Miel de mon cœur – Partie 01
Confortablement assis à la terrasse de ma chambre, j’observe les passants pour voir si je reconnais certains voisins. Je viens de rentrer après une très longue absence. J’ai passé ces cinq dernières années à Paris pour mes études de droit et j’avoue que mon pays m’a terriblement manqué. Le quartier a beaucoup changé, de nouvelles maisons ont poussé, les ruelles sont toutes pavées et même les espaces non utilisés se sont transformés en jardins publics.
Je reconnais quelques voisins, il fait encore tôt, un week-end en plus, ils doivent tous être encore au lit. Le boutiquier Diallo est toujours là mais par contre je ne vois plus l’atelier de menuiserie métallique qui était juste en face de chez moi, ils ont certainement déménagé…
J’étais un garçon très turbulent. Je faisais n’importe quoi, tout le quartier venait se plaindre de mon comportement auprès de mon père alors que ma famille était trop discrète et n’aimait pas les palabres entre voisins. Ma mère était excédée par mon comportement et il lui arrivait de passer des semaines sans m’adresser la moindre parole. Ma réputation de coureur de jupon n’était plus à vérifier, j’adorais les belles filles et j’en ai fait tomber presque les plus belles de mon quartier. Je ne suis pas mal non plus, faut dire que les filles ne me laissaient jamais en paix non plus. Malgré tout j’étais quand même bon élève mais très taquin en classe, d’où mon surnom élément perturbateur.
Après le bac, mon père n’a rien voulu entendre. J’avais une préinscription dans une université de Dallas mais ma mère lui a dit que s’il voulait que je sois encore plus pourri il n’avait qu’à m’envoyer en Amérique. Le vieux a donc décidé de m’envoyer étudier en France sous la tutelle de son frère, tonton Chérif, un vrai tyran à l’époque. Je me rappelle que ses enfants l’appelaient Ben Laden, très ancré dans la religion, il n’en badinait pas du tout.
Dès mon arrivée il m’a mis au courant des règles de la maison. Les garçons n’entraient jamais dans la chambre des filles et vice versa. Pas le droit de serrer la main à ses filles et sa femme, ni de les regarder dans les yeux. Tous les hommes de la maison priaient à la mosquée aux heures prévues et il n’y avait pas de sortie en boîte ni de fréquentation de personnes louches. Je me suis immédiatement dit que j’étais cuit…
Heureusement qu’il était là, il a beaucoup contribué à renforcer ma foi, je suis devenu pieux et je pratique normalement ma religion. Il m’a beaucoup appris et aujourd’hui je l’appelle affectueusement Baba comme ses enfants. J’espérais secrètement épouser une de ses filles qui étaient toutes belles et pudiques mais elles se sont toutes mariées avant la fin de mes études.
J’ai deux sœurs, Amsatou, l’aînée de la famille, mariée et mère de deux enfants, et Habibatou qui vient juste après moi, mariée mais n’ayant pas encore rejoint son mari aux États-Unis, c’est ma perle elle. Il y a aussi ma cousine Djeynaba surnommée Thiat, élevée par ma mère comme sa propre fille. Ma mère avait des grossesses extrêmement difficiles, elle s’en est arrêtée à trois enfants et une de ses sœurs lui a confié Thiat pour qu’elle l’élève.
Je sirotais ma tasse de café sur la terrasse quand j’aperçois une jeune femme voilée au teint clair, marchant tout doucement les yeux rivés au sol. Elle salue un voisin sans le regarder et continue son chemin. Quelque chose dans sa façon d’être m’arrête. Qui est-elle me suis-je demandé sans vraiment savoir pourquoi.
Elle n’est ni très grande ni trop petite. Sa robe ample et son voile qui couvre la moitié de son buste lui donnent une allure douce et digne. On ne voit pas grand chose mais ce qu’on voit suffit, il y a une grâce en elle qui ne trompe pas.
Elle revient quelques minutes après avec des baguettes de pain et un sachet à la main. Sa démarche est tranquille, posée, comme quelqu’un qui n’a rien à prouver à personne. Ça se voit qu’elle a été bien élevée.
Le soir, je me promène dans le quartier pour remémorer le bon vieux temps quand je m’arrête à la boutique pour acheter une carte de crédit. La boutique est pleine alors j’attends patiemment mon tour.
…
— As-Salamou ‘Aleykum wa Rahmatullah ! lance une voix derrière moi.
Une voix très douce avec une prononciation parfaite de l’arabe. Je me retourne en répondant à sa salutation, je voulais mettre un visage sur cette belle voix et surprise, c’était la jeune femme de ce matin. Nos regards se croisent quelques secondes avant qu’elle ne baisse les yeux.
— Peulh bou rafet ! dit le boutiquier.
Elle ne répond pas, une autre jeune femme apparaît devant nous.
— Marianne ! lance la voilée à l’intérieur de la boutique.
— Dalanda, donne-moi un paquet de spaghettis et un sachet d’huile s’il te plaît ! demande-t-elle poliment en tendant un billet.
Je me pousse pour la laisser passer. J’étais sur mon téléphone quand le gars à côté de moi tend un billet de 10 000 FCFA tout neuf à la belle peulh.
— Tenez, achetez tout ce dont vous avez besoin mignonne ! dit-il avec un sourire de prédateur.
— Je n’ai pas besoin de votre argent monsieur et je ne vous ai pas demandé de me payer mes achats ! répond-elle toujours sans lever les yeux.
— Ah oui ? Prenez-le quand même, vous en avez certainement besoin vu que votre père est un simple maître coranique et votre mère femme au foyer, ce billet vous sera bien utile, ne faites pas la fière ! réplique l’homme avec une pointe d’amusement.
— Écoutez monsieur, même si mon père est un simple maître coranique et ma mère femme au foyer, nous n’avons pas besoin de votre billet. De plus ils ne se sont jamais présentés chez vous pour vous demander quoi que ce soit, n’est-ce pas ? Alors mêlez-vous de ce qui vous regarde ! fait-elle en prenant son sachet.
— Badola you bone ! Misérables de mauvaise augure ! Ce n’est pas toi qui vas me dire ce que je dois faire ! Me connais-tu ? Si tu me connaissais tu te méfierais, je peux vous faire sortir de ce quartier en une seconde !
— Je ne vais pas perdre mon temps avec un sans-cervelle comme vous ! Vous n’avez aucun pouvoir, je dis bien aucun, pour nous déloger d’ici même si vous êtes le président de la République ! Prenez plutôt des cours de savoir-vivre au lieu de perdre votre énergie à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas. Bonne soirée ! lâche-t-elle avant de disparaître.
Oh là, quelle fille !
— Waw kay Peulh bou rafet ! Yalna nga goudou fane ! Que Dieu te donne une longue vie ! ajoute le boutiquier au gars qui avait du mal à quitter la boutique.
Qu’est-ce que j’aimerais la connaître, elle me fascine cette fille… Je ne saurais pas expliquer pourquoi mais cette fille m’intrigue. Il y a quelque chose en elle que je n’arrive pas à définir…
Ma Shaa Allah sister I enjoyed reading your chronic it’s amazing. May Allah Azawajal grant you more blessings.