mar. Sep 22nd, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Takku Suuf – Partie 20 FIN

18 min read

Saphiatou Sène

 

Quelle dure journée. Il y avait du monde à l’hôtel. J’ai les jambes en compote et je ne tiens plus debout heureusement que demain c’est mon jour de repos, je vais en profiter et me reposer au max. Je rentre dans chambre et Souley saute sur moi.

– Maaaaman ! Cria-t-il en serrant fort mon coeur

– Oui mon champion, tu as passé une bonne journée ?

– Oui j’ai mangé de la glace !

– Ah oui ? Il fait trop chaud, c’est bien. Maman va prendre une bonne douche et après je vais te faire beaucoup, beaucoup de gros bisous et des gros câlins ! Dis-je en le chatouillant

Il se met à crier voulant m’échapper… j’adore ces moments, il me fait oublier rapidement ses dures heures de travail. Ils sont des anges ses petits bouts de choux

Diarra et son frère ne voulaient pas que je revienne mais il était hors de question que je reste sans travail. Je ne pouvais pas les laisser m’entretenir mon fils et moi. Ils en font déjà trop. J’ai donc appelé Ndiaga, je lui ai dit que je publierai la vidéo et les photos s’il ne me laissait pas tranquille et depuis je n’ai plus eu de ses nouvelles.

Après ma douche, je rejoins Souley et la nounou dans le salon.

– Tata ton portable n’arrête pas de sonner dans ton sac, dit Halima la nounou

– Ah j’ai oublié de le faire sortir.

Je vois plusieurs appels en absence de Diarra. Je la rappelle aussitôt

– Mame Diarra yayou Khadim comment tu vas ?

– Amnga fi thiakou Or ak lam ! Je t’offre un collier en or plus un bracelet ! Dit-elle toute contente

– Je passe prendre mon cadeau demain à la première heure In Shaa Allah. Alors comment tu vas ?

– Super bien et toi ?

– Ca va un peu fatiguée ak les vacances Mbour est bondé de monde en plus de chaleur n’imagine même pas mes journées au travail, narrai-je fatiguée

– Ca s’entend dans ta voix, massa ! Alors comme demain c’est ton jour off, pourrais-tu passer la journée avec moi ?

– Hun je t’ai dit que je suis fatiguée tamit !

– Je sais ma chérie mais je te jure que tu ne vas pas le regretter. Nieuwal rek !

– Truand nga rek. Je ne peux rien te refuser et tu en profites. D’accord je viendrai avec ton thiat In Shaa Allah !

– Super ma chérie !

On papote un peu avant qu’elle ne raccroche. Diarra est en femme extraordinaire, une personne en or. Elle est plus âgée que moi, j’ai presque le même âge que sa fille aîné mais elle dit que je suis sa sœur. Je ne peux rien lui refuser, elle m’a tendu la main sans rien attendre en retour. Puis elle m’a offert son amitié, elle trouve toujours les mots justes quand ça ne va pas. Un ange tout simplement

Le lendemain, il était 10 heures quand le taxi se gare devant la maison de Diarra. Je ne sais pas pourquoi mais je sens quelque chose va se passer. J’ai un pressentiment assez bizarre. Je sens mon cœur cogner fort… j’espère que ce n’est rien de grave. Je porte Souley et sonne les mains moites

– C’est qui ? Tonna la voix de Diarra

– Safia !

Elle ouvre la porte sourire aux lèvres. Elle est toute pimpante dans une robe brodée jaune poussin.

– Tu es magnifique khana tonton Sadibou dafa nekk ?

– Yaw entre rek ! Donne-moi mon petit mari là. Alors comment s’est passé le voyage ? Questionna-t-elle en se dirigeant à l’intérieur

– Bien ! Dis-je anxieuse

– Tu as l’air stressée là, tu as quoi ? Remarqua-t-elle

– Je…

Je ne finis pas ma phrase. Ibrahim était assis dans le salon tasse de café à la main. Il me regardait en souriant.

– Alhamdoulillah ! Dis-je en me prosternant sur les carreaux froids

– Ndeysane !

– Tu es libre Ibrahim ! Criai-je

Je me jette dans ses bras et il se dégage très vite de moi. J’en étais choquée

– N’oublie pas que tu n’es plus ma femme, dit-il la tête baissée

– Il s’est radicalisée en prison Safia, may ko touti rek, ajouta Me Samb en riant

– Mo, on ne va rien attendre. Cheikh Sadibou sera là ce soir et il vous unira devant Dieu In Shaa Allah ! Anh Ibrahim, dit Diarra en souriant

– In Shaa Allah ! Ne m’en veux pas Safi, j’essaie d’être un bon musulman mais ne doute pas de mon amour envers toi, tay lala gueneu beugeu ! Affirma-t-il le regard triste

Je souris et le regarde tendrement. Il n’arrêtait pas d’embrasser son fils

– Expliquez-moi légui ?

– C’est Mariama qui s’est repentie et elle a balancé ce crétin de Ndiaga. Il a été démis de ses fonctions hier et il est actuellement en garde à vue. On aura la suite d’ici ce soir In Shaa Allah…

– En tout cas je ne vous remercierai jamais assez. Taxawou ngenn ma fou mbokk takhawoul ! Fit la voix tremblante d’Ibrahim

– Tu as été avec moi dans les moments les plus difficiles de ma vie. J’ai été chassé par mon oncle à Paris et tu m’as recueilli chez toi sans rien attendre. Tu partageais tout avec moi, Ibrahim soumala taxawoul kone douma gorr !

– Merci ! C’est tout ce que je peux dire !

Tonton Sadibou le mari de Diarra est venu après le déjeuner et comme prévu, il a scellé le mariage. Ibrahim s’est levé et m’a prise dans ses bras

– C’est ce que je rêvais de faire depuis que je t’ai vu. Merci pour tout Saphiatou ! Je ne vais pas faire un long discours puisqu’Allah est témoin de tout ce que tu as enduré pour me faire sortir de prison. Merci pour ce magnifique bébé et merci pour tout le reste !

– Je n’ai fait que mon devoir mon amour alors arrête de me remercier ! Je t’aime !

– Je sais mais tu ne peux pas m’aimer plus que je t’aime Safi !

Nous venions de déménager dans la maison d’Ibrahim, celle que Mariama lui avait prise. Elle a  rendu tous ses biens à Ibrahim avant de quitter le pays avec les enfants. C’est Ndiaga qui a pris la place d’Ibrahim en prison. Tous ses coups ses sont retournés contre lui. Sa haine envers Ibrahim l’a menée à sa perte. Je ne me réjouis pas de ce qui lui arrive mais je ne le plains pas non plus. Comme quoi, on ne récolte que ce que l’on a semé. Il est l’acteur principal de ses malheurs, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même.

Je ressens quand même un peu de compassion envers Mariama même si rien ne l’excuse. Elle est quand même une victime comme Ibrahim mais heureusement qu’elle s’est rétractée à temps. Ibrahim aurait pu passer ces dix ans en prison si elle n’avait pas parlé alors je lui en veux plus…

– S’il te plaît ma chérie, pourrais-tu m’accompagner quelque part ? Dit Ibrahim en se levant

– Oui mon chérie, on va où ?

– Tu le verras ! Fit-il avec un clin d’œil

Je le rejoins dans la voiture avec Souleymane, qui n’arrêtait pas de parloter et personne ne sait ce qu’il dit. Il tire mes boucles d’oreilles en riant, je lui donne une petite tape sur la main droite

– ça fait mal Souley !

– Papa ! Cria-t-il réclamant son père

Arrivée sur les deux voies de Golf, j’ai su qu’il m’amenait chez mes parents.

– Je ne veux pas y aller Ibrahim ! Dis-je, furieuse

– Je sais mais on va y aller quand même !

– Tu devrais me demander mon avis !

– Je sais mais têtue que tu es, je savais que tu allais refuser ! Il est temps que tu te réconcilies avec tes parents Safi

– Je t’en prie Ibrahim ne t’en mêles pas !

– Oh que si, puisque tout est de ma faute ! Répondit-il très calme

– Je te rappelle que mon père m’a chassé de chez lui alors que j’étais enceinte !!!

– Oui je sais mais c’est du passé. Quoi qu’ils puissent faire, ils resteront toujours tes parents et Safi tu as eu la chance d’avoir encore tes parents avec toi. Si j’avais la possibilité d’aller à Yoff et réveiller mon père, wallahi je n’hésiterai pas une seconde. Tu vois ma mère ne se soucie même pas de moi. Il ne sait même pas ce que je suis devenue et quelque chose me dit que je ne vais pas tarder à avoir de ses nouvelles, dit-il mélancolique

Je n’avais rien à ajouter. Je ne sais pas mais je ressens une petite rancune envers ma famille. Depuis combien de temps je ne les ai pas vu et ils n’ont même pas cherché à me voir. J’ai le même caractère que mon père, je suis rancunière et je ne pardonne pas facilement et c’est sans doute pour cela que je n’ai pas cherché à le revoir, moi non plus.

Nous sortons de la voiture et Ibrahim sonne à la porte. C’est la bonne qui vient ouvrir. Elle revient une après avec mon père qui nous regarde, choqué

– Bonsoir M. Sène ! Fit Ibrahim prudent

– Bonsoir ! Répondit-il un peu gêné

– Est-ce qu’on peut entrer ?

Il ouvre grand la porte et nous laisse entrer avant de la refermer. Il se dirige vers le salon en silence avant de nous inviter à s’assoir

– Je sais que vous ne vous attendiez pas à nous voir et on s’excuse du dérangement mais ça me tenait vraiment à cœur, commença Ibrahim. Nous sommes venus nous excusez pour tout ce qui s’est passé. Je sais que ça sera difficile pour vous de me pardonner. Je n’avais pas à vous mentir mais mon amour pour votre fille m’a poussé à faire les choses comme je les ai faites sans trop réfléchir. Je vous en prie M. Sène pardonnez-moi. Je vous ai toujours respecté et je voyais en vous mon père parti trop tôt. Je sais que vous m’en vouliez énormément mais pardonnez-moi et pardonnez votre fille. Vous savez qu’elle est un peu bornée mais vous la connaissez mieux que moi, c’est votre fille.

– Je vous pardonne. Je te pardonne Safi et vous demande de me pardonner. Je n’ai pas agi en responsable et je t’ai tourné le dos quand tu avais plus besoin de moi Safi, dit mon père en essuyant une larme

– Tu me connais je suis rancunière papa ! Je suis ta fille ! Ton sang ! Tu m’as chassée de ta maison alors que tu savais que je n’ai nulle part par où aller…

– Safi !

– Laisse-moi parler Ibrahim ! J’ai dormi dans la rue avec mon garçon, exposée à toutes sortes de danger pendant une semaine alors que ta maison était tout près. Je dormais derrière ta maison en plein froid avec mon fils papa ! Tu savais très bien que je n’allais pas tourner le dos à Ibrahim puisque tu m’as appris à être loyale ! Je ne pouvais pas tourner le dos à mon mari, ce serait rompre le serment que j’avais fait en acceptant d’être son épouse dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la souffrance comme dans le bonheur ! Kéweul dou teup mouk dom dia beut ! Je me disais que vous étiez juste en colère, ça allait passer mais papa comment oublier ce soir là où tu m’as mise à la porte voyant très bien que j’étais en état de grossesse et à terme !!! Depuis ce jour, je n’arrive pas à avaler cette boule qui est restée coincer dans ma gorge ! Papa je n’arrive pas à oublier cette nuit !

– Je te jure que je n’avais pas vu ton ventre ! J’étais trop en colère contre toi pour le remarquer, c’est après que ton frère me l’a dit. Je t’ai cherché mais…

Il craque et pleure, mon cœur se fend en mille morceaux mais j’étais quand même soulagée d’avoir sortie mon ressenti

– Tu as raison, tu es ma fille et je vois encore tu n’as rien laissé de mon sale caractère. Mais je suis contente de t’avoir retrouvé saine et sauve. Ibrahim pardonne-moi aussi e t’avoir dit toutes ses atrocités, je m’en veux ! Sortit-il

– C’est oublié M. et Tata ?

– Elle est partie à Matam voir sa famille ! Vient dans mes bras Saphiatou, tu m’as trop manqué ! Dit-il ouvrant ses bras

Je pars l’embrasser en pleurant. Il sert son étreinte à en casser mes côtes

– Boul ma dame nak ! Ne me casse pas !

– Danga rew ba légui nak ! Je vois que tu es toujours impolie, fit-il en riant

– Justement voici ton homonyme Souleymane Junior ! Présentai-je en désignant Souley qui dormait dans les bras de son père

– Tu lui as donné mon nom ? Oh mon Dieu ! Je peux le prendre dans mes bras.

Ibrahim se lève et lui donne le petit qui dormait toujours. Sentant qu’il n’est plus dans les bras de son père, il gémit et ouvre un œil.

– En plus il me ressemble et ce sourire coquin, ajouta-t-il gaga de son petit fils

– Oh papa tu trop vilain pour que mon fils te ressemble !

– Ah oui je croyais que j’étais le plus beau des papas ?

– Plus maintenant !

– Mais faut que je vous dise que ce vous avez fait était très grave et insensé ! Un mariage en cachette alors que vous savez très bien ce que l’islam dit là-dessus ! Afin il y a beaucoup de controverses sur ce sujet. Certains disent que c’est Haram et d’autres disent qu’il n’y a rien de mal du moment que les chartes sont respectées mais ça reste quand même un mariage scellé dans le mensonge et vous savez que le mensonge fait partie des plus grands péchés !!! Et si cette histoire n’était pas encore dévoilée vous avez pensé aux conséquences ? Un de tes enfants pouvez se retrouver marier avec sa sœur ou son frère sans le savoir et qu’auriez-vous dans ce cas ? On ne cache pas un mariage les enfants ! Et vous avez vu où ça vous a conduit ? Les conséquences pouvaient être aussi graves ! Ibrahim djiguenn kenn douko topou ci loumou beugeu ! Apprends de tes erreurs et refais ta vie. Ne laisse personne diriger ta vie même Saphiatou ! Qu’Allah vous assiste pour le reste et vous ouvre les portes du succés ! Soyez bénis !

– Amine père, dit Ibrahim mort de honte

 Il a appelé maman avant que nous partions. Cette dernière m’a tellement insulté que j’ai fini par raccrocher. Elle a promis de me casser la gueule à son retour et je lui ai dit que je l’attends avec impatience…

Ibrahim Kane

 

Je n’arrête pas de recevoir des propositions de travail. Je ne pensais pas que ça allait être aussi facile après ma sortie mais puisque rien ne m’incriminait, les entreprises n’arrêtent pas de me faire de propositions, les unes plus alléchantes que les autres mais moi tout ce que je voie, c’est de partir. Je ne veux plus vivre dans ce pays, je veux partir et recommencer une nouvelle vie avec ma famille tout ce que Safi ne veux pas entendre…

– Je ne veux pas quitter le pays Ibrahim n’y pense même pas. Je suis bien ici, les personnes méchantes et ingrates y en a partout dans le monde alors je ne vois pas pourquoi partir. Je ne compte pas bouger d’ici, fi la dioudo té fi lay déwé ! Fit-elle catégorique

– Ok donc moi, j’y vais et je viens tous les 6 mois, proposai-je

– Hors de question ! Tu restes avec nous, c’est tout ! Cria-t-elle cette fois en quittant le salon

– On verra nakh yama mom !!!

On sonne à la porte et je pars ouvrir. Thiey Ya’Allah !

– Aie Ibrahim sama dome diou bakh dji !

Ma mère était devant la porte avec un sac de voyage. Elle était avec mes deux sœurs. Je la regarde, ébahi…

– Cette fois mom je ne vais pas t’encombrer. Je suis venue avec Codou et Rokhaya rek les autres je les ai demandé de rester là-bas avec leurs épouses. C’est ton oncle qui m’a dit que tu es sortie de prison. J’ai tellement prié pour toi mon fils, je ne dormais plus je ne mangeais plus. Je ne faisais que penser à toi, bilay yaw ! An Codou ! Se força-t-elle à dire avec un sourire crispé

Je n’ai pas pu retenir mon rire sarcastique. Elle devrait avoir l’Oscar de la plus grande comédienne de tous les temps. Qu’est-ce qu’elle est comique cette femme.

– Yaye, je suis désolée mais tu ne peux pas rester ici. Tu vas retourner chez tes enfants, ceux qui ne sont pas maudits. Moi je retourne demain en France In Shaa Allah ! 

– Dett Ibrahim ne me dit pas ça. Tu sais la maison où je vis y a pas d’électricité puisque tes frères ne foutent rien. Nous habitons dans une maison en construction et je ne te dis même le nombre de moustiques qui me piquent par secondes. Je suis fatiguée avec mon âge et mes petites maladies je ne n’arrive plus à dormir les nuits. Je peux rester dans la maison yaw kay assure mes dépenses rek mais wallay je ne vais pas te fatiguer !

– Comment vais-je assurer tes dépenses puisque je n’ai plus de travail. Tu as oublié que je viens de sortir de prison ? Actuellement même 100 Fr je n’ai pas !

– Guoné gui yaw dall do sopékou ? Tu ne changeras jamais. Tu seras toujours un incapable ? Ok mais n’empêche je vais vivre avec toi que tu le veuilles ou non. Tu ne vas pas chasser non, puisque je suis ta mère ! Poussal fi ma dial !

Elle me bouscule et entre dans la maison avec mes sœurs qui ne m’ont même pas salué. Je me demande encore ce que j’ai bien pu faire pour avoir une mère pareille.

Je suis quand même restée au pays puisque que je suis le DG d’une grande entreprise privée. Je n’ai pas voulu vivre avec ma mère alors je lui ai trouvé un appart le plus loin de chez moi. Je n’accepterai plus qu’elle me pourrisse la vie. La vie m’a donné une nouvelle chance et je ne compte pas refaire les mêmes erreurs de toutes les façons Safi ne me laissera pas faire. Je parle au téléphone avec Mariama, c’est fou mais nous sommes devenus de très bons amis…

– J’ai remarqué que tu es devenue très proche de ton ex-femme. Je ne sais pas ce qu’elle cherche mais yaw lay wakhal je veux que tu coupes tout contact avec elle ! Fit-elle en colère

 – Il n’y a rien entre nous et il n’y aura jamais rien entre nous. Elle est juste une amie, c’est tout !

– Quelle amie ? Fane nga guiss kharito gorr ak djiguenn Ibrahim ? Je ne veux même pas me disputer, je veux que tu mettes fin à cette ‘’amitié’’ ! C’est tout ce que je demande !

– Moi aussi je ne veux pas me disputer avec toi alors s’il te plait, occupe-toi de ce qui te regarde ! Merci !

– Ah oui c’est ce que tu dis ? Kone bakhna !

Et aujourd’hui une semaine qu’elle ne me parle pas. J’étais absorbé par mon travail et je ne la calculais pas non plus. Je n’ai pas coupé contact avec Mariama comme elle le souhaitait. On continue toujours de parler, enfin on passe la journée au téléphone avec les enfants. Elle essaie de reprendre sa vie et moi aussi j’essaie de l’aider du mieux que je peux. J’ai pu lui trouver un travail grâce à des contacts, elle pourra s’occuper des enfants et vivre dignement. Quoi qu’il puisse être, les enfants sont mes enfants selon la Charia puisqu’ils sont nés dans les liens du mariage alors il est de mon devoir de m’occuper d’eux.

Faut que j’aille prendre une douche, cela fait deux heures que je suis enfermée dans ce bureau et il fait trop chaud. Je traverse le couloir pour rejoindre la chambre que j’entends des sanglots. J’avance un peu et vois deux grosses valises devant la porte de la chambre

– Tu ne peux partir comme ça Safi ! Parles d’abord avec lui !

– Pour parler avec lui, il faudrait que je le voie d’abord. Cela fait une semaine qu’on ne se parle pas. Je le ne vois même pas. Il ne cherche pas à voir son fils, il préfère s’enfermer dans son bureau pour parler à Mariama. Lane la fiy défati s’il me montre carrément qu’il n’a plus besoin de moi ? Dit-elle en pleurs

– Alors pourquoi il t’a épousé ? 

– Par reconnaissance c’est tout !!! Ibrahim a beaucoup changé depuis sa sortie de prison. Il ne me regarde pas, il ne me touche pas, il ne nous calcule pas ! Tu trouves normal qu’il reste tout ce temps sans me toucher ? Je me suis battue ces trois dernières années en mettant ma famille à dos pour rester avec lui. J’ai dormi dans la rue avec mon fils à cause de lui té tay amoul loumou may fayé loudoul dima dieuné bénen djiguenn ! Qu’est-ce qui me manque, dis-moi ? Ne suis-je pas une bonne épouse ? Je n’en peux plus Diarra… damay déme ! 

Je retourne calmement dans mon bureau et appelle Mariama, elle décroche à la première sonnerie

– Khalil !

– Oui Mariama. Bah écoute je ne vais pas y aller par quatre chemins. Maintenant que tu as trouvé du travail et un logement pour toi et les enfants. Je pense que tu es maintenant en mesure de te gérer toute seule. Je vais couper tout contact avec toi parce que vraiment mon mariage en pâti et s’il y a une chose que je ne désire pas dans ce bas monde c’est de perdre Safi ! Alors je te le demande cesse de me contacter. Je prendrai des nouvelles des enfants de temps en temps mais je ne peux plus continuer à te parler…

– Parfaitement Ibrahim ! Merci pour ton soutien et ton aide. Adieu, fit-elle émue

Elle raccroche et je compose le numéro de Diarra.

– Diarra comment vas-tu ?

– Je vais bien Ibrahim et toi ?

– Bien merci. Je sais que tu es chez moi, s’il te plait peux-tu me rejoindre dans le salon ?

Elle fait son entrée deux minutes après, souriante comme à son habitude

– J’ai entendu tout ce que Safi a dit et je fais mon mea culpa. Je vais arranger mes bêtises maintenant. Pourrais-tu t’occuper de Souley pour deux semaines ? Je compte amener ta copine hors du pays histoire de lui changer un peu les idées.

– C’est super ça ! J’amène mon mari avec moi alors.

La vie a repris son cours. Nous nous sommes retrouvés Safi et moi. Je lui ai fait comprendre qu’aucune autre femme ne prendra jamais sa place dans mon cœur. Elle m’a encore fait un autre cadeau, une petite fille cette fois. Je lui ai donné le nom de Diarra et elle est belle comme son homonyme.

Ndiaga est toujours en prison. Il a voulu me rendre la maison mais je lui ai dit qu’il pouvait la garder, ça pourrait lui servir. Mariama s’est mariée avec un belge, elle a beaucoup changé et c’est tant mieux comme dit Safi. Je cotinue toujours de m’occuper de mes enfants

Ma Safi, elle s’est reconvertie en couturière. Elle tient un salon de couture à la maison, elle gère aussi une boutique en ligne de produits de beauté. Elle n’a pas changé du tout, elle est restée la même. Je ne la remercie jamais assez d’être restée avec moi, elle est devenue la personne la plus précieuse de ma vie et je ne cesserai de le lui prouver…

Ces années en prison m’ont appris qu’on est responsable de ce qui doit nous arriver dans cette vie. Je n’ai pas su choisir les personnes qui entraient dans ma vie par naïveté peut-être. Je n’ai jamais pensé que les gens pouvaient être aussi hypocrites. Je n’ai jamais pensé faire du tort à mon prochain et pourtant j’ai vécu toutes sortes d’injustice autour de moi. J’étais trop obnubilé à avoir la reconnaissance de ma mère et face à son rejet je cherchai de l’affection vers les autres et malheureusement je n’ai pas choisi les bonnes personnes. Je me demande encore, que serait ma vie si Safi n’était pas là ? Ce ‘’Takku Suuf’’ était ridicule c’est clair mais est-ce que je regrette ? Je n’arrive pas à avoir la réponse exacte ce qui est sûr, c’est que c’est cette perle qui m’a délivré du mal et je lui vouerai amour et gratitude jusqu’à la fin des temps !

Fin

Commentaire Facebook