L’amour ne se commande pas – Partie 01

Je marchai à grand pas dans les ruelles bondées de notre quartier parcelles assainies unité 11. Je marchai sous ce chaud soleil de midi vers chez ma meilleure amie Fama. Il faut que je parle à quelqu’un sinon je vais devenir folle, j’en ai plein dans la tête et dans cœur aussi. J’ai besoin d’une oreille attentive et Fama a toujours les mots justes pour réconforter

J’essaie de la joindre depuis trois jours mais je tombe toujours sur sa boîte vocale. Je pense que son portable ne fonctionne plus sinon elle m’aurait rappelé. J’espère juste qu’elle va bien. Elle ne pouvait pas un jour sans prendre de mes nouvelles.

Je pris la dernière ruelle avant et fis face à sa maison mais bizarrement y avait une tente bien décorée devant la maison et il y avait déjà du monde. Les voisins du quartier commencèrent à me regarder sans gêne plus j’avançai plus je les vis murmurer entre eux en me dévisageant. Ce que je lisais dans leurs yeux ne semblait pas être une simple curiosité mais plutôt de la pitié ou de la compassion. J’entrai sans arrière-pensée dans la maison en récitant quelques versets pour me protéger.

– As-Salamou ‘Aleykum Mariétou comment tu vas ? Wa lou khew fi ? (Que se passe-t-il ici ?) Je suis venue voir Fama ça fait des jours que je ne l’ai pas vu et je tombe sur sa boîte vocale quand je l’appelle. Dis-je en saluant sa cousine

– Tamara ! Euh…. Fama… ne… ne t’as rien dit? Demanda-t-elle pour répondre à ma question

– Me dire quoi ?

– Ke… euh… qu’elle se marie… aujourd’hui ? Dit-elle gênée sans même prendre la peine de me regarder

– Non elle n’ose pas khana ? Fama sort yaw, tu n’oses pas te marier sans prendre la peine de m’informer ? Allez sort way ! Li noko meuner ?

Je la vis sortir très sublime dans une taille basse rose fuchsia, très raffinée.

Fama Sow est d’une beauté envoûtante même avec ces 1m67, de teint clair grâce de la dépigmentation très bien faite, j’avoue qu’elle dépense une forte somme tous les mois pour ses gammes de beauté. Elle a des formes très on va dire trop généreuse qu’elle tient de ses origines Laobé et on dirait que tous les hommes de Dakar sont à ses pieds mais elle ne cherche qu’un homme qui serait capable de lui faire sortir de la misère comme elle aime bien dire.

Fama et moi sommes amies depuis l’école primaire et aujourd’hui 20 ans qu’on se fréquente. Malgré son caractère bien trempé elle a toujours ce quelque chose pour me faire sourire. Elle a toujours été là pour moi. On a pleuré ensemble, rit ensemble, danser ensemble. Nous nous partagions nos petits déjeuners et s’échangions plusieurs fois nos habits. Elle connaît tout de moi je ne lui cache absolument rien et je crois connaître tout d’elle même si maman me disait souvent de faire attention à elle, qu’elle ne la sentait pas du tout.

– Fama Sow c’est vrai que tu te maries aujourd’hui? Posai-je encore n’arrivant pas y croire

– Oui ! Cria-t-elle presque

– Mais ? C’est quoi le problème ? C’est le stress ou bien ? Tu te maries avec qui même ?

– Dimbalima ! (Fous-moi la paix) Je me marie avec Demba Kane ! C’est ce que tu voulais entendre non et c’est ce qui t’amènes aussi ? Sortit-elle avec furieuse

Sonnée, je n’ai pas du tout compris sa dernière phrase, mon cerveau refusait tout simplement de le capter. Demba Kane ? C’est qui Demba Kane ?

– Bane Demba Kane, Fama ?

– Ton mari ! Où même notre mari très chère ! Hurla-t-elle devant tout monde

– Ah ! Je te souhaite un très bon mariage Fama Sow ! Dis-je calmement essayant de retenir mes larmes

Je sortis de la maison sous le regard curieux des invités. Je levai la tête très haute me souvenant de la dernière phrase de maman

« Reste digne dans la douleur, ne laisse jamais tes ennemies rire de ton malheur ! »

– Ya’Allah faites que je ne tombe jamais devant mes ennemies et donnez-moi la force d’arriver jusqu’à chez moi saine et sauve ! Ne cessai-je de dire en sortant de la maison

J’étais étourdie et nauséeuse. J’étais enceinte de quatre mois et mon ventre se voyait à peine. Je suis arrivée chez moi fatiguée et très en colère mais que pouvais-je faire ? Plus rien ne m’étonne de ce voyou qui me serre de mari. Quand je pense qu’hier même je l’ai surpris en train de sauter ma bonne dans notre chambre conjugale, sur notre lit, j’en vomis encore.

J’entrai chez moi et je trouvai aussi du monde dans le salon. Je ne pris même pas la peine de saluer ces personnes et je partis m’enfermer dans ma chambre toute la journée et bizarrement les larmes n’arrivaient pas à sortir j’avais les yeux effrontément secs.

L’odeur du « Thiébou Yapp » (riz à la viande) me titillait les narines mais je n’avais pas l’intention de manger cette nourriture qui venait de chez Fama. J’avais horriblement faim mais je vais attendre que la nuit tombe pour que je puisse me faufiler discrètement afin que personne ne me voie sortir de la maison.

Quelques coups la porte mirent fin à la tranquillité. Je me levai et allai ouvrir

– Qu’est-ce que tu fais là alors que les gens ont besoin de toi dehors ? Hurla ce torchon qui me sert de mari

– Je suis fatiguée Demba alors ne me casse pas les oreilles ! Répondis-je

Il me tira par le bras et jeta hors de la chambre, j’atterris directe sur les genoux de ma sorcière de belle-mère. J’allais dire heureusement mais elle me poussa hors d’elle et je tombai en quatre pattes devant elle manquant de justesse d’entrer dans le bol de riz humiliation n’aurait été aussi pire.

– Domaram dji nga done mane ngay tontou ? (Bâtarde, c’est moi que tu réponds comme ça ?)

– Yaw diam bou bone bi ! Demb rek lala bett sama kaw diank tay ngay takk sama kharit ! (Toi maudit traitre! Je t’ai surprise hier avec ma bonne et aujourd’hui tu épouses ma meilleure amie !) Dis-moi qui de nous deux est le bâtard ici ? Répondis-je en le regardant droit dans les yeux

– Tu sais que tu viens de signer ton arrêt de mort ?

– Et toi tu sais que tu vas dégager de ma maison avec ta traîtresse de famille ?

– Ta maison ? Tu l’as perdue à jamais très chère ! Si quelqu’un doit quitter cette maison c’est bien toi ! Dit-il avec un sourire terrifiant

– La maison de ma défunte mère ? Tu te fous le doigt dans l’œil pauvre con !

Il me plaqua contre le mur devant tout le monde. Je n’avais plus de force pour me défendre

– La maison est désormais à moi ! Les papiers sont à mon nom tu l’as perdue le jour où tu as accepté de m’épouser ! Ferme-là si tu ne veux pas te retrouver à la rue ! Cria-t-il, la gueule puante

Je courus dans ma chambre et cherchai en vain les papiers de la maison. Le coffre-fort était vide à part mes diplômes et attestations rien, les papiers avaient tout simplement disparus.

Il a osé, il a osé me faire ça ? Oh mon Dieu que vais-je devenir sans cette maison qui était ma seule source de revenue ? Pourquoi j’ai été si bête ? Je me demande encore comment j’ai fait pour accepter d’arrêter de travailler pour les beaux yeux de mon mari ? Ay Ya’Allah fouma dieum mane ak sama dome ? Ay Demba nekhnama ! Demba worr nama ! (Dieu, où vais-je aller avec mon enfant ? Demba m’a trompée ! Il m’a trahie !)  Maman avait tout vu mais moi je n’ai fait que suivre mon cœur aulieu de ma raison…

Cinq mois après….

– Allahu Akbaroul-Allahu Akbar ! Appela le muezzin pour la prière de Fajr

Je stoppai net mon geste, il faisait 06h05 mn et j’étais en train de faire la lessive. Je me levai difficilement du banc où j’étais assise et partis faire ma prière du Fajr les deux unités de Rakka non obligatoire (mais qui valle tout ce que ce bas contient de bien donc une Sunnah à ne pas négliger)  avant Soubh mais qui était bénéfique. Paraît que ceux qui le prient chaque jour à l’heure ne ressentiront pas la soif au moment de l’agonie.

J’adore me lever à cette heure, humer l’humidité de la rosée, sentir qu’Allah est tout près de moi et aussi avoir l’ultime conviction qu’Il entend chacune mes prières, qu’Il les exaucera. Mon front sur le tapis m’aide à tout évacuer, peines, rancunes et haines. Je me lave de toutes impuretés.

Je finis ma prière et pris le temps de prier pour le repos éternel de maman. Je multiplie de jour en jour les Ikhlass et les Salaatul Fatihi sachant que c’est la seule chose que je peux faire pour elle et je sais qu’elle en a besoin.

Le prophète Aleyhi Salatou wa Salma a dit: « Apprenez à vos enfants leur religion pour qu’une fois que vous ne seriez plus sur terre, ils prieront pour vous ! » Allah ne refuse pas la prière d’un enfant pour ses défunts parents !

J’attendis le deuxième appel (Le liqâma) du muezzin pour faire ma prière de Soubh avant de terminer avec mes wirds. Ceci fait, je me levai difficile du banc mais la douleur que je ressentais depuis hier soir me surpris encore une fois. Je laissai échapper un cri strident avant d’aller taper à la porte de mon ancienne chambre espérant qu’ils sortent au moins m’amener à l’hôpital

– Demba ! Demba, Fama sarakhlenn ma yobou ma hôpital sonou na déh ! (Je vous en supplie amenez-moi à l’hôpital !) Criai-je derrière la porte

Personne ne sortit pour m’aider. J’allai à la chambre de la sorcière mais pareil, je tapai une dizaine de minutes mais rien. Personne ne daigna sortir de sa chambre. Je me dandinai jusqu’à ma chambre et sortis mon petit sac, une somme de 100.000fr que j’avais retiré de la banque y a plus d’une semaine.

Je me dirigeai dehors espérant trouver un taxi qui me conduira au centre de santé le plus proche mais malheureusement je ne pouvais pas marcher aussi vite et je me suis laissée tomber sur les carreaux de la devanture de la maison. Je gémissais de douleur priant que ça passe que je puisse aller vite prendre un taxi mais cette fois on dirait que j’allais accoucher d’un moment à l’autre, la douleur ne partait pas

– Soxna ci loula dall diougual ? (Qu’est-ce qui vous arrive Mme ? Levez-vous ?) Dit une voix derrière moi

– Papa damay matou balma outalma taxi ! (Papa je vais bientôt accoucher aidez-moi à trouver un taxi s’il vous plaît)

– Waw ki dou Ramatoulaye ? Ay dome lingay doundou metina ! Kharal ma dieul sama auto ma wo sama soxna mou rawalei legui legui (Mais c’est toi Ramatoulaye ? Ah mon enfant ce que tu vis est difficile! Attends, je prends ma voiture et appelle ma femme pour qu’elle t’assiste)

En deux minutes j’étais dans la voiture du vieux Ahmadou Ndiaye l’imam du quartier, un ancien ami de ma mère. Il me conduit jusqu’à l’hôpital avec son taxi « clando » seulement en sortant de la voiture j’ai remarqué que je perdais énormément de sang. Paniquée, j’ai crié de toute mes forces et puis troue noire…