dim. Sep 27th, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

Plan B – Partie 09

12 min read

Je me gare maladroitement devant chez les parents de Hassanatou. Je me sens tellement con que je n’arrive pas à y croire. Comment elle a pu, comment elle a pu me faire ça ? Si elle m’avait parlé de sa grossesse j’aurai pu l’aider et l’épouser après son accouchement mais là, ce n’est juste pas possible. Je me sens tellement con.

Je retrouve ses parents et d’autres personnes dans le salon après les salamalecs, son père me présente à ses tantes et oncles venus du village pour le mariage. J’ai eu encore plus mal pour eux… mais il fallait qu’il sache

– Ngenn diégalma wayé takk bi meunatoul nekk ! Vous allez devoir m’excuser mais il n’y aura pas de mariage !

– Quoi ?! Cria le père en se levant

– Pourrai-je vous parler en privé Tamba ?

– Il n’y a rien à cacher ici ! Dites-nous pourquoi vous voulez plus épouser notre fille !

– Elle vous le dira ! Je veux juste que vous parliez avec elle parce que je ne suis pas prêt à lui pardonner ce qu’elle m’a fait ! J’annule le mariage !

– Ni rek ngenn mell ! Vous êtes tous comme ça, vous des menteurs ! Ma fille ne t’a rien fait pour mériter ça ! Cria le père

– Vous croyez ? Appelez votre fille et demandez-lui pourquoi j’annule le mariage !

– Je connais ma fille ! Elle n’a rien fait de grave. C’est une fille bien…

– Salam ‘Aleykum, fit la concernée en s’avançant vers son père

– Waw kay Hassana vient là. Ton ami là dit qu’il va annuler le mariage, tu peux nous expliquer ? Questionna sa mère la voix tremblante

– Maman, il m’a droguée quand j’étais chez lui et il m’a violée ! Je suis enceinte de lui, sortit-elle me laissant bouche bée

– Astaghfiroullah ! Dis-je en me levant

– Laylaylaaaaw ! Ay goné gui loy wakh ni ? Hurla sa tante

– Je te jure maman ! Il m’a proposée de l’épouser pour camoufler la grossesse et j’ai accepté !

J’étais tétanisé, je ne savais pas quoi dire pour me défendre. Quelle menteuse cette fille ! Mais dans quoi je me suis fourré ?!

– Sett nga Ya’Allah ci li ngay wakh ?

– C’est toi imam, c’est toi !!! Insista-t-elle en pleurant de plus belle

– Je vais aller de ce pas porter plainte ! Tu ne vas pas t’en sortir comme ça ! Ajouta le père en bégayant

– Je vais vous accompagner parce que je suis quitte avec ma conscience !

Il se retourne et regarde sa fille méfiant…

– Tu n’as qu’à dire la vérité avant qu’on y aille sinon c’est toi qui vas te retrouver derrière les barreaux !

Elle n’a même pas cillé, elle confirme encore ses dires. J’appelle Rachid en chemin pour lui dire que j’avais besoin des services d’Aziz et qu’il nous retrouve à la gendarmerie de la foire.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Aziz me rejoint à la gendarmerie avec Rachid. Je leurs fais un rapide briefing de ce qui se passe, ils étaient ébahis eux aussi.

– Ki nitt la ? Est-ce que ça va dans sa tête ? Demanda Rachid

– Ki bandit woul ! On va régler ça tout de suite ! Dit Aziz sûr de lui

Je le regarde s’avancer et parler avec le commandant de la gendarmerie qui avait fini d’entendre la plaignante. C’était mon tour…

– Ce n’est pas la peine M. Sow, nous avons restauré son téléphone et vous n’êtes pas l’auteur de sa grossesse. Désiriez-vous porter plainte ? Dit-il calmement

– Non M. le commandant !

– Imam… commença Aziz

– Ca n’en vaut pas la peine !

Je regarde son père qui avait baissé la tête…

– Vous voyez de quoi elle est capable votre fille ?

Je sors du commissariat soulagé quand même. Cette histoire aurait pu prendre une tournure déplaisante même si je suis quitte avec ma conscience mais il y a des accusations qui vous poursuivront jusqu’à votre mort et ternir à jamais la réputation de tout une famille. J’ai tellement honte, je me demande comment, pourquoi je n’ai rien vu venir ?

– Cette fille est dangereuse ! Fit Rachid

– Elle n’est pas aussi dangereuse que ça. Elle n’a pas bien préparé son coup. Beaucoup d’homme se sont retrouvés en prison à cause de ce genre d’accusation. Elle n’a pas bien réfléchi en faisant ce coup…

– J’ai tellement honte…

– Ah mais y a de quoi hein… dama xamoul loula xirr ci khaléyi seuyou seyanou niou ? Reprocha Rachid. J’ai su que si je l’embauchais à la banque elle allait me créer des ennuis et je le vite dégager. Rien qu’à la regarder, on sent qu’elle n’a pas froid aux yeux !

– En fait je me sens con ! Et quand je repense à tout ce que Fatima m’a dit, je me dis qu’elle avait raison et…

– Woooy toi, ton problème c’est Fatima ! Va demander la main à cette femme qui te fait perdre la tête au lieu de faire ton orgueilleux là, lança Aziz mort de rire

– C’est fini entre nous et je ne vais pas le répéter ! Dépose-moi chez cette fille Rachid, je vais prendre ma voiture. Il faut que j’aille parler à Oumou !

– Hum Imam reconnais au moins que tu as déconné cette fois. Ça fait trois jours que tu refuses de parler à Oumou et maintenant tu veux aller la voir ?

– Ce n’est pas ton problème Rachid !

Je suis arrivé à Gaya vers 06 heures du matin juste avant la prière de Soubh. Je ne voyage pas la nuit mais il fallait que je parle à Oumou et en profiter pour me faire pardonner. Je tape à la porte de sa chambre avant d’entrer. A cette heure, toute la maisonnée est réveillée…

Je la retrouve comme d’habitude sur son tapis en train de lire le Coran. Elle ne lève pas la tête tellement qu’elle est déconnectée, elle ne semble plus rien entendre quand elle a le coran entre ses mains… je la dépasse et entre dans la salle de bain pour prendre une douche avant d’aller à la mosquée. A ma sortie, elle priait Fajr…

– Sow ! Entendis-je en finissant de porter mon Jellaba

– Sow ! Tu vas bien ?

– Alhamdoulillah, fit-elle en souriant

A mon retour à la mosquée, je trouve la table déjà dressée, du fondé comme j’aime le matin. Je le bois tranquillement avant de me servir une tasse de Kinkéliba fumante…

– Merci, c’était très bon, dis-je en déposant la tasse

– Je t’en prie Kaw ! Qu’est-ce qui t’a pris de voyager la nuit. J’ai eu tellement peur, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit quand Salma m’a dit que tu étais en route, expliqua-t-elle très calme

– Fallait que je te voie ! Viens-là, fis-je en tapotant ma cuisse !

Elle vient se poser sur moi avant d’encercler ses bras autour de mon cou. Puis, elle pose son front sur le mien avant de m’embrasser

– Tu dois être fatigué, repose-toi. Dit-elle en se levant

– Oui je tombe de sommeil. Je t’aime ! Sortis-je penaud

Elle sourit et sors de la chambre sans me répondre. Thiey Ya’Allah !

Après la prière de Fajr, je retrouve la famille autour d’un bol de mafé. Je mange avec eux dans une très belle ambiance. Je rejoins la chambre plus tard et Oumou m’y retrouve avec une tasse de thé

– Merci !

– Je suis désolé Oumou, je n’avais pas à m’en prendre à toi alors que tu ne m’as rien fait ! Finis-je par sortir au bout de quelques minutes de silence

Elle sourit et baisse les yeux comme à chaque fois qu’elle se sent mal à l’aise

– Non Kaw, c’est à moi de m’excuser. Je n’avais pas moi non plus à te parler comme je l’ai fait. Je me suis laissée emporter par la jalousie. Je ne voulais pas que tu m’imposes une jeune femme qui a l’âge de mes enfants comme coépouse… je…, elle se cache derrière son voile pour pleurer

Je me lève et pars me mettre à ses côtés avant de la prendre dans mes bras.

– Oui maintenant je me rends compte de mon énorme bêtise, je ne sais même pas ce qui m’a pris. Je suis désolé. Tu sais la place que tu occupes dans mon cœur Oumou Salamata Sow et aucune femme sur cette terre ne prendra cette place même pas Fatima !

– Tu n’as jamais été orgueilleux, ni fier. C’est juste pour punir Fatima que tu as voulu épouser cette fille même si tu l’as fait inconsciemment ! Je ne vais plus te demander de la reprendre mais goudeul diélo rek tu vas la reprendre et plus vite que tu ne le crois !

Je souris simplement, je ne veux plus de dispute entre nous. Je finis par lui raconter ce qui s’est passé avec Hassanatou, elle n’était pas surprise et elle essayait en vain de se retenir de rire

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Non rien ! Je ne veux pas qu’on se dispute ! Dit-elle en se levant

– J’ai l’impression que tu as entendu quelque chose ou je me trompe ?

– Tu demandes ou tu veux savoir ? Sortit-elle en riant

– Tu recommences ? Fatima est juste…

– C’est toi qui la nommes déh !

– Ok ! Je vais aller voir un peu ce qui se passe aux champs !

– Tout se passe bien, j’y étais hier !

– Merci ma chérie !

– Fatima m’a appelé hier, elle m’a dit que sa fille se marie. Elle voudrait que je vienne au mariage et je te demande la permission ?

– D’accord on ira ensemble à Dakar, vendredi In Shaa Allah !

Fatima Sall

 

Il était 16 heures, la maison des Dramé était bondée de monde. Omar n’y est pas allé de main morte, j’ai l’impression qu’il a invité le monde entier. La tente était pleine à craquer, les enfants étaient là, ils sont arrivés hier soir. Omar a insisté qu’ils soient présents lors de la cérémonie et il a tout fait pour qu’ils viennent à temps.

Il était l’heure, Samira fait descendre Khadija pour la cérémonie, ça se passait dans le salon principal. Y avait ses oncles, la famille de son père. Imam Khalifa était lui aussi sur place ainsi que tous les amis. Khadija s’assoit auprès de son futur et moi je me mets un peu à l’écart pour ne pas faire pleurer ma fille. Tous mes esprits se dirigent vers mon défunt mari… j’aurai donné tout l’or du monde pour qu’il soit là…

– Fatimaaaa, dit Samira en me prenant dans ses bras. Ne pleures pas chérie, tu vas faire pleurer Khadija

– Harouna…

Je ne pouvais plus continuer. Je pleurai de chaudes larmes. Les années passent mais la douleur est toujours présente. Niak rek mo metti !

– C’est bon le mariage est scellé, dit Samira en souriant. Tu vas mieux ?

J’entends Imam faire des dou’as avec sa belle voix. Je me retourne et vois Khadija qui tenait fermement la main de son mari la tête baissée. Je suis certaine qu’elle est en train de pleurer.

– Yalna Ya’Allah taxawou lenn té arr lenn ! Qu’Allah vous assiste et vous protège pour le reste ! Dit Imam en souriant

Muhammad se lève en premier et aide sa femme à se lever. Je vois qu’elle me cherche du regard. Je m’essuie le visage et par à sa rencontre

– Je ne veux pas voir tes larmes ! Rendons grâce au Tout-Puissant et prions pour Harouna qui je suis sûre est très fier de toi ! Dis-je la voix tremblante

Elle essuie vite une larme avant de se jeter dans mes bras.

– Shut pas de pleurs s’il te plait ! Va refaire ton maquillage et reviens vite !

Après les félicitations et prières, la famille de Harouna prend congé heureusement que Chams n’était pas venu sinon il aurait fait tout une mascarade, lui qui voulait Khadija pour son fils.

On se met en retrait et laisse les hommes dans le salon. Khadija et Muhammad étaient dans le jardin avec leurs invités. Je pars m’assoir entre Salma et Oumou…

– Wa yenn on peut plus voir Madina dall ? Demandai-je remarquant son absence

– Hi Cheikh déh mayouko foumou noyé légui. Cheikh ne la laisse plus respirer mais elle va bien quand même. Je l’ai vu hier ! Répondit Salma

– Alors Oumou nakamou ?

– J’aurai aimé qu’on scelle ton mariage avec Imam en même temps que les enfants ! Dit-elle en riant

– Diégalna lako ! Je ne veux même plus le voir !

– Lou xew ? Que se passe-t-il ? Demanda Marianne

– Aziz ne t’a rien dit ?

– Me dire quoi ?

– Laisse tomber kone ! Oumou merci mais légui mom j’ai pris ma décision…

– Elle ne vous a pas dit que c’est jeune de 40 ans qui court derrière elle han ? Laissa sortir Samira en riant

– Tu ne pouvais pas t’en empêcher hein ? Sa lamine bi ci bopam moy basket !

– Wa dis-nous comment il est ? S’empressa de poser Tamara, curieuse

– Il est beau, il gentil, il donne de l’argent ! Lança encore Sami

Tout le monde éclate de rire attirant l’attention des hommes dans le salon

– Et puis, il avait dit qu’il allait venir non ? Louko teuyé ?

– Samira Gabrielle Soumah do teuthie sa guémine bi ?!!! Tu ne peux pas la fermer ?

Mon portable vibre dans ma main et je me lève en sursaut

– Quand on parle du loup… retenez vos souffles nak. Thiof la lenn indil ! Khalé classe, khalé élégant !

– J’en connais un qui va mourir de jalousie ! Dit Salma en tapant les mains d’Oumou

Je sors chercher Khalil, il était en face de la maison. Habillé d’une Kiba bleu de nuit très simple avec des mocassins de couleur noire. Il est à croquer ce mec !

– Mba réro ? J’espère que tu ne t’es pas perdu ?

– Non, c’était pas très compliqué. Tu es ravissante très chère ! Répondit-il, joyeux

– T’es pas mal, toi non plus !  

Il se retourne et sort de sa voiture un bouquet de fleurs et un paquet cadeau…

– Ca c’est pour la mariée et ça pour toi ! Dit-il en me tendant une enveloppe

– Mais fallait pas te donner cette peine, ta présence suffit largement ! Fis-je mal à l’aise

– Ce n’est rien chérie, c’est pour que tu puisses préparer la valise de la marier, sortit-il avec un clin d’œil

Nous pénétrons le jardin où se trouvent les mariés. Je la présente à Khadija qui me lance un regard réprobateur mais je ne la calcule pas, elle reste quand même polie et prend les cadeaux de Khalil…

Nous pénétrons le salon et là je sens tous les regards sur moi. Je n’avais pas envie de regarder la direction de qui vous savez mais par respect je me dirige vers eux pour le présenter à Omar…

– Voici mon gendre et mon partenaire. C’est lui le père de mon beau-fils Omar Dramé. Omar voici Khalil un ami. Et là tu as le groupe antistress, Cheikh, Aziz, Rahim, Rachid, Moustapha et Oustaz (avec une petite voix), présentai-je timide. Suis-moi Khaliloulah, je vais présenter à mes copines…

Nous nous dirigeons vers les filles, elles étaient toutes sous le charme de Khalil. Oumou ne cachait pas son amusement. Je reprends ma place après avoir servir un verre de jus de bissap à mon invité…

– Fatima dinga diot sama djiko déh ! Ya ngi raye sama dieukeur dji ! Fatima tu vas bientôt connaitre mon vrai visage. Tu es en train de tuer mon mari ! Chuchota Oumou

– Hein Oumou imam ne regarde plus les vieilles comme moi, laisse-moi refaire ma vie !

– Bakhna kone !

Une heure après, je raccompagne Khalil jusqu’à sa voiture.

– Tes amis on fait de très beaux témoignages sur toi. Il parait que tu as élevé seul tes enfants sans l’aide personne. Je t’estime encore plus, diambar deugue nga !

– Diambar amoul mon cher, kou Ya’Allah diapalé réka am ! Je n’y serai jamais arrivée sans l’aide de Dieu ! Alors Alhamdoulillah !

– Ma Shaa Allah, qu’Allah t’assiste encore davantage !

– Amina Ya Rabbal Alamine ! Merci d’être venu ça m’a fait plaisir

– Le plaisir est partagé ma chérie. Ma demande en mariage tient toujours hein, glissa-t-il en ouvrant la portière de sa voiture

– On en reparlera, répondis-je en souriant

Il part et je regagne la maison. Alhamdoulillah, c’était une journée chargée mais tout s’est bien passé.

– Légui khaléyou ndaw yi niola dessé dall ? Maintenant tu as jeté ton dévolu sur les jeunes ? Entendis-je derrière moi

Je me retourne et le regarde en train de me  regarder…

–  Comme toi rek et Matay ! Dégue nga ? Fis-je en souriant

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10 commentaires on “Plan B – Partie 09

  1. Imam cela fait deux fois que tu echappes a des femmes dangereuses, fait attention car on dit jamais deux sans trois, la prochaine fois tu risqué de ne pas y echapper, hum hum… Malgre tout je suis fan de toi car je sais que tu es un homme bon, mais souvent trop de compassion affaiblit l’humain car les gens mal intentionne peuvent l’utiliser pour essayer de te manipuler , heureusement que Dieu te protege et revele leur plan au grand jour avant que ce ne soit trop tard mais fait gaffe. Bon bonne chance avec ta tigresse (Fatima) qd meme, elle au moins elle n est pas machiavelique mais je crois seulement qu elle aime un peu trop ton affaire la hahaha…

  2. oh oh je suis gate aujourd’hui, les femmes ont pris le pouvoir… c’est trop jouissif je n arrete pas de sourire. Je crois que Oumou a vu juste Imam va se remarier avec Fatima plus vite qu il ne le pense, ha ha ha ha…
    Merci Nana

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