dim. Sep 27th, 2020

Merveilles de Femme

Chroniques africaines

SOUKEUROU KOOR : PARTIE 4

10 min read

Niarel kharitou Khassim d’amour

3 jours avant le téranga de Rama…

Pour une fois apres le kheud, j’avais pu me rendormir facilement, au point que je n’avais même pas entendu Khassimou se lever et se préparer pour aller au tribunal. Au moment ou j’immergeais de ma torpeur, je sentis comme un regard ou une pression et j’ouvrais doucement les yeux.
Il était là, baissé à mon niveau et il me parlait, mais je n’entendais rien de ce qu’il me disait tellement son regard me captivait…
• Tu m’écoutes Amina ?
• Je fais mieux, je te regarde, murmurais-je
• Gueumeul yAllah, dessalale touti (gardes-en un peu pour les autres) !
• Nouma nékh lalaye djeufeundiko (je fais de toi ce que je veux) !
• Hum, en attendant lève-toi vite ta mère t’attend en bas

Ma mère…, ma mère ?! en moins d’une seconde j’étais complètement réveillée

• Wouy sama ndeye taye ma dé !!! pourquoi tu ne m’as pas réveillée plus vite, amour ? paniquais-je
• Pourquoi, elle va te tuer ? qu’est-ce que tu as encore fait soxnassi ???
• Certainement rien, c’est juste que ma mère ne va jamais chez personne si tôt et surtout pas sans avertir et je crains le pire !!! oh bébé, tu aurais pu me réveiller plus vite, shiiiii
• Calme- toi ho ! s’il y’avait eu quelque chose de grave, elle m’en aurait surement parlé et je te rappelle que voilà une quinzaine de minute que j’essaye de te réveiller !
• …
• Bon moi j’y vais ! passe une bonne journée dit-il en se dirigeant vers la porte
• Khassimou ?
• Oui ?
• Dangua ma mérer ba légui ? (Tu es toujours en colère contre moi)
• Tu n’as rien fait qui merite que je sois en colère, en tout cas pas pour le moment
• Alors pourquoi tu ne me souris pas… ?
• Parce que je me méfie de toi
• Mais…
• Défale ma limeu beug ba parer, Ok ?
• Wa bakhna…
Il partit, me laissant encore plus désorientée ! je risquais gros avec cette histoire de soukeurou koor, et j’étais persuadée que ma mère était là pour me parler de ça. Je lui ai laissé un message hier pour lui expliquer la situation, et comme elle ne m’avait pas répondu, je m’attendais un peu à sa visite mais pas si tôt ! je mis, rapidement, un meulfeu, puis je passais vérifier que Djamil dormait bien avant de descendre la rejoindre.
Dès que nos regards se sont croisés, j’ai eu chaud.
• Aminata Badara Cissé, depuis kagne ngua ma yaap (depuis quand tu te fous de ma gueule)
La dame là, elle m’a appelé par mon nom au complet et elle me parle sans me dire bonjour en plus. Il y’a une forte probabilité de chance qu’elle me décapite avant que je ne puisse lui expliquer quoi que ce soit…
• Ya Hadja, assalamou aleikoum… chuchotais-je
• Maintenant tu chuchotes, hein ? tu as de la chance que je n’ai pas encore parlé à ton mari, sinon je lui aurai conseillé de te répudier illico presto si jamais tu ne fais même que seulement envisager de faire ce truc complètement ridicule !!!
• …
• Yaw depuis quand leleu woudj doflo ? t’ai-je éduqué comme ça ? loye daw baye danou ? si tu comptes sur ça pour que ta belle-famille t’apprécie, sache que tu te leurres !! nous sommes au Sénégal, faire des terangas à tout vent c’est comme essayer de remplir un sac troué, tu peux y mettre aujourd’hui tout ce que tu as, demain si tu vérifies tu n’y trouveras rien. Les belles-familles consomment mais ne retiennent que ce qui les arrange aujourd’hui, et demain, pour eux, est un autre jour ! les gestes qui restent à vie sont la manière dont tu rends ton homme heureux, l’éducation que tu donnes à tes enfants, comment tu prends soin des tiens, le respect et la confiance que tu arriveras à instaurer dans tes relations avec ta belle-famille. Tu as intérêt à te ressaisir légui nak ! je ne vais même pas te demander ce qu’en pense ton mari car le connaissant je sais déjà qu’il n’est pas d’accord ! magoum dieumeu ngua, tu prends tes propres décisions, mais ne pense même pas m’associer à cette mascarade, ta belle-famille déssaloléne dara si bingua warer déf sa téranga !
• Wa…
• Nopile la wakh !! je n’ai même pas dormi de la nuit tellement je suis en colère contre toi ! et puis en ce mois béni de Ramadan, tu ne penses pas à aider ton prochain mais dilapider ton argent pour des futilités, désobéir à ton mari, monter la tension de ta mère ! tu penses que dingua si ame yAllah ??? yama rousslo, ou sont les valeurs que je t’ai inculquées ? tu mets tout à la poubelle, juste par concurrence ?
• Aye ya Hadja, ne dis pas ça et ne soit pas aussi en colère !!! je voulais juste savoir ce que tu en penses. J’avoue que j’ai peur d’être ridicule si je ne donne rien comme soukeurou koor mais…
• Héy !!! tu connais le sens du soukeurou koor, alors utilise le dans son vrai contexte ! dinguassi ame yAllah té in chaa Allah tu marqueras de nombreux points auprès de tes goros tchipppp comme désormais il n’y a que ça qui t’intéresse
• Wa man yaw tamite c’est toi-même qui m’a dit de bien m’occuper d’eux
• Khamm ! ce n’est pas comme ça, m’as-tu vu déjà faire des conneries pareilles ?
• Wa bakhna dégueunala ya Hadja ! mais attend qu’est-ce que tu entends par utiliser le soukeurou koor dans son vrai contexte
• Khél dou djeurigne loudoul khalate… (un cerveau sert à réfléchir)
• Hum
En effet, mon cerveau tournait déjà à mille à l’heure ! ma mère avait ce pouvoir sur moi, elle savait titiller cette corde qui me remettait très vite dans le bon sens de la marche ! depuis que Mame Kha m’avait parlé des terangas de Rama, j’avoue que j’étais tellement obnubilé par comment essayer de faire plus que ma coépouse que j’en ai perdu mon bon sens !
• Maman…
• Oui ?
• Et si on faisait cette année la prière du laylatoul khadr chez moi ?
• Pourquoi pas, je veux bien si tu ne penses pas y rajouter du superflu
• Tu vas aimer mon idée
• Alors dis-moi tout
• Dis-moi d’abord bonjour…
Elle me tira l’oreille si fort que je crus qu’elle allait me la couper ! shii ma mére dou dém ! on a fait nos plans et on a pu se mettre d’accord sur presque toutes mes idées…

La veille du téranga de Rama, ma belle-mère m’a appelée pour que je vienne y assister avec ma mère. Je ne sais pas c’était quoi le plan ni le but de ma présence, mais quand j’en ai parlé à mère, on a été d’accord sur le fait qu’on ne se laisserait jamais ridiculiser.

Le jour-J

Je n’ai jamais vu ça de ma vie ! Rama avait fait les choses en grand, ça c’est vrai, mais à quoi servaient les bongomans ? avait-elle besoin de mettre de l’ambiance pour donner un soukeurou koor ?
On aurait dit un baptême ou un mariage. Coiffée et maquillée, elle était toujours aussi belle et super bien habillée. La belle-famille a joué le jeu à la senegalaise rek, la traitant comme une princesse, mais je m’y attendais. Elle a offert à tout le monde des cadeaux de luxe, et je ne vous parle même pas de la parure qu’elle m’a donnée. J’en étais même gênée, tellement je ne savais pas ce que j’avais fait pour mériter pareil cadeau.
A la fin tout le monde était content, ça chantait, dansait ! et mes belles-sœurs lui disait la fameuse phrase : « déf nguafi lou fi kéneu meussoule déf » (tu as fait ce que personne n’a jamais fait) !! et je pouvais voir la fierté qui se reflétait dans les yeux de ma coépouse. Bah tant mieux pour elle, et je le pensais vraiment. Ma mère qui n’en pouvait plus de tout ça, me chuchota à l’oreille
• Ya hadja : amina, je vais récupérer les affaires si Adjara, elle est en bas
• Moi : oh, elle est déjà là ? c’est bien pour une fois elle a fait vite
• Ya hadja : je reviens mais je te préviens, je rentre tout suite après avoir remis les affaires à Tabara !
• Moi : wa d’accord
Dès que ma mère est revenue au salon avec ma cousine Adjara, trainant une grosse valise, Rama a perdu son aplomb. Tout son clan s’est calmé de suite. Qu’est-ce qui se passait ? pourquoi étaient-elles toutes aussi tendues ? je me posais ces questions quand j’entendis sa mère dire tout haut : « khana elle n’ose pas ? »
Un sourire machiavélique se forma sur mes lèvres !! Rama me fusilla du regard en grommelant quelque chose entre ses dents… shiii les nerfs sont tendus… j’aurais voulu m’amuser encore un moment, mais khamenani ya hadja doumassi bayi ! elle avança avec la valise que Adjara avait amené jusqu’à coté de ma belle-mère et la déposa sous ses pieds. Je sentais que toute l’assistance retenait son souffle se demandant ce qui était en train de se passer là, tout de suite. Ensuite, ma mére se tourna vers la maman de Rama
• Ya Hadja : soxna Bintou, contane nagnou torope si téranga bi. Tabark’Allah lépeu rafete na riche na, yalna rappeu ak Diameu
• Maman de Rama : lignou ware rek lagnou fi déf, bilaye, andeu ak khépp nak ! (on a fait que notre devoir et on aurait même aimer faire plus)
• Ya Hadja : li ame solo moye nagnou deneu gorgorlou si li nékh séne borome keur in chaa Allah dinagnou ame gnaboote bou barkel (le plus important est qu’elle se dévoue pour plaire à leur mari, et s’il plait à Dieu, elles auront une bonne progéniture)
• Maman de Rama : si lolou nguéne gnou fékeu, té silagnouye wéy. Rama seuy rek la khame. (nous on ne sait faire que ça, et on va continuer à le faire)
• Ya Hadja : yalna léne yallah dolile diameu, laye niane. (je pries pour qu’elles aient la paix dans leur foyer)
• Maman de Rama : amiine gno bokeu niane. Amina deneul gorgolou rek, sa maak dji diameu rek leu beuri, so toper si aye tankame Khassim garmi bi dou meusseu ame louko méti (je prie la même chose. Si Amina suit les pas de Rama, leur mari sera toujours fiers d’elles)
• Ya Hadja (avec un sourire en coin) :in chaa Allah soxnassi. (Elle se retourne vers ma belle-mère) Tabara, je vais y aller maintenant, yitté ya ngui maye khare (j’ai beaucoup de choses à faire)
• Belle-maman : Maimouna, contane na si sa présence
• Ya Hadja : dans cette valise se trouve ta commande de voiles pour votre conférence. Alhamdoulilah ça a pu arriver à temps
• Belle-maman : alhamdoulilah…
Elles continuaient de parler de la conférence religieuse que ma belle-mère organisait chaque ramadan et moi je regardais Rama, qui comprenant que je n’allais surement pas faire de téranga aussi, commençait à se détendre. Et vraiment au fond de moi, j’eus pitié d’elle. Je venais de comprendre que derrière son masque de femme forte que rien n’ébranle, même pas une coépouse, elle n’était qu’une femme qui avait peur. Peur de perdre son statut, sa dignité, ses privilèges, dans cette société pourrie ou seul l’argent et le « voyez-moi » comptent.
Après le départ de ma mère, la maman de Rama m’interpella.
• Maman de Rama : ta maman aurait pu attendre le ndoguou, khadjone nassi
• Moi : elle aurait voulu rester sakh, wayé dé sama yaye (mais maman) quand elle ne supervise pas la préparation du ndoggou elle croit que rien ne va bien se passer
• Rama : khana tes sœurs ne sont pas là pour l’aider ?
• Moi : ma mére dirige une daara depuis quelques années maintenant et pendant le ramadan, l’école ouvre ses portes tous les jours pour le ndoggou. Et les gens viennent de partout. C’est une grosse responsabilité et elle le prend très à cœur
• Maman de rama : ahhh…
• Belle-mere : Maimouna kaye yAllah mokaye faye !
• Moi : tata Bintou, je profite de l’occasion pour vous inviter si laylatoul khadr bi Samedi prochain in chaa Allah. Ce sera à la maison. Rama yaw mome douma la inviter ndakhter sa yeuf leu aussi tu vas venir gnou défare ba mou bakh (rama je ne vais pas t’inviter car tu va venir tout organiser avec moi)
• Belle-mère : ndeyssane, li raféte na. Khassim dé dina si contane (ça fait plaisir de vous voir uni mes belles-filles, je suis sûre que votre mari en sera heureux)
• Moi : aduna amoule solo maman, Rama sama maak la. Té gno bokeu banekh mouye sougnou djeukeur. (Maman, Rama est ma sœur donc c’est normal. En plus on ne vit que pour rendre heureux notre homme)
• Rama : ce sera avec plaisir, rakou djambour (petite soeur)
• Moi : ta bintou ?
• Maman de Rama : in chaa Allah ma cherie dinagnou gneuw ak diameu (on viendra avec plaisir)

Légui nak ndiarél yi gno ayer, dina wane Rama ak yayame comment les deuxièmes assurent pendant le Ramadan (désormais c’est au tour des deuxièmes femmes de gérer et on va montrer à Rama et à sa maman comment on assure) …

A suivre…

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12 commentaires on “SOUKEUROU KOOR : PARTIE 4

  1. Man rama xamouma foumouy fayei au borom
    J’attends de voir la suite avec impatience
    Merci pr la partie exquise

  2. Mane dal je sens k nana et maya niarel yi lagnou faral Ah Louy li awo yi melougnou ni dh en général elles sont les plus matures et plus responsables. Ndakh tamite gno djitou. Lol

  3. Aah li foorna.. niarel todj nafi.. wayei tamit leipeu thi ya hadja rek leu sou fekkone yenene yayi la daf koy encourager si concurrences yoyou nga khamni amoul beneu sens..

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