Merveilles de Femme

Histoires africaines

KORKIZ - AHMA&KOKO

KORKIZ PROLOGUE

2 DECEMBRE 2000

Ce matin-là, dans le bureau du directeur de l’école, l’ambiance était lugubre, tendu : un parent d’élève hors de lui, un directeur désabusé et un élève stoïque, fougueux, sûr de lui.

• Directeur : Samb, mon ami, cela ne peut pas continuer ainsi…
• Mr Samb : Arona, je n’arrive pas à croire ce que tu me dis ! malgré sa corpulence, Ahmada n’est pas violent, il ne ferait pas de mal à une mouche !
• Directeur : alors comment expliques-tu cette 3eme convocation après juste deux mois de cours ?
• Mr Samb : comment ??
• Directeur : je vois par ton air surpris que Kya ne t’a rien dit…
• Mr Samb : tu peux me laisser quelques minutes, seul avec mon fils, stp ?
• Directeur : bien sûr, prends ton temps !

Ce n’était jamais évident pour un parent d’être convoqué à cause de l’indiscipline de son enfant et dans le cas de Habib Samb non seulement ça lui foutait la honte aux yeux du directeur qui est son ami mais il était en colère, très en colère surtout depuis qu’il savait que son ex-femme lui avait caché les précédentes convocations. Cet homme qui misait tout sur le paraitre, ne pouvait concevoir que son fils ainé fasse le voyou au vu et au su de tout le monde. Il avait l’impression de subir une humiliation, et il était hors de question qu’il laisse passer ça.

• Mr Samb : Ahmada Bassirou Samb, tu as intérêt à me donner une bonne raison à ton comportement
• Ahma : papa, je ne suis pas un voyou
• Mr Samb : je veux savoir pourquoi tu te conduis comme une personne mal éduquée, un vaurien, un délinquant, cria-t-il énervé !!! Je ne me tues pas pour payer tes cours dans cette école pour que tu ruines ma réputation
• Ahma : je n’ai fait que protéger mon frère ! c’est maman et toi qui m’avaient appris que la famille passait avant tout.
• Mr Samb : que, que, quoi ??? tu t’es battu pour protéger ton minable de cousin là ? mété djiguéne (on dirait une fillette), un grand gaillard comme lui qui ne sait pas se défendre tout seul ? il est juste bon à rien
• Ahma : c’est pour des jugements comme ça que Iba est persécuté, papa ! il est mon frère et peu importe l’image que vous voulez voir en lui, moi je sais qui il est.
• Mr Samb : crétin, tu n’as que 14 ans et tu veux endosser ce fardeau
• Ahma : il n’est pas…
• Mr Samb : si, si, il est un fardeau ! tu n’es pas un super héros, petit con, mais juste mon gosse de 14 ans en classe de 3eme secondaire à qui je demande de me ramener une moyenne de 16 au premier semestre ! Merde, je savais que te laisser vivre avec ta mère et sa follasse de sœur serait une erreur, mais je ne laisserai pas passer ça, oh que non ! tu vas me suivre, et dès ce soir tu reviens vivre avec moi

Il se leva en furie et fit l’erreur de vouloir tirer sur le col de la chemise de son fils pour qu’il le suive. Ahma attrapa son poignet fermement, et le fit se rasseoir presque violemment sur sa chaise avec une impressionnante facilité. Son père en resta pantois de surprise, il est vrai que le gabarit de Ahma était très impressionnant pour son âge, mais Samb n’en avait jamais mesuré la puissance jusqu’à ce geste à cet instant-là. Et cette manière qu’il avait de le fixer lui fit froid dans le dos. Il ne reconnaissait plus son fils, et constater l’influence de la jumelle de son ex-femme dans les gestes de son enfant lui fit peur.

• Ahma : je ne suis plus un gamin, papa. Et tu ne diras rien à Maman, car ce n’est pas sa faute si les gens sont aussi méchants. Tes 16 de moyenne, ça va je m’en occupe et je ne te décevrais pas, mais tu ne m’empêcheras pas de protéger Iba, il n’a que 11 ans, c’est mon devoir. Je suis peut-être impuissant à changer certaines choses, mais celui qui s’en prend à ma famille, je le fracasse…

Le directeur qui revenait à son bureau juste à ce moment, fut le témoin du long échange muet mais lourd de sens qui s’en suivit entre le père et le fils.

• Mr le directeur : j’espère que tu as pu parler à ton fils, Habib. Il est impératif qu’il change de comportement. S’il continue dans cette voie malgré ses bonnes notes, nous serons obligés de le renvoyer…
• Ahma : tonton Arona, je sais que mon frère dérange car il est différent des autres, alors il est plus facile de s’en prendre à nous et de me faire passer pour un voyou aux yeux de mon père. Quand vous nous avez trouvé à nous battre, j’étais seul contre 4 gaillards et pourtant je suis le seul à avoir été réprimandé, et dont les parents ont été convoqués. Dites-vous bien que tant que mon frère, qui n’a que 11 ans je vous signale, sera harcelé et que vous laissez faire, j’aurais ce même comportement. Alors mettez-nous dehors, ou faites-ce que vous voulez mais trouvez une solution. Je n’ai pas encore dit la vérité à la mère de Iba, et vous savez que son père est un avocat réputé, n’est-ce pas ? je pense que ça ne lui fera pas plaisir de savoir que son fils est harcelé à l’école car il est, parait-il, « efféminé ».
• Mr le directeur : personne n’a jamais dit qu’il était comme ça
• Ahma : si ! vous l’avez dit et je vous ai bien entendu quand vous en parliez avec la surveillante générale, ce matin même.
• Mr le directeur : euh, Habib, je crois qu’on a tout dit, bredouilla-t-il nerveusement en se tournant vers Mr Samb. J’espère que tu arriveras à redresser ce petit Ahma. Ici, nous ne voulons que sa réussite, alors qu’il ne nous pousse pas à prendre des mesures drastiques.

Encore trop choqué, par la force et l’assurance de son fils, Habib Samb se contenta alors de juste hocher la tête avant de sortir de la pièce, la tête baissée…

Il ne sut jamais par où il est passé pour sortir du collège.

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