dim. Sep 27th, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Mon mari, mes défis… part 10

12 min read

« Reconquérir sa femme » jour 4

Le café Touba était encore au rendez-vous comme ces 3 derniers jours, et avec, j’ai eu droit à des pan-cakes avec du miel avec la petite note : « miel de mon cœur… », 4 petits mots qui me firent sourire comme une demeurée. En tout cas l’Energie par le sucre faisait son petit effet, j’avais l’impression de me doper. Était-ce juste l’effet de la nourriture, ou le sentiment d’être chouchoutée que cette petite attention matinale me procurer ? hum hum hum

Vers 16H, je me surprenais à guetter l’heure, à devenir impatiente, fébrile, un poil excitée. Comme une ado pour son premier rencard ! en fait, je connaissais bien Mactar cette bête de sexe, mais depuis qu’il avait entrepris cette séance de séduction, il me faisait découvrir, Mactar Niang l’amoureux transi, et même s’il fait semblant beugueuna wouyaye (ce n’est pas grave, je veux) ! Tout le chemin du retour vers chez moi, j’étais dans mes délires, « mirr na » de waly seck à fond dans les baffles ! je vous dis comme une vraie gamine amoureuse pour la première fois.

Tonton Badou, derrière sa loge me fit signe dès que je franchis le portique de l’immeuble.
• Assalamou aleikoum Niang balo
• Wa tonton badou, aleikoum salam ! comment tu vas ?
• Alhamdoulilah alhamdoulilah ! excuse-moi de te déranger mais tout à l’heure Mr Niang est passé me voir avant de monter
• Ahhh il est déjà là…
• Oui il est arrivé il y’a environ une heure.
• D’accord c’est bien. Il voulait quoi ?
• Euh en fait, il voulait payer ton loyer…
• Sérieux ?? et qu’est-ce que tu lui as dit ?
• Je lui ai proposé de vous en parler d’abord
• Hum, tu as bien fait tonton Badou. Merci pour ta discrétion
• C’est normal ma fille.
• Allez à demain in chaa Allah ! fais un bisou à tata Mbourel
• Je n’y manquerai pas

Décidément mon sourire n’allait pas me quitter aujourd’hui. Sacré Mactar Niang ! Ce n’est pas étonnant qu’il ait essayé de faire ça derrière mon dos, il commence à comprendre à quel point je suis indépendante et que plus que tout je ne dépends que de moi-même. Mais c’est un homme de pouvoir, et son but ultime serait que je sois totalement dépendant de lui. J’étais curieuse de voir comment il allait s’y prendre pour me convaincre.

Quand j’ouvre la porte de l’appartement c’est une alléchante odeur de je ne sais quoi qui m’accueille, ensuite les voix de mon homme et de ma mère, des éclats de rire… c’est tellement agréable et réconfortant que j’en oublie toute la fatigue de la journée. M’ayant entendu claquer la porte, madré vint m’accueillir
• Madré : tu es enfin là, ma chérie !
• Moi : coucou ma’mour
• Madré : tu as passé une bonne journée ?
• Moi : ne m’en parle pas ! mais c’est fini hein, alhamdoulilah !
• Madré : tu vas vite tout oublier, kholale kiy reugueul taye (regarde qui cuisine ce soir) ! si ton père n’avait qu’une seule fois mis les pieds dans la cuisine pour me faire un œuf, je serais devenue illico la femme soumise et sage qu’il veut, rigola-t-elle alors qu’on entrait dans le salon
• Moi : aye madré un œuf nak, pour si peu… ?
• Mactar : il te faut quoi, toi, pour devenir soumise ?

Bas de jogging gris, débardeur blanc, tablier noir attaché bas juste au niveau de ses reins, je ne pus m’empêcher de m’arrêter quelques secondes pour reprendre mon souffle suspendu. Il contourna l’îlot central de la cuisine, nonchalamment avec son sourire.

Ma mère me pinça discrètement en soufflant :
• Madré : domou diambour la ish (arrête de le mater c’est l’enfant de quelqu’un)
• Moi : djeukeurou djambour la tamite (c’est le mari de quelqu’un aussi, ne l’oublie pas) chuchotais-je avant de me tourner à nouveau vers Mactar. Arrête d’essayer de charmer ma mère yaw…
• Madré : mane je suis déjà sous le charme di
• Moi : kholale ma li rek (regardez-moi ça), aucune résistance !

On continua comme ça, ma mère et moi et je voyais mon homme me dévorait des yeux. Est-il utile de vous préciser qu’il me désirait autant que moi je le voulais ? non diarouko nandeu nguéne gnou bou yagueu, mais alors pourquoi notre couple ne marchait-il pas comme je le voudrais. Il est vrai qu’il y’a beaucoup de non-dit entre nous, Mactar est Mr mystère en personne, mais moi non plus j’avoue que ses préjugés me concernant m’ont tellement blessé que j’ai préféré le laisser dans le flou. Ce nouveau départ qu’il me demande est une opportunité que je dois saisir pour le rendre fou de moi, définitivement… et pour ça il fallait que je lui montre l’exemple, il fallait que je me confie à lui, nankeu nankeu, lui montrer que je lui faisais confiance.

Son dîner fut délicieux comme d’habitude, je les laissais se régaler du dessert, dans la cuisine, maman et lui, alors que je m’attelais à corriger mes copies. Il me retrouva sur le canapé, après avoir fait la vaisselle et j’étais certaine que c’était pour me laisser me concentrer. Ma mère cette maquerelle, avait déjà déserté. Il ne me restait que deux copies sur mon dernier tas, mais j’étais à peu près sûre que je mettrais beaucoup, beaucoup de temps à les finir. Il prit mes petits pieds et les posa sur sa poitrine, les massant doucement, tirant parfois sur mes orteils. Et chaque fois qu’il faisait ça, j’avais l’impression qu’il créait une connexion 5G vers mon « anna n’diaye ». Comment rester concentrer dans ses conditions… à force d’exercice de souffle comme une préparation à un accouchement, j’arrivais enfin à finir la correction mais presque en tremblant. Par mon pied, je sentais son cœur battre aussi vite que le mien, sa main faisait des va et vient sur mon mollet et je me dépêchais de déposer ce que j’avais encore dans les mains sur la table avant de faire une bêtise
• Moi : j’ai fini…

****Mactar****

Le tremblement de sa voix me fit un effet de fou, c’est cette même intonation qu’elle avait quand elle délirait au moment de l’orgasme. Et la voir se retenir pour ne pas me montrer à quel point elle était excitée me donna envie de rire. Mais je ne voulais pas non plus qu’elle le prenne mal, aujourd’hui j’étais décidé à ce qu’on parle un peu d’elle. Je sais que j’aurais dû commencer par-là, mais je me suis contenté des « on dit » parce que ça m’arrangeait et je voyais qu’elle m’en voulait de négliger ce qu’elle a vécu avec son ex. Vivement aussi qu’elle soit en vacances, elle me semblait si épuisée et je sais que la titiller comme ça n’arrange pas les choses, mais j’ai besoin d’être proche d’elle et d’exercer le pouvoir de mes sentiments sur elle. Instinctivement, je mis son gros orteil dans ma bouche en le suçant doucement et je la sentis retenir son souffle.

• Tu ne devrais pas faire des choses comme ça, Mr Niang
• Je te jure que c’est complètement halal, Mme Niang
• Lol, tu es impossible
• Au fait, j’ai parlé un peu avec votre concierge, tout à l’heure
• Ah oui, vous avez parlé de quoi ?
• Je voulais qu’il me donne les factures pour ton loyer, mais il m’a demandé à t’en parler d’abord
• Hum…
• Tu ne dis rien de plus ?
• Que voudrais-tu que je te dise ?
• Pourquoi c’est si dur pour toi de me laisser faire des choses pour toi ? tu es ma femme Rabi, je dois te loger te nourrir t’habiller, prendre soin de toi
• Tu trouves que tu n’en fais pas assez ? tout ce que tu viens de citer la, tu le fais déjà non ?
• Pourquoi tu as interdit à ton concierge de me laisser payer cet appartement ?
• Mactarrr, je n’étais même pas là comment tu peux dire que je lui ai interdit quoi que ce soit ?
• Bref, ce n’est pas ça le plus important, laisse-moi m’occuper de ça stp
• Tu crois que j’ai honte de te laisser m’entretenir ? je suis indépendante financièrement c’est vrai mais tu es mon mari ! achète-moi la lune si tu veux je n’y verrais aucune objection ! mais ici, je te promets qu’il n’y a rien à payer, je t’assure !
• Je te parle des prochaines factures, tu devrais même voir si tu ne peux pas l’acheter. L’immeuble est bien construit et est bien situé. Les proprios doivent être des gens consciencieux…
• Cet appartement est déjà à moi, me coupa-t-elle
• Pardon ?
• Quelle tête tu fais en ce moment, rigola-t-elle !
• Vraiment ?
• Oui, monsieur !

Bon je ne m’attendais pas à ça, mais bon…

• Tu as fait un bon investissement, je ne pensais pas que tu t’intéressais à l’immobilier
• C’était l’idée de Pape Fara, il m’a appris à flairer les bons investissements
• Euh parle-moi de lui…
• Hum, qu’est-ce que ça cache ?
• Mais rien…
• Si c’est pour après juger ou te moquer de notre relation, lui et moi, je t’avertis que…
• Arrête d’être sur la défensive Rabi, ma question part d’un bon sentiment ! je m’y prends peut-être tard mais je veux savoir, que tu me racontes ce qui vous a lié. Je me suis rendu compte que tu tenais réellement à lui
• Que veux-tu savoir ?
• Raconte-moi tout ce que tu as envie de partager avec moi…
• Une vie ne suffirait pas pour te raconter tout ce qu’on a vécu. Mais je suis sûre que tu as des questions précises Mactar Niang je te connais, vas-y pose-les.
• Lol ! hum ok, alors d’abord pourquoi tu t’es marié avec un homme plus vieux…
• 19
• Pardon ?
• 19 ans, il avait 19 ans de plus que moi. Et je t’assure que personne ne m’a forcée. Et j’étais sa 3ème femme. On s’est rencontré dans une banque en ville, et ce fut le coup de foudre amical dans un premier temps. Ton départ au states avait créé un grand vide dans ma vie et j’avoue qu’il est devenu le socle masculin que tu n’étais plus. Quand il a voulu que notre relation évolue, un an après notre rencontre, j’ai dit non car tu venais de te marier et je ne voulais pas qu’il soit juste un pansement pour mon chagrin d’amour. Mais je me suis rendu compte qu’il représentait tout ce que je voulais chez un homme. Ton fantôme, notre écart d’âge, ses femmes, plus rien ne me faisait peur, et je lui ai dit oui.
• C’est vrai que sa famille t’en faisait voir de toutes les couleurs ?
• Pour ça, il fallait qu’ils me voient ou qu’ils s’approchent de moi. Pape Fara m’a surprotégée. Ses femmes ont fait courir toutes sortes de rumeurs désagréables à mon sujet, au moment où je parcourais le monde avec mon mari, les plus belles villes, les plus belles plages, les meilleurs restaurants. Des endroits que je n’avais jamais imaginé de ma vie.
• Ouch ! cette flèche est pour moi !
• Si si mdr sa ngaka bi, elle a vécu tout ça ! Quand on était au Sénégal, j’avais mon tour de 2 jours comme les autres, mais quand il voyageait ce qui arrivait très souvent car il se soignait en France, c’est moi qui l’accompagnais. Il avait des problèmes cardiaques mais il disait que ma présence dans sa vie était le meilleur médicament. Il m’a mis au courant de toutes ses affaires, me poussant dans mes études, m’aidant à investir dans tout et n’importe quoi, il avait un très bon flair. On était dans le social aussi avec sa fondation, nous investissant à fond dans l’aide humanitaire, Il m’a appris la vie, les bons et les mauvais côtés ! Et j’étais heureuse Mactar…
• Alors pourquoi, il t’a amenée vivre à Pekesse, si loin de tout ?
• C’était mon choix, il ne m’a rien imposé. C’est là-bas qu’il est né et il voulait vivre ces derniers moments dans son village natal. Les docteurs ne pouvaient hélas plus rien pour lui, les médicaments ne faisaient presque plus effets. Ses femmes et ses enfants n’ont pas voulu quitter la capitale et ses lumières. Mais moi j’avais déjà l’habitude de venir à Pekesse avec lui, et j’adorais cet endroit. Le calme qui y règne, la loyauté de ses gens, le réconfort familial de ses proches. J’ai pu trouver un poste pas loin, à Mékhé, au CM Mékhé 2, et on a vécu des moments inoubliables, de joie mais aussi de tristesse.
• Il est mort comment ?
• Sa petite dernière devait se marier. Comme il ne s’agissait que du wakhtane(pourparler), il lui a demandé de faire venir les parents de son fiancé à Pekesse, car lui avait beaucoup de mal à se déplacer, à cette période-là, mais sa mère et elle, l’ont mal pris. Elles ont fait un gros scandale, criant le manque de considération, d’amour de Fara à leur égard, tout ça à cause d’une « pute » comme moi. Pour calmer la tension, il a décidé d’y aller. Je regrette tellement de l’avoir laissé faire, je savais que la moindre tension ou inquiétude pourrait l’achever… mais je ne pouvais l’empêcher d’aller dans ce nid de vipères. il était décidé.
• …
• Il est mort avant la discussion, alors qu’ils attendaient les invités au salon.
• Je suis désolé poussin.
• Je savais qu’elles le pousseraient à bout… j’ai fait le deuil à Pekesse rien que pour ne pas subir leur méchanceté, et après avoir distribué l’héritage comme bon leur semblait, ils m’ont mise dehors de la maison, pensant que damaye torokh (me faire du mal). Ils ont fait circuler la rumeur comme quoi Fara ne m’avait rien laissé. J’ai demandé une mutation et je suis venue à Thiès.
• Connaissant sa famille, il aurait du prendre ses précautions concernant l’héritage…
• Il l’a fait, me coupa-t-elle en souriant tendrement. Des placements, des actions, cet immeuble…
• Tu veux dire que l’immeuble en entier est à toi ?
• Oui. J’ai fait moi-même les plans ! c’était ma première création immobilière
• Il y’en a eu d’autres ? demandais-je presque choqué
• Des maisons oui, un peu partout au Sénégal. Et pleins d’autres investissements qui, à l’époque, semblaient extravagants mais qui ont fait que même mes arrières petits enfants peuvent ne pas travailler et ne pas être dans le besoin.
• Tu es sérieuse ??
• Mais ce n’est que des sous, du matériel, j’aurais tout donné en échange de sa vie
• …
Je ne savais plus quoi dire. Qui aurait pu penser tout ça, quand on la voit vivre si simplement, sans chichi. Cette femme me choque ! Mais si je suis honnête avec moi-même, je dirais que je ne suis même pas étonné. Je ne l’ai pas choisi par hasard pour qu’elle soit ma femme, les qualités qu’elle avait déjà étant enfant, s’étaient juste développées au contact de son ex-mari. Je comprends aujourd’hui pourquoi elle disait lors de notre dispute : « ki nguaye diémeu touteul, dafma yaar, défaar ma, yaw ngua maye djeurigno taye (tu profites aujourd’hui de l’œuvre de l’homme que tu cherches à minimiser). Finalement, il devait être quelqu’un de bien, ce pape Fara, que la terre lui soit légère ! mais désormais, Rabi Niang est à moi, et j’ai bien l’intention de tout faire pour qu’elle le reste ! Il est temps que je lui montre le meilleur de moi-même.

Tout à un sens, Allah ne fait rien au hasard.

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