Merveilles de Femme

Histoires africaines

COEUR SOMBRE

COEUR SOMBRE – PARTIE 04

De l’autre côté de la ville, Khassimou arrive chez sa mère, le souffle court, le front perlé de sueur. Dame Maimouna Hanne, assise dans son bureau aux murs ornés de cadres dorés et de tapis luxueux, porte une somptueuse robe en lin bleu nuit qui souligne sa prestance. Elle lève les yeux de ses comptes lorsque la porte s’ouvre brusquement, son fils entre, l’air désemparé, le visage marqué par des hématomes naissants, les vêtements froissés témoignant d’une lutte récente.

— Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui t’est arrivé ? demande-t-elle, la voix tremblante d’inquiétude mêlée d’impatience, posant son stylo sur le bureau.

— Maman, s’il te plaît… appelle la mère d’Amina et parle avec elle ! Il n’y a plus de mariage ! pleurniche-t-il, les mains tremblantes, les larmes roulant sur ses joues tuméfiées.

— Comment ça, il n’y a plus de mariage, Khassimou Diagne ? Qu’est-ce que tu as encore fait, bon sang ? explose-t-elle, se levant d’un bond, ses lunettes glissant sur son nez.

— Maman… je… je ne sais pas comment Amina a découvert ma relation avec Awa… mais son frère m’a sauté dessus et m’a tabassé ! C’est lui qui m’a dit que le mariage était annulé ! balbutie-t-il, honteux, baissant les yeux.

Maimouna le fixe, les poings serrés, une colère froide montant en elle. Elle fait les cent pas dans la pièce, ses talons claquant sur le carrelage.

— Je savais que tu étais un incapable mais je ne pensais pas que tu serais assez bête pour laisser filer une telle opportunité ! L’entreprise est presque en faillite ! J’avais eu l’ingénieuse idée de te faire entrer dans la prestigieuse famille Bathily pour nous mettre à l’abri… et tout ce que tu trouves à faire, c’est courir après des prostituées jusqu’à te faire prendre la main dans le sac ? Tu viens pleurnicher devant moi comme un gamin ? Yaw yaye kassara rek, Khassimou ! Tu es un vaurien, un pauvre con, un imbécile fini ! Légui… comment penses-tu que je vais réparer tes bêtises, hein ? gronde-t-elle, sa voix résonnant dans le bureau.

— Je suis vraiment désolé, maman… gémit-il, se tordant les mains.

— Ta gueule ! coupe-t-elle sèchement, levant une main pour le faire taire.

D’un pas décidé, Maimouna quitte le bureau, laissant Khassimou seul avec sa honte. Elle se rend dans sa chambre, se place devant sa coiffeuse remplie de parfums coûteux et retouche son maquillage avec des gestes précis, appliquant une couche de rouge à lèvres corail pour masquer sa colère. Elle se parfume, ajuste ses lunettes de soleil et attrape son sac Hermès.

Quelques minutes plus tard, elle se gare devant la demeure des Bathily. Le jardin témoigne du mariage avorté, des employés démontent des bâches blanches. Maimouna, le menton haut, pénètre dans le salon où Salma est assise avec Oustaz Khalifa et Rachid Bathily.

— Assalamou Aleykum ! lance-t-elle, feignant la gêne, sa voix trahissant pourtant une détermination féroce.

Rachid l’ignore ouvertement, le visage fermé, les yeux fixés sur un point invisible. Seuls Salma et Oustaz lui répondent d’un murmure poli.

— Mme Bathily, comment allez-vous ? demande Maimouna, adoucissant sa voix.


— Ça va ! répond Salma sèchement, les bras croisés, le regard perçant.

— Je sais que vous êtes fâchés, c’est compréhensible… mais ce n’est qu’une erreur. Khassim n’a rien à voir avec cette fille. Ce sont ses ennemis qui lui ont tendu un piège. Je vous jure, rien n’est vrai, c’est un malheureux malentendu ! balbutie-t-elle, les mains tremblantes.

Rachid se tourne lentement vers elle, lançant un regard glacial à Salma, qui se tait immédiatement. Oustaz reste silencieux, observant la scène. Rachid redresse la tête, sa voix grave et autoritaire brisant le silence.

— Mme Hanne, avec tout le respect que je vous dois, je ne suis pas né de la dernière pluie. Mane ma makk thiéré, massé ak lalo, xamé na bouniou bodji ak bouniou sadj ! Il n’y aura pas de mariage. C’est mon dernier mot et merci de disposer, nous discutons en famille !

— Monsieur Bathily ! tente-t-elle, sa voix trahissant son désespoir.

— Madame Hanne, je suis déjà énervé alors ne m’en rajoutez pas ! coupe-t-il, un doigt pointé vers la porte.

Humiliée, Maimouna quitte la maison des Bathily, le pas rapide, son sac serré contre elle. Dans sa voiture, elle frappe le volant de rage, les larmes brouillant sa vue derrière ses lunettes.

— Pourquoi mes enfants sont-ils tous des incapables ? Regarde ce qu’a fait cet imbécile de Khassim ! Et Oulèye avec toute sa beauté… elle n’est même pas capable de séduire les hommes les plus riches du pays. Elle s’est fait engrosser par ce bon à rien qu’elle appelle son copain… mais je lui ai dit que cet enfant ne verra jamais le jour ! murmure-t-elle, les poings crispés.

De retour chez elle, elle trouve Khassimou prostré dans le bureau et sans un mot, elle lui assène deux gifles retentissantes.

— Imbécile ! Tu viens de faire tomber tous mes projets à l’eau ! hurle-t-elle, les yeux injectés de fureur.


— Je suis désolé ! gémit-il, reculant sous l’impact.

Un autre coup entre les jambes cette fois, le fait se tordre de douleur. Sa sœur Oulèye accourt, alarmée par les cris.

— Mais lou xew fi ? Qu’est-ce qui se passe ? s’exclame-t-elle, les yeux écarquillés.


— Il n’y a plus de mariage ! Vous êtes tous des incapables, des enfants que j’ai faits pour rien ! Mon Dieu, je n’arrive pas à y croire ! Ton frère s’est fait prendre par sa fiancée en train de coucher avec une prostituée et toi, pauvre conne, tu t’es fait engrosser par ce vaurien que tu dis aimer ! Yenn dou ngenn sakh rous ! crie Maimouna.

— Les chiens ne font pas de chats ! lance Oulèye, dédaigneuse, croisant les bras.


— Pardon ? s’offusque Maimouna.


— Oui, maman, tu ne vaux pas mieux que nous ! Tu as tué la première épouse de notre père, ruiné papa avant de le jeter… et tu espérais quoi ? Que Dieu te laisserait dérouler sans problème ? Tout ceci n’est que le résultat de tes sales coups, assume ! conclut Oulèye, la voix tremblante mais ferme.

— Somaka wakhaté ma dague salou bone ! menace Maimouna.


— La vérité fait mal, n’est-ce pas ? Comme dit l’adage, fais et on te fera ! Et pour toi, Adja Maimouna Hanne, ce n’est que le début ! réplique Oulèye avant de tourner les talons.

Khassimou gît toujours au sol, gémissant de douleur. Maimouna reste figée, bouche bée, son autorité ébranlée pour la première fois.

Chez les Bathily, Amina rejoint ses parents au salon, les yeux rougis, elle se blottit contre son père.

— Alors ? questionne-t-il doucement.


— Ça va, papa… j’ai vu la mère de Khassim… qu’est-ce qu’elle venait faire ici ? murmure-t-elle.


— Elle était venue négocier, d’après ce que j’ai compris. Ça confirme mes soupçons, cette femme et son fils sont de mèche, une bande de malfaiteurs ! s’emporte Rachid.

Salma et Oustaz échangent un regard inquiet.

— Au lieu de s’excuser pour le comportement de son fils, elle a tenté de le défendre. Quelle famille ! s’indigne Oustaz.


— Ya’Allah kou beuri soutoura la… si tu étais entrée dans ce mariage, je ne sais même pas ce qu’ils seront capable de te faire ! ajoute Salma.


— Ya’Allah lou geuneu rek lay def ! dit Oustaz, calmant l’atmosphère.

Amina relève légèrement la tête, l’air pensif, puis propose doucement…

— Papa, je pense que je vais aller à Gaya avec tonton Khalifa. Passer quelques jours avec tata Oumou et les enfants du daara me ferait du bien !

Rachid fronce un sourcil, intrigué…

— Tu penses vraiment que c’est une bonne idée ?


— Laisse-la y aller chéri, je suis sûre que les bouillies de Oumou Salamata après la prière de Fajr lui feront du bien ! rassure Salma, un sourire nostalgique aux lèvres, perdue dans ses souvenirs.

Oustaz ajoute avec chaleur

— On sera très heureux de t’accueillir à la maison, In Shaa Allah.

Amina esquisse un faible sourire, retrouvant un peu d’énergie…

— Alors je vais faire mes valises ! décide-t-elle.

Elle quitte le salon, laissant Rachid inquiet, ses yeux suivant sa silhouette frêle. Il se tourne vers Salma, cherchant un réconfort muet.

— Je sais que tu es préoccupé et moi aussi mais cette petite retraite spirituelle lui fera énormément de bien. Elle nous reviendra en pleine forme, j’en suis certaine, le rassure Salma, posant une main sur la sienne.


— D’accord… je n’ai pas le choix de toute façon ! soupire-t-il, passant une main sur son visage fatigué.

Salma, taquine, lui lance un sourire complice :

— Danga beugeu dome ba diakhal ma ! Tu aimes trop tes enfants !


— Ils sont ma chair, mon sang, mes veines ! J’aurais donné tout ce que j’ai pour ne pas les voir souffrir ! déclare Rachid, la voix empreinte d’émotion.

À ce moment, Cheikh Bathily et son épouse Madina entrent dans le salon, interrompant la gravité du moment.

— Ma Shaa Allah ! Dangay dieum mak, di geuneu joli cœur Bathily ! s’exclame Cheikh, un sourire taquin aux lèvres.


— Fiche-moi la paix, pauvre con ! lance Rachid, un rire forcé échappant malgré lui.


— Assalamou ‘Aleykum ! salue Madina d’une voix douce, apaisant l’atmosphère.


— Waleykum Salam, Aidara, comment vas-tu ? répond Oustaz en se levant pour l’accueillir.


— Je vais bien, Oustaz… j’ai eu Oumou au téléphone ce matin ! répond-elle, s’asseyant gracieusement.


— Je vais bien, Alhamdoulillah ! Cheikh Bathily ! dit Oustaz, serrant la main de Cheikh avec une fermeté amicale.


— Oustaz ! Lou bon ? demande Cheikh avec un sourire espiègle.


— Tu peux, s’il te plaît, soigner ton langage quand tu me parles ? Je t’ai dit des milliers de fois que je ne suis pas ton égal, nékal nitt nak ! corrige Oustaz, un sourcil haussé.


— Pardon, Imam Khalifa ! Alors, ça va ? Comment s’est passé le voyage ? s’excuse Cheikh en riant.


— Bien, Alhamdoulillah !


— J’espère que tu as voyagé en Business Class cette fois ? insiste Cheikh, taquin.


— Toi, tu as des problèmes de classe et consorts, moi j’ai d’autres soucis ! rétorque Oustaz, un sourire en coin.

— Je ne veux que ton confort ! Bref… Rachid, tu disais que le mariage est annulé. Que s’est-il passé ? change-t-il de sujet.

— On avait affaire avec une famille d’imposteurs ! Khassim n’en avait que pour l’argent et le nom de la famille ! répond Rachid, les mâchoires serrées.

— Pourquoi ça ne me surprend pas ? Ce gars, tu le regardes et tu sais qu’il n’a rien dans la tête ! Et puis… Rachid, il  n’y a que toi qui ne connais pas Maimouna Hanne ! dit Cheikh, secouant la tête.

— Comment ça ? demande Rachid, intrigué.

— Elle ne cherche que des hommes friqués pour investir dans son entreprise, une caisse vide qui va bientôt s’effondrer. Elle a même envoyé sa fille Oulèye Diagne pour me séduire mais j’avais déjà vu clair dans son jeu ! révèle Cheikh, un rire amer dans la voix.

— Lolou déh meusso maka wakh ! Tu ne me l’avais jamais dit ! s’écrie Madina, feignant l’indignation.

— Tu vois… heureusement que je le dis ici, sinon tu serais capable d’aller trouver cette pauvre fille et lui faire la fête ! plaisante Cheikh.

— Et pourquoi « pauvre » ? s’offusque Madina, croisant les bras.

— Parce qu’elle se fait manipuler par sa mère, c’est évident ! Baybe, calmos, mane yaw rek la nop ! Je n’aime que toi ! la rassure-t-il, posant une main sur son épaule.

— N’empêche, je t’ai à l’œil, Cheikh ! riposte-t-elle, un sourire en coin.

Salma et Oustaz éclatent de rire, l’ambiance s’allégeant un instant. Rachid, lui, reste préoccupé, l’esprit déjà focalisé sur les manigances de Maimouna et Khassimou. Il sort son téléphone de sa poche

— Qu’est-ce qu’il y a, chéri ? demande Salma, une ride d’inquiétude marquant son front.

— Rien ! marmonne-t-il avant de se lever et de rejoindre son bureau, Oustaz sur ses talons.

Salma et Cheikh échangent un regard perplexe.

— Lane mo xew ? Que se passe-t-il ? questionne Cheikh, fronçant les sourcils.

— Je me pose la même question ! réplique Salma, haussant les épaules.

Rachid est assis dans son bureau, la pièce éclairée, remplie de livres religieux et de dossiers. Il se tient la tête entre les mains, le souffle court, complètement secoué. Oustaz Khalifa s’installe en face de lui, observant son ami avec inquiétude.

— Je ne sais pas ce qui m’a pris… Je me suis fié à ce que Khassim m’a montré. Il a récité le Coran plusieurs fois dans cette maison, dirigé des prières, on parlait de sourates, de versets, de hadiths, de la jurisprudence islamique… nékété yoo, le gars c’est un marchand de rêves ! Un usurpateur, un faux type, et pire encore, un dealer ! Je m’en veux, je m’en veux de ne pas avoir enquêté sur cet homme ! C’est Allah qui a sauvé ma fille, j’en suis convaincu ! confesse-t-il, la voix brisée.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demande Oustaz, se penchant en avant.

— Je viens de recevoir le rapport de Salih… et ce qu’il dit est vraiment inquiétant. Ce gars, c’est tout ce qu’il y a de mauvais et sa mère est pire encore. Elle a ruiné le propriétaire de « Diagne Immo » avant de l’abandonner presque mort ! révèle Rachid, les yeux écarquillés de stupeur.

— Allahou Akbar ! s’exclame Oustaz, portant une main à sa bouche.

— Je suis tout aussi choqué. Je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas sentir qu’il y avait quelque chose qui clochait ! ajoute Rachid, frappant doucement le bureau de son poing.

— Y a de quoi, hein ! Mais ne t’inquiète pas pour ça, Amina est très forte, elle s’en remettra. Quelques jours à Gaya lui feront beaucoup de bien. Ta fille te reviendra en forme et pimpante, tu verras ! le rassure Oustaz, posant une main apaisante sur son épaule.

— In Shaa Allah. Je fais confiance à Oumou et à toi ! Et Fatima, comment va-t-elle ? demande Rachid, cherchant à changer de sujet.

— Elle va bien, elle est toujours avec Khadija en France ! répond Oustaz, un sourire discret aux lèvres.

— Alhamdoulillah !

— Wayé lenn amna ! Dama beugeu takk niatél mais gnémé wouma Fatima ! Je veux prendre une troisième épouse mais je crains la réaction de Fatima ! confesse-t-il enfin, baissant la tête, gêné.

Rachid éclate de rire malgré son état, un rire qui résonne dans la pièce, brisant la tension. Il regarde Oustaz, l’air amusé.

— Mais ? Bref, juste une question, Khalifa. Pourquoi toutes ces femmes ? Je veux dire, pourquoi vouloir collectionner des épouses alors que tu en as déjà deux, deux femmes extraordinaires, Ma Shaa Allah ! Je ne vois pas l’importance de s’attirer des ennuis. Tu en as déjà bavé avec Fatima et maintenant les enfants sont grands, tu as même des petits-enfants. Qu’est-ce qu’une autre femme pourrait t’apporter que tu n’as déjà ? interroge-t-il, sincèrement curieux.

— Sa yone nékou ci ! Ce ne sont pas tes problèmes, je ne sais pas ce qui m’a pris de te raconter ça ! Et puis, comment un monogame peut prodiguer un conseil à un polygame ? rétorque Oustaz, riant de sa propre confession.

— Balma akh ! Pardon ! s’excuse Rachid, levant les mains en signe de paix.

— Et puis tu as raison, Fatima va me tuer, c’est clair et Oumou aussi ! admet Oustaz, secouant la tête.

— Heureusement alors ! Bon, il y a autre chose qui me tracasse un peu. D’après les informations que je viens de recevoir, la maison où habite Maimouna est en vente et je viens de me rendre compte que c’est celle que je m’apprêtais à acheter ! confie Rachid, fronçant les sourcils.

— Comment ça ? s’étonne Oustaz, se redressant.

— Elle est vendue par M. Diagne, propriétaire de la maison et l’un de nos plus gros clients à la banque. Et pire encore, le terrain qu’occupe son entreprise est aussi en vente. Il m’a proposé de m’occuper des constructions, trois immeubles qu’il mettra en location ! explique Rachid, passant une main nerveuse dans ses cheveux.

— Mais ?

— Je suis confus, Oustaz. Et il y a pire, c’est sa belle-mère et Maimouna ne sait pas que ses biens sont tous en vente même sa voiture ! ajoute-t-il, la voix tremblante d’incrédulité.

— Rachid ? s’enquiert Oustaz, un soupçon d’alarme dans le ton.

— Je sais à quoi tu penses  et non, je ne le fais pas par plaisir. On en a déjà parlé avec M. Diagne, il ne manquait plus que de signer les papiers. C’est le contrat que ton homonyme devait négocier ce matin… Je pense à me retirer ! Sur les papiers originaux, il est mentionné « Kalthoum Prestige », alors que sur ceux de Maimouna, présentés pour un prêt à la banque, il est écrit « Diagne Immo » ! révèle-t-il, tapotant un dossier sur son bureau.

— C’est très compliqué, ça, Rachid. J’espère que cette femme ne va pas penser que tu veux te venger d’elle. Et fais attention, elle est très dangereuse ! prévient Oustaz, les yeux plissés.

— Je sais et je ferai attention ! promet Rachid, un soupir lourd s’échappant de ses lèvres.