AICHA F.I. 2 : RASSOUL

Il était déjà 23h et j’étais assis à mon bureau avec Fanta ma secrétaire qui m’avait rejoint à cause d’un document à signer en urgence et je ne pus m’empêcher de lui raconter ma rencontre avec cette inconnue.
• C’est fou à quel point je ressemblais à un gamin pour son premier émoi, racontais-je à Fanta
• Aye Rassoul, dans quel pétrin tu es en train de te fourrer encore ?
• Fanta je suis amoureux je te dis !!!
• Avec ton cœur de pierre là ? impossible
• Non mais sérieusement ! Il suffit que je ferme les yeux pour revoir le regard espiègle de cette
jeune femme et qu’une excitation d’une rare intensité me gagne. Chaque fois que son image
s’impose à mon esprit, c’est-à-dire environ toutes les dix secondes, je sens le sang affluer dans
mes veines. Ok, elle n’est pas comme les femmes que je fréquente d’habitude, mais je me
demande encore comment j’ai pu le lui dire aussi crûment. Quel con !
• Tu l’as dit !!
• Je pouvais toujours mettre cette franchise …
• Non, grossièreté est le mot qu’il faut, Rassoul
• Ok ok comme tu veux ! mais bref je pouvais mettre ce dérapage sur le compte de ma fatigue,
mais c’était autre chose et pour ne pas entrer dans les détails et te choquer pour de bon, je
peux juste te dire que tout en elle me déroutait.
• Rien que t’entendre me dire qu’elle n’est pas comme ces bimbos minces comme des roseaux
que tu fréquentes d’habitude me fait plaisir, soupira Fanta.
• Elle est petite de taille, mais sa silhouette est sensuelle et très généreuse là où elle se devait de
l’être. Elle est de teint clair mais surtout elle était sans maquillage, et ses cheveux afro longs
lâchés, lui donnaient une allure franche et naturelle. Sur le papier, elle n’a rien peut être pour
me faire perdre la tête, mais lorsqu’elle a braqué sur moi le feu de ses gros yeux noirs en
amande, j’ai presque senti mon cœur s’arrêter. Elle avait un air à la fois innocent, sain et
équilibré.
• Exactement le genre de femmes que tu fuis d’ordinaire, mon grand !
• Mais amna touti tiaye tiaye, je te jure ! quand je me suis approché d’elle presque collé serré,
elle n’a pas fui, au contraire elle a soutenu mon regard comme si je représentais un défi à ses
yeux.
• Hum, j’espère de tout mon cœur qu’elle t’a tenu tête, pria ma secrétaire
• Rire, tout le temps où je me préparais, je me demandais si elle allait rester toute la nuit ou
s’éclipser pendant que je serais dans la salle de bains ? L’incertitude à propos d’une femme
était une première pour moi, une expérience nouvelle et franchement pas vraiment agréable.
• Enfin quelqu’un qui arrive à te surprendre et à te faire cogiter, je l’aime déjà cette fille !
• Mais attends rek, même si je me suis lavé et habillé en vitesse pour enfin la rejoindre, je me
suis fait violence pour ne pas me ruer dans l’escalier afin de voir si elle était encore là, du coup, je
descendis d’un pas calme et maîtrisé.
• J’imagine rire. Mr Kebe qui stresse à cause d’une femme, tchiey yallah !
• Ce n’est pas de ma faute si les femmes m’aiment hein, mais cela faisait bien longtemps qu’une
femme ne m’avait pas regardé moi, plutôt que mon argent et ma renommée. Or, non
seulement cette fille n’avait pas paru impressionnée outre mesure par mes vêtements de prix,
mais elle m’avait carrément réprimandé.
• Alléluia !
• Je n’avais aucun souvenir de la dernière personne qui s’y était risquée.
• Je te réprimande tout le temps, moi
• Tu es l’exception qui confirme la règle, et puis tu es un ange pas une humaine
• Tchipatou ! je sens que ça t’a fait plaisir qu’elle te tienne tête !
• Ironiquement oui, j’ai aimé ça. Soit elle n’a vraiment pas la moindre idée de mon identité, soit
elle joue à faire semblant pour éveiller mon intérêt pour elle. Dans un cas comme dans l’autre,
l’effet était réussi. Je voulais savourer chaque instant de cette soirée, et j’avais l’intention de
bien profiter de l’attention totale de cette jolie lionne.
• J’espère que tu n’as pas eu ce tu veux sheut !
• Wa mais Fanta !?!
• Non c’est trop facile, Rassoul ! elles tombent toutes trop facilement à tes pieds ! à ce rythme je
me demande quand est-ce que tu vas trouver enfin la femme de ta vie.
• C’est peut-être elle hein, laisse-moi te raconter la suite :

« Quand je suis redescendu au salon, elle était à genoux sur un coussin à côté de la table basse en
marbre, occupée à enlever le papier alu ou était emballé les différents plats. Elle m’entendit arriver et
releva la tête. Elle se releva précipitamment, mais ne recula pas d’un pouce lorsque je vins
délibérément me planter juste devant elle. Mon Dieu, qu’est-ce qu’elle sentait bon ! Ses yeux se sont arrondi et ses pupilles étaient dilatés d’excitation, exactement comme je l’avais anticipé. Je priais intérieurement pour qu’elle ne cède pas trop facilement. Peut-être n’était-ce que le frisson du chasseur à l’affût qui me faisait me sentir intensément vivant pour la première fois depuis longtemps
mais en tout cas, sans particulièrement avoir l’air de le chercher, cette jeune femme avait accompli le
miracle auquel tous les joints que j’avais tirés, n’étaient pas parvenue, hier et aujourd’hui. Elle
m’avait fait oublier tous mes soucis.
• Ça vous va comme ça ? demanda-t-elle en désignant les brochettes disposées dans des
assiettes, un bol avec des oignons crus, un petit bol de moutarde et de piment, deux verres
d’eau.
• C’est la première fois que je vais manger, par terre, et surtout de la nourriture dont je ne
connais pas la provenance
Elle pivota et entreprit de ranger son pique-nique.
• Oui, c’est ce que je me disais. Un homme comme vous mange à table. Je vais…
Je la retins par le bras avant qu’elle ne remballe quoi que ce soit.
• J’ai dit que je ne l’avais encore jamais fait. Pas que l’expérience ne me tentait pas. En tout
cas, ça sent très bon
Le contact de sa peau sous mes doigts me procurait une sensation délicieuse. Dangereusement
délicieuse. Lentement, je retirai ma main.
• Asseyez-vous.
• Est-ce que les gens vous obéissent toujours ? s’enquit-elle sans s’exécuter.
• En général, oui, répondis-je avec un grand sourire
Elle me foudroya de ses yeux en amande
• Je crois bien que nékho ma darra finalement (je ne vous aime pas en fin de compte), dit-elle.
• Rien ne vous y oblige, madame.
On ne se quittait pas du regard, et rien n’aurait pu dissimuler la vibration magnétique qui nous
attirait l’un vers l’autre. Elle détourna la tête la première et reprit place sur son coussin. D’un geste
lent, elle prit une brochette et mordit un bout de viande avec sensualité. Je m’agenouillai en face
d’elle sans détourner les yeux un instant. Elle tendit sa main vers la moutarde puis vers le piment et porta à nouveau la brochette à sa bouche et je retins mon souffle. Je ne savais pratiquement rien
d’elle mais, étonnamment, ses préférences et ses goûts m’importaient soudain. Je ne connaissais rien
d’elle, carrément ! même pas son nom. J’évitais de le lui demander pour la même raison que je
n’avais pas révélé le mien : je voulais m’isoler complétement du monde extérieur. Je goutais enfin à la
viande imitant ses gestes et Dieu c’était délicieux !
• Mmmm c’est succulent ! Et où se trouve ce fameux restaurant ?
• « Roukkou » ?
• Oui ?
• Je préfère ne pas vous le dire, vous risquez de faire une crise cardiaque, répondit-elle en
rigolant.
Je la regardais rire, et je me disais que je n’avais rien vu d’aussi frais et d’aussi réjouissant depuis
longtemps
• Merci, dis-je soudainement.
• Et de quoi ?
• D’être restée.
Elle inclina la tête sur le côté.
• Vous aviez besoin de quelqu’un à qui parler, répondit-elle.
• Parler ? répétais-je choqué. (Ce n’était assurément pas ce genre d’activités que les femmes
me proposaient en règle générale. Et ce n’était certainement pas ce que je recherchais ce
soir) Vous pensez sincèrement que c’est de ça dont j’ai besoin ?
• Non… ne me dites pas qu’une autre activité est aussi dans vos cordes ?
• Je rêve ou vous vous moquez de moi ? (Je ne pus réprimer un éclat de rire). Merci à votre
esprit piquant de titiller agréablement mon sens de l’humour.
• Vous ne ressemblez vraiment en rien aux femmes que je rencontre habituellement. Et dans le
bon sens, me hâtai-je d’ajouter comme elle bredouillait quelque chose.
• Et comment sont-elles ? comme dans les journaux people, toujours collés aux hommes, ou à
pleurer à cause des hommes ?
• Vous n’êtes pas bien loin !
• Tchrr trop peu pour moi ! alors Inutile de revenir là-dessus, grinça-t-elle, en détournant les
yeux
Je me penchai sur la table pour lui relever le menton d’un doigt léger. Nos regards se retrouvèrent.
Gris contre noir. Du pouce, je lui effleurai les lèvres. Elles s’entrouvrirent d’elles-mêmes et je dus
résister contre une furieuse envie de l’attirer à moi par-dessus la petite table.
• En fait, j’essaie simplement de vous dire que je vous trouve très séduisante.
Avec une petite toux nerveuse, elle se dégagea le menton. Puis, d’un geste plein de dédain, elle reprit
une brochette.
• Si vous voulez plus qu’une simple compagnie pour partager un repas, vous vous êtes trompé
de personne, répliqua-t-elle avant de mordre nonchalamment sa viande pendant que je
digérais son commentaire.
• Est-ce que vous commencez tous vos rendez-vous galants par ce genre de déclarations ?
• Ceci n’est pas un rendez-vous galant, répondit-elle entre deux bouchées désinvoltes.
• Non, mais ça pourrait.
Elle s’étrangla et tendit la main pour attraper son verre d’eau. Après avoir bu quelques gorgées, elle
se leva.
• C’était une erreur, déclara-t-elle.
Je me levai à mon tour pour l’empêcher de partir.
• Dites-moi que je ne suis pas fou et que nous avons envie de la même chose, vous et moi,
murmurai-je en l’attirant doucement à moi jusqu’à ce que nos deux corps se touchent.
• Je crois vraiment que ce n’est pas une bonne idée.
Je la fis taire d’un baiser. Pendant un instant, elle demeura inerte, comme glacée entre mes bras.
Puis, avec un frisson, elle arrondit la bouche pour répondre aux caresses de la mienne. Je raffermis
encore mon étreinte et elle se laissa aller contre moi. Avec un soupir, elle noua ses bras autour de
mon cou dans un élan plein de chaleur. Je me penchai en arrière, de sorte qu’elle dut se mettre sur la
pointe des pieds et dut sentir pleinement contre elle l’évidente preuve de mon excitation. Elle gémit et
ondula contre moi, portant mon désir à son comble. Plus rien ne comptait en cet instant, en dehors de
ses sensations, de cette femme et de cette soirée.
• Restez ici cette nuit, murmurai-je, le visage enfoui dans son cou. Si j’avais su que ma femme
de ménage était aussi sexy, j’aurai fait de ce loft mon résidence principale.
Elle s’écarta de moi d’un mouvement si vif que mes mains retombèrent.
• Merde, lâcha-t-elle sans cesser de reculer.
Je tendis les bras, mais elle se défit de mon étreinte. Quelle qu’ait pu être l’étincelle née entre nous,
ma remarque avait l’air de l’avoir éteinte. Je me maudis intérieurement de ma stupidité.
• Je dois y aller, reprit-elle en me contournant pour gagner la porte.
• Restez svp. Je sais que ça peut paraître fou. J’ai toujours veillé à ne pas…
• … fricoter avec le petit personnel ? suggéra-t-elle d’un ton rehaussé d’une pointe d’acidité.
• Oui, mais uniquement pour éviter que quelqu’un se retrouve dans une situation
embarrassante…
• Oh comme c’est mignon de votre part ! lança-t-elle par-dessus son épaule.
• Je me fiche du travail que vous faites. Ça n’a aucune espèce d’importance.
• Ça en a pour moi.
Bras écartés, je lui bloquai le passage. Elle ne pouvait pas partir. Pas comme ça.
• Restez.
• Je ne peux pas. Il faut que j’y aille.
• Ce n’est pas ce que vous voulez.
• Ce que je veux, c’est que vous me laissiez sortir, répliqua-t-elle.
Mes bras retombèrent, comme à bout de force. Je m’écartai de son chemin. Non, elle ne pouvait pas
parler sérieusement.
• Pourquoi le nier ? Vous avez envie de moi autant que j’ai envie de vous.
Sans un regard, elle passa devant moi pour regagner l’entrée.
• Je vous avais dit que j’acceptais de partager un repas avec vous, rien de plus, déclara-t-elle
d’une voix plus empreinte de tristesse que de colère.
J’étais certain qu’elle me désirait. Elle avait pris plaisir à notre baiser au moins autant que moi.
Tantôt brûlante et tantôt glacée. Était-ce un jeu ? Si tel était le cas, je n’avais aucune intention de
perdre. Il y avait qu’une manière de connaître ses véritables intentions.
• Accepteriez-vous de rester pour cinquante mille francs ?
Elle s’arrêta, la main sur la poignée de la porte, pour se retourner vers moi. Je ne te décris même pas
ma déception.
• Vous croyez que je suis à vendre ? demanda-t-elle, choquée
J’espérais bien que non.
• Et pour cent mille francs ?
• C’est parce que je fais le ménage pour gagner ma vie que vous pensez pouvoir me parler ainsi
?
Les mains sur les hanches, elle braquait sur moi un regard furieux. Elle était juste magnifique avec sa
tignasse qui semblait avoir pris du volume d’un coup. (Était-ce ses vrais cheveux ?) Le test final :
• Vous êtes dure en affaires. Cinq cent mille francs. Je n’ai encore jamais rencontré une femme
qui vaille ce prix, mais je crois que vous ne regretterez pas notre nuit.
• Vous êtes un connard. Un putain d’égocentrique doublé d’un con, dit-elle en ouvrant la porte
d’une main. Et si vous avez vraiment autant de sous, vous pouvez vous le mettre dans…
Ses derniers mots se perdirent dans le fracas de la porte claquée derrière elle. J’avais néanmoins une
idée assez précise de la destination suggérée. Le petit rire qui me montait dans la gorge s’épanouit
jusqu’à devenir un grand éclat de rire. Des larmes même humidifiaient mes yeux ! Mon Dieu, quelle
femme ! Je repensai à toute la soirée depuis mon arrivée chez moi et je ne pus réprimer un nouvel
éclat de rire. Puis je repris place sur mon coussin devant la table basse et me servis une brochette
nappée de moutarde… »

• Tu es terrible, Rassoul, déclara Fanta en me pointant du doigt
• J’ai tellement rigolé et ça m’a fait tellement de bien ! C’est comme si la tension de ses deux
derniers jours se relâchait.
• Comment tu as pu lui faire une proposition pareille !
• C’était un bon moyen pour savoir si elle jouait un jeu ou pas
• Et maintenant ton verdict ?
• Je la veux F, je la veux à mes cotes !
• Mais et si elle n’accepte pas ? tu l’as quasiment traité comme une fille facile je te rappelle !
• Elle reviendra F, wala doumeu toudeuti RASSOUL KEBE.