Merveilles de Femme

Histoires africaines

KORKIZ 2 : IBA&KENY, LA MEMOIRE DANS LA PEAU

CHAPITRE 1 : Kya, de la chambre nuptiale à la fracture du sang…

3 mois après l’accident…

********MAMAN KYA******

  • Qu’est-ce qui te fait sourire ? me demanda Salih
  • La vie… Elle est vraiment drôle, étrange, insaisissable, repondis-je 
  • Je n’en doute pas, mon amour. Mais pourquoi penses-tu à ces étrangetés de la vie en me regardant ?
  • Je n’aurais jamais imaginé que ce serait mon fils qui me donnerait en mariage, tu réalises ? Mon propre fils !
  • Il faut admettre qu’Ahmada est aussi un peu hors normes. Aujourd’hui, quand je le regarde, j’ai l’impression de voir Cherif en lui.
  • C’est exact. C’est grâce à lui que papa me manque moins.
  • La dernière fois que j’ai vu ton père à Saarbrücken, il m’a dit : « Bientôt, je prendrai ma retraite, Salih, mais je serai toujours présent à travers mon fils Ahmada… » À l’époque, j’ai pensé qu’il avait fait un lapsus et qu’il voulait dire « mon petit-fils Ahmada ».
  • Ahmada est son fils spirituel, comme il aimait le dire. Enfin, je suis toujours sa mère, et maintenant il est devenu mon Kilifeu ! Dieu, je n’arrive pas à m’y faire.
  • Et il ne s’est même pas posé de question, le petit (rire) ! J’étais choqué quand il m’a demandé mes intentions.
  • Et moi alors ?!!! Quand il m’a assuré que si nos sentiments étaient réciproques, il officialisait notre relation à la seconde qui suit, je suis restée une minute la bouche ouverte.
  • Rire, tu attendais de voir s’il était sérieux ou tu t’es donnée cette minute pour prendre une décision ?
    Idiot, soufflais-je en lui donnant une tape sur la tête.
  • Hééé, respecte ton mari, susurra-t-il en tirant mon bras pour me loger contre sa poitrine.
    Je m’y blottis naturellement pour la première fois et c’était doux.
  • Tu oublies que tu es venu à Dakar pour demander ma main, c’était déjà du tout cuit, hein !
  • Absolument !
  • Voilà donc ! en fait, comme papa n’est plus là, je pensais t’emmener voir Rachid, notre ainé. Mais quand Ahmada m’a fait comprendre sans tourner autour du pot que c’était désormais sa responsabilité, j’avoue que ça m’a fait un choc.
  • Il m’a semblé s’attendre à nous voir.
  • Mon fils et sa femme sont un couple comment dirais je assez spécial. Korka t’avait vu venir déjà avant qu’on se rencontre.
  • Vraiment ?
  • Oui.
  • Et toi ? tu t’attendais à nous ?
  • C’est la deuxième chose qui me faisait sourire tout à l’heure. Il y’a encore 6 mois j’étais tellement embourbée dans les problèmes de cœur des garçons que je pensais à tout sauf à ce que mon propre cœur frétille de nouveau. Même si Korka m’avait avertie que mon voyage à Abidjan allait changer ma vie, je ne pensais pas à ça. Je me croyais trop vielle pour retomber amoureuse, encore moins pour me remarier !
  • Tu n’es pas vielle et je vais te le prouver.
  • Quoi faisant ?
  • Eh bien…

 

Hum, je ne suis peut-être pas encore si vielle que ça en fin de compte, mais ce n’est pas le débat. Je sortais du lit doucement pour ne pas réveiller mon mari, hum mon mari. Ça me fait encore tout bizarre, mais il se trouve que c’était un fait extrêmement réel.

Cherif Aidara encore une fois avait joué un rôle important dans cette conspiration. En m’envoyant régler un souci administratif à Abidjan dans la fondation qu’il avait créé avec un de ses anciens étudiants, je n’aurais jamais pensé qu’encore une fois il jouait aux entremetteurs. La première fois que j’ai rencontré Salih Fofana cependant j’ai ressenti une évidence et les avertissements de Koko ont fait tilt dans ma tête, je venais de rencontrer mon Homme…

Il faisait 4h du matin à Paris mais j’étais à peu près sûre que ma jumelle n’avait pas fermé l’œil. Les choses avaient été soudain si accélérées que moi-même j’en avais encore le tournis. Je pris une douche rapide, et habillée confortablement, je m’installais sur le canapé du balcon de ma chambre, après avoir pris soin de bien fermer derrière moi la baie vitrée.

  • Allo, croassa Kayra d’une voix d’outre-tombe dès la première sonnerie.
  • J’imagine que tu n’as pas fermé l’œil, gloussai-je. Rassure-toi, je vais très bien.
  • Hum. Tu as l’air d’aller très bien même je n’en doute pas une seconde, rien qu’en entendant ta voix. Mais au risque de te faire tomber de ton gros nuage post-orgasmique, je ne me suis pas du tout inquiétée pour toi, chère jumelle. Ce qui m’empêchait de dormir, c’est la colère, ce qui me ronge les tripes c’est le dégout.
  • Qu’est-ce que tu racontes bon sang ?! chuchotai-je choquée.
  • Ah tu demandes ?! Nom de Dieu, Kya, c’est vraiment toi ? En fait, on va dire que tu jouais les saintes aux yeux de papa et maintenant qu’il n’est plus là tu sautes sur le premier bon à rien sur ton chemin !
  • Kayra Aidara !!! Je ne te permets pas…
  • Mais moi je me permets, me coupa-t-elle ! J’imagine que tes soi-disant vacances à Abidjan c’était pour faire ta pute. Tu ne m’as jamais rien caché Kya Aidara, si tu avais joué franc jeu et filé droit, tu ne m’aurais jamais caché un évènement aussi important dans ta vie.
  • Rire, tu es tellement drôle, ma vielle !
  • Ta vielle ?! Ndeyssane vous êtes devenus tellement condescendants ton fils et toi. Parce que j’ai fait des erreurs et que je passe mon temps à implorer votre pardon, vous pensez maintenant avoir tous les droits, mais dites-vous bien que c’est fini tout ça à partir d’aujourd’hui Kya Aidara. Tu peux aller ou tu veux avec ta mascarade de mariage ! Si tu ne m’as pas considérée assez importante pour me mettre dans la confidence avant que cela n’aille trop loin, alors je peux très bien choisir de m’en foutre royalement. Si je n’avais pas appelé cet après-midi pour vous mettre au courant que Bijou était bien enceinte de mon fils, je n’aurai rien appris de vos manigances, en fait. J’en ai marre de vous, désormais que chacun gère sa vie comme il l’entend et j’inclue la vie d’Iba dans la mienne. Mouhamad Sarr vous donnera surement de ses nouvelles, mais sachez que pour ma part j’en ai fini, les liens du sang resteront, je n’y peux rien, mais pour le reste, j’en ai ma claque !

Elle raccrocha brutalement.

J’avais l’impression que mon cœur allait éclater dans ma poitrine, le téléphone glissa de mes mains sans que je m’en aperçoive. Je me levai d’un bond, décidée à ne pas lui faire le plaisir de me voir en colère. Oh non, je ne répondrai pas à ma chère sœur, je laisserai plutôt la vie suivre son cours et nos choix colorer nos destins…