas mais je préfère rester dans mon coin et prier qu’Allah diminue leur rancœur envers moi. La semaine passée mon frère était à l’hôtel avec sa femme, il vit en Belgique. Il m’a humiliée devant une collègue, il m’a insultée, traitée de pute, de femme légère et tout ce que tu peux imaginer. Je ne pouvais pas me défendre pour ne pas perdre mon emploie et à chaque fois qu’il passait à la réception c’était pour m’insulter. Voyant que je ne répondais pas, il a fini par se fatiguer. J’ai appris qu’il me cherchait le jour de son départ et il a laissé son numéro de téléphone pour que je l’appelle mais je ne l’ai pas encore fait.

– Mais pourquoi peut-être qu’il veut s’excuser ?

– Je ne veux pas lui parler. Je comprends que mes parents soient fâchés contre moi mais mes frères et ma sœur ? Non, je ne leur ai rien fait. Quand j’ai eu mes problèmes je les ai appelés pour qu’ils me dépannent un peu mais ils ont tous refusé sans essayer de comprendre. Devant mes parents je me prosternerai même pour leur demander pardon mais eux ? Non je ne le ferai pas !

– Ne sois pas rancunière ma chérie aduna amoul solo déh !

– Je sais mais pour le moment lenn rek la beugeu venger Ibrahim ! Il faut que Ndiaga et Mariama payent. Ils ont gâché la vie d’une personne qui ne leur a rien fait. Si Ndiaga est devenu ministre dans ce pays c’est en quelque sorte grâce à son ami d’enfance qui l’a toujours soutenu. Aujourd’hui il a profité de ce pouvoir pour détruire sa vie mais je n’aurai la paix que lorsque je le verrai lui aussi derrière les barreaux ! Je te jure Diarra je vais détruire cet homme et je me chargerai de Mariama après ! Jurai-je, hâte d’en finir avec eux

– Sa-Phia- Tou !!! Ne va pas faire de bêtise. Madou s’en charge et mon mari aussi…

– Ça prend du temps ! Ça ne bouge pas…

– Mais on parle de justice là. Qu’est-ce que tu veux ?

– Ok ok ! Bon je dois aller voir une amie ce soir à 18 heures In Shaa Allah. Pourrais-tu t’occuper de Souley une heure ou deux s’il te plait ? Demandai-je à Diarra priant qu’elle ne me pose aucune question

– Tu sais bien que c’est un plaisir. Ton amie habite où ?

– On se rencontre au restaurant !

Il est 17 heures 30 ans quand je pénètre le luxueux hôtel où il m’a invitée. Je me suis changée dans la voiture de Diarra pour ne pas éveiller de soupçons. Je porte une petite robe noire avec un décolleté plongeant. De hauts talons noirs aussi. J’étais vulgaire dans mon habillement et c’est ce que je voulais…

– Alors comme ça, tu fais la pute à Saly ? Dit ce porc dégoûtant, nu comme un verre de terre

– Oui ça te pose problème ?

– Oui ! Si tu m’avais épousé, tu serais aujourd’hui comme une reine. Mais ça ne fait rien. Là j’ai juste envie de te baiser fort et sentir ton gout. Je veux savoir pourquoi Ibrahim a quitté Mariama pour toi ? Qu’est-ce que tu as, qu’elle n’a pas ? C’est ce que je veux savoir ! Fit-il en s’approchant

– Tu vas bientôt le savoir !

Je vide mon sac à main. Il y a avait à l’intérieur, un ensemble policière, menottes, fouet etc… tout pour sado de son genre. Son truc dégoutant se lève comme s’il n’attendait qu’un ordre. Il me regarde et me lance un regard dangereux…

– Oh on va bien s’amuser Safi…

– Non c’est moi qui vais m’occuper de toi. Mais avant ça, dis-moi où sont les deux millions ?

– Tu ne me fais pas confiance ? Dit-il nerveux

– A vrai dire, non ! Je ne pourrai jamais avoir confiance en toi !

Il sort une enveloppe et me le tend. Je n’ai pas besoin de son sale pognon. Je veux juste qu’il ne se doute de rien.

– Tu veux savoir pourquoi Ibrahim m’a dans sa peau ? Couche-toi sur ce lit et laisse-toi faire ! Ordonnai-je avec un sourire salace

Il le fait sans réfléchir. Je prends mon temps et mets bien en place les menottes. Je vérifie qu’ils sont bien serrés puis je m’attaque aux pieds. Je sors de la salle de bain une serviette et l’étale sur les parties du gros porc

– Tu vas me faire un massage hot ? Dit-il la voix haute

– Mieux que ça mon chérie. Je vais t’emmener en enfer sale porc !

Je sors la paire de ciseaux que j’avais mis dans le sac, une bouteille d’eau avec un peu d’essence et un briquet.

– je vais te bruler vif, criminel ! Je savais que tu étais con mais pas à ce point ! Teudeul rek nga teudeu ngampékou melni kou meussoul guiss djiguenn ! Dou danga tiaga rek tu vas voir ce que tu n’as jamais vu !

– Hé Safi tu es folle quoi ? Je suis un ministre tu oublies ça ?

– Crie rek tout l’hôtel va connaitre aujourd’hui les activités préférées du ministre de la république. Je vais te tuer Ndiaga ! Tu vas payer tout ce que tu as fait à Ibrahim !

J’ouvre la bouteille et verse quelques gouttes sur son torse.

– Tu sais que tu joues avec le feu ? Tu vas te retrouver en prison si tu fais ça ! Dit-il, paniqué

– C’est la prison ou la tombe rek !

Il ne dit rien et me regarde toujours furieux. Alors je prends la paire de ciseaux…

– Ok on va commencer par tailler ça !

– Non je t’en prie, ne fait pas ça ! Je te promets que je vais libérer dès demain Ibrahim ! Pleurnicha-t-il sans vergogne

– Pourquoi tu détestes autant Ibrahim ? Qu’est-ce qu’il t’a fait pour que tu t’acharnes sur lui sans pitié ?

– Ibrahim a toujours été meilleur que moi dans tous les domaines. Ma mère n’arrêtait pas de me dire que je devais prendre exemple sur lui. Il a toujours été là pour moi c’est vrai mais il a eu tous les prix que je devais recevoir dans ma vie. Il a réussi a trouvé du travail avant moi. Il a réussi à diriger les plus grandes entreprises de ce pays. Tout le monde l’aime et moi… j’étais toujours son subalterne, un dougourou de rien du tout alors qu’on est sortie des mêmes écoles. J’avais promis de le détruire et c’est ce que j’ai fait. Je ne regrette rien ! J’ai tout mis en place avec l’aide de son adjoint qui voulait sa place aussi. Je lui ai fait signé les documents pour qu’il soit mouillé jusqu’au coup ! Expliqua-t-il vert de jalousie

– Tu seras toujours un doungourou sale merde !

Je me lève, enregistre tout sur mon portable avant de partager la vidéo avec Me Samb. Je quitte l’hôtel, contente d’avoir réussi mon coup mais Me Samb me fait redescendre de mes nuages

– Tu crois c’est avec ça que tu vas faire sortir ton mari de ce trou ? Mais tu te rends compte du risque que tu as pris Safi ? Tu t’es attaqué à un ministre de la république, tu sais ça ? Tu as intérêt à garder cette vidéo pour toi sinon tu vas rejoindre ton mari à la prison de Tambacounda ! Dit-il avant de raccrocher en colère lui aussi

– Wa ?

Je n’ai pas échappé à Diarra non plus, elle était tellement en colère.

– Sa bop bi khawma lou ci nekk ? Tu viens de foutre encore plus Ibrahim dans ce trou ! Mais qu’est-ce qui t’as pris ?

– Je veux sortir Ibrahim…

– Et c’est ce que nous voulons mais pas de cette manière ! Je t’ai dit qu’on s’occupe de ça alors pourquoi tu fous tout en l’air ? Il n’est même plus sûr que tu retournes à Mbour, ils pourront te trouver là-bas et te tuer. Tu vas rester ici pour le moment. Dof bou didji bi !

 

 

 

 

 

 

Ibrahim Kane

 

Cela fait aujourd’hui 3 ans que je suis derrière ces murs. A part la visite de mon avocat je n’en reçois aucune autre. Mariama venait me narguer toutes les semaines mais ça fait un bout de temps que je ne l’ai pas vu, j’ai été transféré à la prison de Tambacounda. Quant à Ndiaga, je crois qu’il ne peut pas se passer de moi. Il dit que le fait le de me voir dans cet endroit ravive son cœur. Je plains cet homme, il est sérieusement atteint. Sa place est dans un hôpital psychiatrique…

Mon fils a soufflé sa deuxième bougie cette année et je n’étais pas là. Il ne me connait même pas. Il ne sait même pas ce que veut dire un père, l’amour paternel. J’ai libéré Safia pour qu’elle reprenne sa vie en main. Me Samb me donne toujours de ses nouvelles, il parait qu’elle ne lâche pas. Sa loyauté me touche, son amour pour ma modeste personne me dépasse. Elle est la seule à s’inquiéter de mon sort et Me aussi, lui aussi il ne lâche pas. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour ses deux-là qui mérite qu’ils soient aussi loyaux envers moi-même si je sais qu’ils vont finir par perdre patience.

Ma mère, ou du moins cette femme qui m’a donné la vie, je ne l’ai plus revue depuis ce jour où elle m’a craché en plein procès que je savais que je finirai comme ça parce que j’étais un fils indigne. De toute cette histoire c’est la seule chose qui m’a fait mal. J’ai encore lu du mépris dans les yeux de cette femme à qui j’ai tout donné. Qu’est-ce que je n’ai pas fait pour avoir une toute petite reconnaissance de sa part ? Malgré qu’elle m’ait chassé de chez elle quand j’étais encore ado, je l’ai recueillie chez moi et l’ai mise dans de très bonnes conditions. C’est mon devoir vous me direz et je le sais mais même si elle ne me porte pas de son cœur, elle aurait pu au moins faire semblant de m’aimer. Elle me montrait son mépris de jour en jour et ne s’en fatiguait pas. J’espère au moins qu’elle me dira un jour pourquoi elle me déteste autant et qu’elle reviendra à la raison.

La seule chose positive depuis que je suis ici, je me suis rapproché un peu plus du Très-Haut peut-être que c’est ce qui m’a fait tenir sinon je serai devenu fou y a bien longtemps. Il y a certes ces jours moroses où l’on ne veut que quitter cette vie mais quand je me retourne et vois des prisonniers qui ont passé des dizaines d’années dans ce trou, innocent en plus, j’accepte cette épreuve avec humilité tout en priant Allah qu’Il lave mon honneur et qu’Il nous fasse sortir d’ici.

– Vous avez de la visite Kane ! Cria le garde

Je me lève et me dirige vers la salle, à ma grande surprise j’y trouve Mariama. Bizarrement, ce n’est pas un jour de visite. Il doit se passer quelque chose…

– Qu’est-ce que tu veux encore Mariama ? Tu n’en as pas encore fini avec moi ? Sortis-je énervé cette fois

– Assis-toi s’il te plait et écoute-moi !

– T’écouter me dire de quoi ? Tu as corrompu les gardes pour qu’ils te laissent entrer, c’est ça ? Tu as fait tout ce chemin pour venir me narguer ? Tu ne peux pas me foutres la paix puisque tu as eu ce que tu voulais !

– Ibrahim je suis venu te demander pardon ! Je t’en prie écoute-moi, supplia-t-elle en pleurs

– Me demander pardon ? Mariama je t’ai pardonné y a longtemps mais je ne veux plus te voir de ma vie. Tu devrais demander pardon à Dieu pour tout ce que tu as fait !

– Sama diganté ak Ya’Allah diakhalouma, mangi yakaar ndiégalam ci yeurmandéme gou yatou gua. Je te demande pardon Ibrahim ! Je vais finir par devenir folle. Je ne dors plus la nuit, je pense à toutes ces vilaines choses que j’ai faites juste pour de l’argent. J’ai gâché ta vie alors que tu ne m’as rien fait. Je vais tout te raconter… Notre rencontre était un deal de Ndiaga. Je ne t’ai jamais aimé. Je me suis mariée avec toi pour ton argent. Nous t’avons amené chez un féticheur pour que tu sois fou de moi, que tu fasses tout ce que je te demande faire. Ibrahim tu ne sais pas tout ce Ndiaga est capable de faire pour te détruite. Il te hait, il a voulu te tuer plusieurs fois mais ça n’a pas abouti.  Tu as toujours été un mari exemplaire même si je voyais clairement que tu souffrais. Ndiaga connaissait mon passée et me faisait chanter à chaque fois que je lui disais que je voulais arrêter. Ibrahim balma, je sais que tu vas encore plus me haïr si je te dis la vérité. Tu n’es pas le père des enfants, Anta est la fille d’un ancien amant et Yahya est le fils de Ndiaga. C’est pourquoi il me faisait chanter…

– Plus rien ne m’étonnes de toi. Je me demande pourquoi je ne suis pas surpris. Je savais que tu n’étais pas fidèle mais là… je te tire mon chapeau ! Crachai-je le cœur meurtri

– Ibrahim je ne suis pas mauvaise. Je suis une victime comme toi. Mais je te jure que je vais tout réparer. Je vais laver ton honneur et te faire sortir d’ici. Je t’en prie pardonne-moi si tu peux !

– Je t’ai pardonné Mariama mais je ne crois plus tout ce qui sort de ta bouche !

– Je comprends !

Elle quitte la salle et je reste des minutes à regarder sa direction. Je me demande ce qu’elle prépare encore…

  

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